Youssouf OMARJEE : “Des voies du devenir de nos libertés !”

Oui, l’émotion est vive, la tristesse est grande, l’effroi est puissant, lorsque nous assistons,
avec impuissance, à ce que le macabre, dans sa toute son horreur, vient saccager « la paix sociale ».
Lorsque l’insoutenable caractère des atrocités commises sur un enseignant interpelle nos
consciences, nous ne pouvons que refuser, récuser et rejeter, avec force, de tels agissements
condamnables à l’évidence et nous en sommes que plus retournés devant le
déchaînement d’une violence sans nom.
Cependant, après le temps du recueillement, et, en dépit du renforcement de l’arsenal législatif
qui ne manquera pas de se produire afin de prévenir des dérives inadmissibles et sournoises,
afin d’endiguer les risques sectaires manifestes, afin d’éviter l’inflation des phénomènes de rupture
d’avec le « corps social », il nous faudra faire preuve d’audace dans la réflexion,
de courage dans l’action, et, de discernement quant à l’identification de toutes les sources
de production de la marginalisation des individus livrés à eux-mêmes.
Avant toute chose, si condamner est un impératif incontournable, si regretter que l’irréparable
soit commis par une minorité au nom d’une majorité tranquille à laquelle on dit appartenir
est chose évidente en soi, si rejoindre des démarches et initiatives qui récusent la confrontation
belliqueuse et l’atteinte à la vie, sont des actes fondateurs et marqueurs du rappel de notre
commune appartenance à la Nation. Et si tout cela s’inscrit, certes, dans un mouvement unanime de
réprobation n’appelant aucune réserve, nous devons, nonobstant, aller encore plus loin que ce qui
est louable en mettant toute notre énergie dans des actions à la portée de chacun,
dans le débat d’idées à la croisée des chemins du religieux et de l’idéal
démocratique, et, dans tout ce qu’on peut faire quotidiennement en tant que citoyens investis
professionnellement, culturellement, sportivement et dans le champ associatif.
C’est ainsi que refonder le pacte des citoyens avec la République passera inéluctablement
par la mise en œuvre d’une réflexion approfondie, méthodique et pertinente
sur le triptyque républicain, sur sa portée, sur ce qui fait sens et sur la cohérence entre nos pensées
et nos actes dans les choix qui sont les nôtres, et, dans la recherche inlassable du compromis.
De même, bien que nous ayons l’expérience à La Réunion d’un dialogue inter-religieux efficace
et productif, que notre « vivre-ensemble » a toujours su faire preuve d’exemplarité,
que notre esprit de sursaut a toujours su l’emporter sur le défaitisme ambiant et sur le délitement
des rapports sociaux, nous devons faire preuve, plus que jamais, d’intelligence collaborative.
Pour ce faire, nous devons faire vivre la terre de nos relations sociales de ce sel dont elle a toujours
su tirer le meilleur parti pour garder la vigueur de rapports féconds, heureux et pacifiques.
La liberté est une grande, belle et noble idée, elle ne peut être réduite à une seule forme
d’expression et ne peut être, en aucune façon, limitée à une vision exclusive, attentatoire et
utilitariste. Parce que la liberté est un droit, il n’en sera que mieux garanti.
Parce qu’elle appelle à un devoir, celui de « l’esprit de responsabilité », elle n’en
sera que mieux utilisée. D’une certaine façon, nous aspirons tous à cette
liberté de conscience, cette liberté qui nous empêche le fait d’être jugé comme celui de juger l’autre.
En notre âme et conscience, l’exercice de la liberté doit nous
garantir la sécurité tout comme son usage, sous le sceau de la modération et dans le cadre du
respect de la déontologie propre à chaque métier. Aussi, son exercice, pour qu’il soit porteur d’effet
et générateur de résultats, ne doit pas venir heurter la conscience de nos concitoyens sur d’éventuels
points de désaccord ou de divergence.

