À Sainte-Marie, les riverains du chemin Moka vivent au rythme des pelleteuses et des bulletins météo. Si les travaux d’urgence ont enfin débuté sur les berges de la Rivière des Pluies après des mois de pression du collectif d’Éric Aure, l’angoisse reste vive. Entre des terrains qui s’effondrent à vue d’œil et la menace du « grand éboulis » en amont, les habitants dénoncent des lenteurs administratives et des choix techniques qui pourraient s’avérer dramatiques en cas de forte crue. Reportage au cœur d’un village qui craint de voir ses maisons emportées par les flots.
Un champ de bataille contre la montre
Sur le terrain, l’ambiance est celle d’un chantier de sauvetage. Après des mois de mobilisation, notamment les sit-in de juillet, août et novembre devant la préfecture, les pelleteuses ont enfin pris possession du lit de la rivière. Grâce à un arrêté préfectoral dérogatoire autorisant les travaux en pleine saison cyclonique, les entreprises s’activent depuis la dernière semaine de novembre 2025.

Pourtant, pour Georges, dont la propriété de 28 000 m² s’est réduite comme peau de chagrin pour n’en laisser qu’un quart aujourd’hui, le rythme actuel est une insulte à l’urgence.
« Je demande aux ingénieurs de travailler plus vite. Si la catastrophe arrive, l’eau sautera l’endiguement et tout le village sera englouti », prévient-il.

À la douleur de voir sa terre disparaître s’ajoute l’inertie juridique : entre un avocat passif et un notaire aux abonnés absents, les dédommagements promis restent des mirages.
L’absurdité du « faire et défaire »
Au sein du collectif de protection des habitants en rive, une question technique cristallise les colères : la stratégie de la DEAL et de la CINOR. « Actuellement, les ouvriers procèdent à un curage central et à un enrochement provisoire pour parer au plus pressé jusqu’au pont Domenjod. Mais ce pansement sur une plaie ouverte devra être arraché dès l’année prochaine pour laisser place à l’endiguement définitif. »
« Pourquoi ne pas avoir fait les deux en même temps ? », s’interrogent Eric Aure du collectif de la Rivière des pluies.
L’an prochain, il faudra recreuser, enlever ces mêmes galets qu’on pose aujourd’hui, installer le textile protecteur et bétonner. Un double chantier qui ressemble, pour ceux qui ont les pieds dans la boue, à une gestion administrative déconnectée de la réalité du terrain.
« Le grand éboulis, la bombe à retardement »
Le véritable péril ne vient pas seulement de la pluie qui tombe, mais de ce qui dort en amont. À trois kilomètres plus haut, le « grand éboulis » menace. Des milliards de mètres cubes de gravats et de sédiments sont en suspens, prêts à dévaler le lit de la rivière pour créer un bouchon meurtrier.
Le collectif est catégorique : les expertises réalisées par hélicoptère ou par drone ne suffisent pas.
« Être à 300 mètres de hauteur et être dans la rivière, c’est différent », martèle Éric Aure.
Des photos comparatives prises entre juin dernier et février de cette année montrent des glissements de terrain massifs et récents. « Le collectif réclame désormais que les responsables de la DEAL se rendent sur place à pied pour constater l’ampleur des dégâts que les écrans ne révèlent pas. »


Le village Moka en première ligne
Pour Monique Dalleau et les familles vivant derrière sa maison, la menace est immédiate. Si un barrage naturel se forme en amont et cède brutalement, le quartier de chemin Moka serait le premier sur la trajectoire de la déferlante.
« Pour l’instant, on est plus sécurisés qu’il y a un an car il n’y a pas eu de grosses eaux », admettent les habitants, « mais c’est face à une vraie crue que l’on saura si ces travaux intermédiaires protègent réellement ou s’ils ne sont que de la poudre aux yeux. »
L’invitation est lancée aux autorités : venir constater de visu l’obstruction du bras de L’îlet Quinquina pour anticiper, enfin, plutôt que de subir. Car ici, on ne craint pas seulement la pluie, on craint le silence qui précède la vague.
















