Wilfrid Bertile : “UN PROJET POUR MAYOTTE ?”

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L’opinion ne s’émeut plus guère quand surviennent des naufrages de kwassa kwassa entre Anjouan et Mayotte, fussent-ils meurtriers, tant ces drames sont banalisés. Les troubles sociaux qui se produisent fréquemment à Mayotte la tirent de sa torpeur, à cause de leurs effets économiques et politiques. Ceux qui durent depuis maintenant trois semaines la sensibilisent tout particulièrement.

Nous nous sommes maintes fois exprimés sur la « poudrière mahoraise ». Mayotte est un concentré des problèmes de la décolonisation   et du développement. L’étroitesse de l’île, la situation d’abandon dans laquelle celle-ci a longtemps été laissée par la France,  la démographie « galopante » exacerbée par une immigration incontrôlable, une politique peu soucieuse de la culture de la population, la non prise en compte de la nécessité de développer l’ensemble de l’archipel comorien, font que les gouvernements passent mais que les problèmes mahorais demeurent et même s’aggravent. Tout cela a été dit et annoncé, mais les politiques mises en œuvre  se contentent aveuglément de dupliquer ce qui a été fait ailleurs en Outre-mer et, plus particulièrement, à La Réunion.

Instruits par le précédent guyanais, les Mahorais réclament au Gouvernement 1,8 milliard d’euros « pour rattraper les retards ». Certes, il faut de l’argent et des moyens pour équiper l’île, pour développer son économie, pour augmenter le niveau de vie de la population, pour donner à celle-ci les mêmes droits que les autres Français, pour rétablir la sécurité et tenter de la maintenir…Cela se justifie amplement.

Mais, en même temps que des mesures massives et urgentes, il importe d’entreprendre des réformes structurelles si on ne veut pas aboutir à une impasse, à un système « à bout de souffle » comme l’est celui de La Réunion. Le « rattrapage » est une façon de mesurer le chemin qui reste encore à parcourir et à réclamer son dû, mais ce n’est pas une politique. Il ne part pas d’un bon diagnostic.  Il suppose un retard, une différence de niveau, alors qu’il existe entre les Outre-mer, anciennes colonies,  et la France métropolitaine, pays industrialisé, une différence structurelle, de nature. Pour paraphraser Aimé Césaire, on ne fait rien quand on a la nature, l’histoire, la géographie contre soi. Il appartient donc aux Mahorais de définir un projet pour leur île, qui tienne compte des contraintes et des atouts de leur territoire ainsi que de la culture de la population insulaire.

Rien ne se fera dans un splendide ou un mesquin isolement. Comme un cours d’eau se fraie toujours un passage, une population arrive toujours à circuler d’un territoire à un autre. Autrement dit, Mayotte aura beau se barricader en forteresse assiégée, l’immigration en provenance des Comores ne se contrôlera qu’avec le développement de ce pays. La Réunion est concernée, non seulement parce que les Mahorais sont nos compatriotes et les Comoriens un peuple frère en Indianocéanie, mais parce qu’une déstabilisation de Mayotte amènera des Mahorais à se réfugier à La Réunion. Pourrons-nous les accueillir, en masse, alors que nous le faisons déjà si mal, quand ils arrivent de façon perlée ?  Ne parlons plus du codéveloppement de nos îles. Engageons-le.

Wilfrid Bertile


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