De tout temps, la liberté fut et reste le matériau de prédilection des philosophes, un véritable champ
de confrontation des idées, un champ qui reste, malgré tout, inachevé. De la même façon,
c’est un casse-tête indiscutable pour les juristes constamment interpellés qui,
sur la fabrique doctrinale du droit en vue de mieux réguler les multiples déclinaisons de la liberté,
qui, sur l’interprétation prétorienne des règles afin de participer à l’émergence
d’un compromis acceptable socialement aussi bien que fondé juridiquement.
Enfin, le politique est intéressé, au premier chef, puisque la liberté est à la base de la démocratie
là où l’interdiction fait exception. Mais, elle ne peut demeurer l’apanage de quelques initiés,
et, sa discussion ne saurait être confinée à quelques cercles que ce soient.
La liberté et son appréhension doivent être vécues de l’intérieur de la société, de ses interstices
à ses profondeurs, afin de participer à son perfectionnement, à la bonne appropriation
de sa valeur et à la correcte perception des responsabilités qui en découleraient.
En tant que citoyens et en tant que croyants (ou pas), nous devons discuter de la liberté,
dire ce que nous pensons certes, mais penser surtout ce que l’on doit dire. Il est bien entendu connu
que « si ce que j’ai à dire n’est pas plus beau que le silence, je dois me taire » selon un proverbe
arabe, mais il est tout aussi impérieux que de prendre le temps de
s’exprimer, d’apprendre à s’exprimer, d’accepter le droit à la différence, de participer à l’édification
des esprits en acceptant la possibilité de désaccords tout en œuvrant à l’érection des
efforts participant de « l’intérêt commun », d’interagir sereinement avec les autres
quelque soient les contextes, les époques, les champs sur lesquels nous pouvons
être conduits à prendre la parole. Parce qu’en réalité, nous avons davantage besoin d’écouter les
autres que de parler soi-même, parce qu’on ne peut œuvrer utilement que si
l’on accepte de dialoguer avec celles et ceux qui ne partagent pas le même point de vue
que nous en prenant le soin, toutefois, de respecter le leur, il nous faut réinvestir le champ
de nos relations sociales qui ne peuvent pas se mesurer au nombre d’interactions
que nous pouvons avoir sur les réseaux sociaux. Parce que nous avons besoin de mieux
nous comprendre les uns les autres, pour s’assurer que nous éprouvons une opinion correcte
relative à une situation donnée, parce qu’on n’est pas à la merci de charlatans, de manipulateurs
et de gourous qui profiteraient de nos états d’âme pour nous distiller un discours en décalage
avec nos réalités locales, nous n’avons jamais eu tant besoin de nous accrocher à la culture comme
source d’une meilleure compréhension du monde contemporain. En effet, si la culture
devenait le ciment de la société, alors nous en sortirions que plus gagnants face à des personnes
qui enragent, qui ne vont pas bien et qui vivent sur la foi de connaissances totalement erronées.
Ce devoir citoyen est le devoir de chacun, et, il se traduit par les vertus de l’échange, du partage,
du dialogue et de la bonté d’âme.
En second lieu, l’égalité qui n’est pas un vain mot, laquelle demeure une quête perpétuelle,
qui ne se résume pas à un temps donné ou à un programme d’actions établies,
l’égalité est un idéal qui doit être poursuivi par le déploiement réel et concret de la solidarité,
par l’entremise et la promotion d’une culture de la générosité, par la sensibilisation des jeunes
et des moins jeunes à des causes humanistes pour fonder leur esprit altruiste,
par l’attention constante que nous devons porter à l’autre, à notre prochain, proche ou éloigné.
L’égalité n’a une chance d’être atteinte que par l’entremise du don de soi, de son temps,
de ses connaissances, de son réseau relationnel, et, in fine seulement, de son argent.
La philanthropie est certes nécessaire, utile et indispensable, mais elle ne doit pas être vue
sous le seul prisme d’un don effectué « par acquit de conscience », d’un don pécuniaire
pour dire que l’on s’est acquitté de son devoir ou accompli sa bonne action.

