Université : altercation entre le président et la DGS, malaise, ambulance, grève… que se passe-t-il à l’ESIROI ?

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Depuis jeudi dernier, une partie du personnel de l’Ecole supérieure d’ingénieurs Réunion océan Indien (ESIRO) a entamé une grève illimitée pour dénoncer les « souffrances » subies dans le cadre de leur travail. Plus d’une dizaine de personnes se disant victimes de « harcèlement moral » en appellent au président de l’Université, Frédéric Miranville, pour mettre de l’ordre dans cette école, aujourd’hui semblable à un « bato fou » en raison d’une guerre larvée entre des anciens professeurs d’université proches du président et l’actuelle direction de l’ESIROI, nommée en janvier 2018. Même si pour l’instant, les cours de cette école d’ingénieurs ne sont pas (encore) impactés par la grève, l’ambiance qui y règne au sein de cet établissement se dégrade de jour en jour.

Hier, lundi, la tension est montée d’un cran, à l’issue d’une réunion initiée par le président Miranville. D’après nos informations, la DGS de l’Université a pris fait et cause pour le personnel en grève de l’ESIROI. Pas content, le président de l’Université l’a convoqué avant de lui remonter sévèrement les bretelles, n’acceptant pas d’être contredit devant les grévistes. L’altercation a été tellement vive que la DGS « a fait un malaise », racontent des témoins. Une ambulance a dû être appelée sur place afin d’évacuer la directrice générale des services.

Cette situation de tension et de conflits dure dans cette école d’ingénieurs depuis quasiment sa création, il y a environ 7 ans. Tous les présidents successifs du conseil d’administration ont démissionné à tour de rôle. Depuis janvier 2018, un professeur d’université venant de métropole a été nommé à la direction. Il s’agit du Pr Lalaonirina Rakotomanana, un sexagénaire, qui n’a plus rien à prouver, car presque en fin de carrière. Selon certains de ses collègues, le Pr Rakotomanana ne demande qu’à faire son job afin de valoriser l’ESIROI qui en a bien besoin. Mais c’est sans compter trois autres professeurs d’université, des anciens du CA qui sont là, présents, « dont un, un ancien directeur de l’ESIROI, qui ne cessent de mettre les bâtons dans les roues de l’actuelle direction ». Selon un gréviste, « il ne s’agit que d’une bataille d’égo entre des anciens frustrés et un directeur qui ne se laisse pas faire ».

L’actuel directeur a tiré la sonnette d’alarme plus d’une fois déjà en interpellant le président de l’Université de La Réunion à laquelle dépend l’Ecole d’ingénieurs. Plusieurs mails et courriers ont été adressés à Frédéric Miranville. Sans trop remonter dans le temps pour ne pas s’y perdre tant les échanges sont nombreux, on peut citer un courrier daté du 25 avril dernier, dans lequel le directeur redit à Frédéric Miranville que rien ne va plus et qu’il faudrait absolument intervenir dans l’intérêt de l’Ecole, des étudiants et du personnel « qui souffre ». Le nouveau directeur signale à la présidence et à la direction générale de l’université que les problèmes au sein de cette école datent certes depuis longtemps, mais ils continuent. « Depuis ma nomination ces comportements subsistent encore et j’ai été témoin des faits suivants, comme je l’ai évoqué dans ma lettre du 11 avril 2019 : mails diffamatoires, non-respect de la réglementation en vigueur, atteinte à l’honneur, accusations non fondées, incitation à la démission, obstruction systématique, conflits d’intérêts influant sur le bon fonctionnement de l’école, agressions verbales des collègues dans l’exercice de leurs fonctions, trafic d’influence voire abus d’autorité… », écrit-il.

Les grévistes en appellent au président Frédéric Miranville (à droite sur la photo) “pour ramener le calme et la sérénité” au sein de l’ESIROI

Dans ce SOS de l’actuel directeur envoyé au président Miranville, il est également précisé : « ces problèmes internes à l’ESIROI sont devenus, de manière immuable et avec les mêmes acteurs du passé, des freins immenses pour que cette école se développe et trouve sa place afin de devenir une école d’ingénieurs de qualité française dans la zone océan Indien comme elle le mérite. Un fonctionnement normal de l’ESIROI nécessite un climat apaisé avec un respect total de la réglementation administrative et un comportement courtois de tout un chacun vis-à-vis des uns et des autres ».

Dans ce courrier, la direction de l’ESIROI demandait à la présidence de l’Université de «prendre toutes mesures proportionnelles à ces actes pour que ces personnes cessent leurs agissements » et de mettre en place « des actions concrètes « pour que l’école puisse travailler dans des conditions acceptables et sereines ».Les problèmes, selon des témoins, datent donc depuis plusieurs années. Mais depuis l’année dernière, la nouvelle direction a essayé de prendre les taureaux par les cornes.

“Le président Miranville a les mains liées”

Face à une tension qui s’accumule, et malgré les incessants appels au secours manifestement inaudibles du côté de la présidence de l’université “qui joue la montre”, la cocotte-minute ESIROI a fini par exploser la semaine dernière. D’où la grève. Les personnels n’en peuvent plus de subir les brimades et « souffrances »  infligées par les trois professeurs d’université (de l’ancienne direction) qui sèmeraient, dit-on, le désordre au sein de l’établissement. Ces personnels “harcelés” demandent des excuses, outre des conditions apaisées de travail.

Tout récemment, le président Miranville a mis en place un protocole de bonne conduite « du style, on oublie tout, tout le monde fait la paix… ». “Pas suffisant”, estiment les grévistes qui demandent des sanctions contre « les fauteurs de troubles et auteurs du harcèlement moral ». A savoir les trois professeurs qui ont fait partie de l’ancienne direction de l’ESIROI et qui, aujourd’hui, s’asseyent carrément sur le fonctionnement mis en place par le Pr Rakotomanana.

Les grévistes expliquent que « de toute façon, le président de l’Université ne pourra rien contre eux car ils font partie de sa majorité, ils ont voté pour lui. Le président Miranville a les mains liées. Il ne bougera pas plus que ça, étant donné qu’il y aura des élections en mai-juin prochain et qu’il a besoin de ces trois professeurs, qui sont ses pairs, s’il veut être élu de nouveau »…

A huit mois des prochaines élections pour la présidence de l’Université, pas sûr que l’école retrouve son calme. D’où le « bèsement » survenu, hier matin, entre le président et sa DGS. L’actuel directeur de l’ESIROI s’est mis quant à lui en arrêt-maladie. Et les étudiants, dans tout cela, qu’en pensent-ils ? Leur scolarité va-t-elle être sacrifiée sur l’autel des « ego » de certains professeurs qui se battent pour le pouvoir ? A suivre !

Y.M.

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