(VIDEOS)/Rachat de Vindémia par GBH : “une alternative réunionnaise” pour “barrer la route” à Hayot

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Jusqu’ici, ils faisaient chacun bande à part. François Caillé gérait ses magasins Leader Price, Guillaume Kin Siong et Johnny Law Yen géraient leur enseigne Super U et Pascal Thiaw-Kine gérait ses grandes et moyennes surfaces Leclerc (celles déjà installées depuis 10 ans et celles à venir à Saint-Joseph et à Sainte-Marie). Ils se faisaient parfois la guerre des prix même s’il est vrai que Leader Price, de par sa taille, ne pouvait pas trop se permettre de jouer dans la cour des premiers cités.

Il aura fallu que Casino se décide à vendre Vindémia (7 hyper et 22 supermarchés Jumbo Score) et que GBH fasse une proposition de rachat qui semble tenir la route pour que – redoutant la domination du groupe français d’origine antillaise sur le marché de la grande distribution et dans d’autres secteurs de l’économie locale – les grands commerçants réunionnais se réveillent et se liguent afin d’empêcher cette main mise de GBH.

Aujourd’hui unis comme un seul homme, les quatre patrons, à savoir François Caillé, Pascal Thiaw-Kine, Guillaume Kin Siong et Johnny Law Yen, ont tenu une conférence de presse, cet après-midi, à l’hôtel Bellepierre pour tirer la sonnette d’alarme. Et proposer «une alternative réunionnaise ». Les quatre acteurs interviennent suite à la signature d’un courrier par l’ensemble de la représentation parlementaire locale et des présidents des deux collectivités. Une première dans l’île. Courrier qui a été adressé, il y a deux semaines, au Président de la République à qui il est demandé d’intervenir afin de mettre fin à des situations de rente ainsi qu’à toute position dominante. Pour François Caillé, “il ne s’agit pas d’un problème de grande distribution mais bien d’un problème de domination d’un acteur économique sur l’ensemble du territoire réunionnais”. Le patron de Leader Price est au micro d’Yves Mont-Rouge :

Les quatre commerçants espèrent, à l’instar des politiques locaux, que cette opération de rachat de Vindémia par GBH sera annulé par l’Autorité de la concurrence qui doit se pencher prochainement sur ce dossier. Raison pour laquelle, ils proposent cette « alternative réunionnaise ». Ecoutez François Caillé :

Le souhait de Casino de vendre Vindémia (les Score et Jumbo Score) était pourtant dans l’air depuis un an ? « Nous avions fait à l’époque une proposition pour l’activité Réunion. Nous espérions trouver des partenaires pour les 3 M : les magasins de Madagascar, Maurice et Mayotte. Mais personne n’a suivi. Notre proposition pour La Réunion seulement a reçu une réponse négative de Casino. Nous avons dû retirer notre offre », explique François Caillé. Casino a préféré l’offre de GBH. « Ça a été la douche froide pour les acteurs locaux », lâche François Caillé « car c’est un groupe déjà ultra dominant, qui pèse extrêmement lourd. Aujourd’hui, il représente un chiffre d’affaires de 1,4 milliard d’euros. Si GBH arrive à mettre la main sur Vindémia, son CA dépassera les 2 milliards d’euros, soit 40% de parts de marché sur le territoire. 2 milliards sur les 5,5 milliards de dépenses courantes des ménages réunionnais, je vous laisse mesurer l’ampleur de la menace. C’est malsain. Nous dénonçons cette main mise d’un seul groupe sur l’économie locale. C’est juste pas possible ! ». C’est ce message commun que les quatre acteurs réunis, cet après-midi, veulent lancer à l’Autorité de la concurrence ainsi qu’à l’Observatoire des prix (OPME).