Les êtres qui nous côtoient, au plus près, comme ceux que nous connaissons,
parfois en ignorant tout de leurs conditions de vie et de leur état d’esprit, ne sont pas forcément
inscrits dans une logique d’attente d’un soutien financier tangible et palpable.
C’est alors que nous nous devons de donner du sens à notre rapport aux autres,
nous devons nous atteler à la construction d’un lien social incarné et authentique,
nous devons produire des rapports sociaux fondés sur une véritable entraide salvatrice
qui nous rend plus humains. Bien souvent, nos concitoyens ont besoin de conseils avisés,
ils ont parfois juste besoin d’apprendre de notre propre expérience de la vie afin de mieux s’en sortir,
ils ont aussi besoin de se sentir épaulés dans les projets qui sont les leurs, ils ont besoin,
plus que jamais, de notre carnet d’adresses qui, pour un emploi, qui, pour mieux se structurer,
pour mieux réussir leur projet de vie dans sa globalité. Nos concitoyens ont besoin
de mieux comprendre la complexité avec laquelle nous devons composer sans cesse.
Nos concitoyens ont simplement besoin de faire face à la vie et à l’adversité, et,
parfois un sourire de notre part peut leur suffire, un mot d’encouragement peut les aider à mieux
sortir d’une impasse, un moment d’accompagnement peut leur rendre la joie qu’ils auraient perdue
pour plein de raisons. Nous ne serons plus proches, de Dieu, véritablement que si nous nous donnons
la peine d’être aux côtés de ceux et celles qui souffrent quotidiennement,
aux côtés de ceux et celles qui ont besoin de nous, non pas uniquement parce qu’il est de notre
devoir de l’être, mais bel et bien d’être présents pour rendre vivant le lien qui nous lie aux autres.
En troisième lieu, la fraternité est le dernier élément de cette équation de la citoyenneté
qui doit nous faire dire que nous devons prendre collectivement part à tout acte
qui apporte de la consistance à l’unité de la Nation, du genre humain. Oui, l’unité ne doit pas
seulement être considéré comme une vue abstraite de l’esprit, elle est une chose si essentielle à la
société que sans le levain de l’unité, aucun partage du pain de la
solidarité ne saurait se produire. L’Etat providentiel a fait sa part, en termes de
fraternité, au travers de la mise en place de la Sécurité Sociale, acquis
historique fragile et menacé, qui nous est tout aussi envié de par le monde.
Proclamer l’unité d’une Nation, ce n’est pas, pour autant, nier sa diversité.
La diversité des êtres, de leurs opinions, de leurs croyances et de leurs approches est essentielle
à leur reconnaissance comme préalable à la construction de l’édifice unitaire d’un grand pays
comme la France. L’unité est un sentiment qui dit, principalement et avec force, que nous sommes
liés au travers d’un « contrat social » au devenir d’une
Nation dont nous partageons, avec des millions de citoyens, une communauté de destin.
Il ne saurait y avoir de conflit de valeurs, pas plus qu’il ne saurait
être question de conflit de loyauté, entre nos pratiques cultuelles, lorsqu’elles
existent, notre(nos) appartenance(s) culturelle(s) tant qu’elles subsistent
et notre implication citoyenne lorsqu’elle se produit comme lors du vote
sur lequel nous sommes de plus en plus en retrait paradoxalement à notre demande collective
de plus de démocratie. D’aucuns voudraient voir les germes de la haine s’installer dans le cœur
des uns à l’égard des autres, mais, des initiatives maladroites provenant d’êtres emplis de haine
peuvent-elles avoir raison de cœurs purs, de cœurs sains, de cœurs vivants en Dieu et/ou habités
par la compassion et l’empathie, de cœurs qui se mettent en position d’accueillir la lumière
de la sagesse, avec raison, comme pour mieux en extirper les ténèbres de sombres desseins ?
En répondant à cette question, nous saurons aller plus loin que les promesses issues d’une laïcité
malmenée ou voire même incomprise, nous pourrons alors dire et être en mesure de proclamer,
d’une seule et même voix, que nous aurons réussi, à repousser les frontières de l’ignorance mutuelle
autant que nous aurons su nous installer dans une logique de meilleure connaissance de nous-
mêmes. La religion n’a de sens, étymologiquement parlant, que si elle incarne la conscience,
et, là où l’intelligence se veut être source de discernement, aucun être ne peut se perdre,

et, chaque citoyen est en mesure de faire pleinement advenir la paix dans son existence.
De toutes ces dimensions, en découleront notre bonheur individuel tout comme notre succès
collectif dans la construction d’une Nation apaisée, fièrement vivace et définitivement sécurisée.

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Nicole MINATCHYSPIDER-MANSextan Recent comment authors
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Sextan
Invité
Sextan

« le déchaînement d’une violence sans nom »
Mais, mon pauvre malheureux ! il est incroyable que vous n’ayez pas, de substance, compris que cette violence porte l’estampille de l’immigration massive et incontrôlée !

SPIDER-MAN
Invité
SPIDER-MAN

La France paye le prix fort dans la lutte contre un ISLAMISME POLITIQUE à nos soldats tombés pour avoir eu tord de défendre une idéologie OXIDENTALE LAÏQUE et non confessionnelle religieuse ISLAMISTE ils sont tombé au LIBANN – AFGHANISTAN – IRAK -PAKISTAN – SYRIE – YEMEN – république centre Africaine .voilà la toile d’araignée ISLAMISTE tendue par la république islamique d’ IRAN ET SANS COMPTER LES ATTENTATS EN France et ces morts là un PROF qui ne demandait qu’à vivre sa passion instruire vous voyez la France lutte seule contre le radicalisme islamique politique non la religion islamique qui elle… Lire la suite »

SPIDER-MAN
Invité
SPIDER-MAN

OU EST L’EUROPE MILITAIRE …..une brigade Franco – Allemande et elle n’est pas sur les terrains des opérations seule la France et la coalition Africaine le TCHAD APPORTANT LE PLUS GRAND NOMBRE DE SOLDAT ou sont les EUROPEENS ? simplement au parlement de STRASGOURG ..NON dans les déserts du MALI .c’est là que nous devons combattre l’ ISLAM RADICAL POLITIQUE DUR IMPOSE PAR UN SEUL PAYS .

Nicole MINATCHY
Invité
Nicole MINATCHY

Merci à vous Monsieur OMARJEE pour ce discours émouvant et fraternel afin de garantir la paix dans nos coeurs. Vous etes béni de Dieu.