De gauche à droite : Johnny Law Yen, Guillaume Kin Siong (Super U), François Caillé (Leader Price) et Pascal Thiaw-Kine (Leclerc). Crédit photos : Yves Mont-Rouge

Crier au loup, c’est un déjà un bon début, mais proposer du concret, c’est encore mieux. D’où la proposition de « l’alternative réunionnaise ». Caillé et ses homologues locaux expliquent que des partenaires sont aujourd’hui intéressés par les « 3M » de Casino. Quant à eux, c’est-à-dire tous les quatre, ils se disent prêts à prendre séparément des actifs de Vindémia afin de fermer la porte à GBH. Les quatre ne vont évidemment pas se réunir en un seul groupe, mais chacun opérera de son côté pour racheter selon ses moyens une partie de Vindémia. Le tour de table est toujours ouvert. D’autres partenaires seront les bienvenus. L’achat global est de l’ordre de 220 millions d’euros.

Et pourquoi l’Autorité de la concurrence devrait-elle faire davantage confiance aux « acteurs réunionnais » plutôt qu’à GBH ? « Parce que le modèle que nous proposons est plus vertueux alors que GBH est partout et qu’il bouffe tout ce qui bouge », explique François Caillé.

En quoi le modèle réunionnais serait-il plus « vertueux » ? Réponse de Guillaume Kin Siong de Super U : « Nous plaidons pour une redéfinition des écarts de prix entre la Réunion et la métropole, pour un développement de l’emploi locale et des compétences, pour un  développement de l’activité et de la production locale ». Guillaume Kin Siong parle encore de « l’amour de notre pays, de notre diversité, du respect de notre vivre-ensemble ».

Pascal Thiaw-Kine a expliqué pour sa part qu’il aurait pu fermer sa bouche et attendre que ça le rachat de Vindémia par GBH se fasse. Une fois que GBH aurait racheté Vindémia, les deux groupes, GBH et Leclerc, se seraient livrés à une guerre des prix, au risque de voir disparaître les plus « petits » (Leader Price, Super U, Auchan…). Mais Pascal Thiaw-Kine précise avoir « le sens des responsabilités ». Aussi, à l’instar de ses collègues, il a décidé de prendre les taureaux par les cornes pour contrer Hayot et «protéger la production locale ». Ses principes à lui : “que cette recomposition se fasse avec les acteurs locaux, qu’il n’est pas question de vampiriser le secteur, que les attentes des consommateurs soient entendus pour qu’ils deviennent des consom’acteurs et ne pas subir les prix.

« Notre proposition ne concerne que le territoire réunionnais », tient à rappeler François Caillé. Qui ajoute : « nous pouvons reprendre l’intégralité du dispositif réunionnais avec son personnel. Notre offre est supérieure à celle de GBH et de Mac Distribution ».

Reprenant la parole, Guillaume Kin Siong a beaucoup insisté sur les priorités de « l’alternative réunionnaise » : baisse des prix en faisant jouer la concurrence, consolidation de l’emploi, maintien d’un équilibre des forces sur le territoire, l’équilibre dans les négociations avec les fournisseurs locaux, maintien de la valeur ajoutée sur le territoire local où se trouve toute l’activité, contrairement à GBH. Guillaume Kin Siong a aussi fait remarquer que l’enseigne Super U et les 22 commerçants indépendants qu’il représente achètent déjà à hauteur de 88% localement.

« L’alternative réunionnaise » propose , comme l’a indiqué Pascal Thiaw-Kine, la mise en place d’une charte avec des engagements formels et concrets prenant en compte la dimension d’ancrage territorial, l’émergence d’une structure d’achat travaillant avec les coopératives, la constitution d’un conseil participatif des consommateurs…

Les quatre acteurs dénoncent avec virulence GBH, « ce conglomérat tentaculaire qui détient déjà une position dominante en étant présent, outre la grande distribuation, dans des secteurs comme l’automobile, le bricolage, le sport”… Selon eux, « GBH représente une épée de Damoclès sur la tête de l’économie locale ». Ils précisent encore : « si on laisse passer ce rachat de Vindémia par GBH, la partie grande distribution va conforter les autres positions. On se lèvera avec un groupe, se déplacera, s’habillera avec ce même groupe. Les consommateurs ne seront plus chez eux, mais chez lui… à La Réunion. A suivre !

Y.M.

 


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