L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, ce jeudi 28 mai, la proposition de loi visant à abroger officiellement le Code noir ainsi que l’ensemble des textes ayant encadré l’esclavage dans les anciennes colonies françaises. Un vote hautement symbolique, soutenu par les 254 députés présents dans l’hémicycle, qui marque une nouvelle étape dans le travail de mémoire autour de l’esclavage et de la colonisation.
Présenté par le député guadeloupéen Max Mathiasin dans le cadre d’une journée réservée au groupe LIOT, le texte entend retirer définitivement du droit français ces édits royaux des XVIIe et XVIIIe siècles qui avaient institutionnalisé l’esclavage et réduit les personnes esclavisées au rang de biens meubles.
Cette adoption a suscité de nombreuses réactions, notamment parmi les élus ultramarins et réunionnais, plusieurs d’entre eux ayant pris la parole à l’Assemblée nationale ou publié des communiqués pour saluer cette décision historique. Tous ont insisté sur la portée mémorielle et politique de cette abrogation, estimant qu’elle constitue une reconnaissance nécessaire des souffrances héritées de l’esclavage, même si elle ne suffira pas à effacer les blessures du passé.
Réactions
Le Département salue l’abrogation officielle du Code noir par l’Assemblée nationale
Le Conseil départemental salue le vote à l’unanimité par l’Assemblée nationale de la proposition de loi visant à abroger officiellement le Code noir, près de 180 ans après l’abolition de l’esclavage.
Ce vote marque une étape décisive dans le travail de reconnaissance et de transmission de cette part essentielle de notre histoire. À La Réunion, le devoir de mémoire représente une responsabilité à la fois individuelle et institutionnelle. Pour le Président du Département, Cyrille Melchior « Cette avancée symbolique résonne particulièrement en cette année marquée par les 80 ans de la départementalisation de La Réunion, anniversaire qui invite à mesurer le chemin parcouru tout en regardant avec lucidité les héritages de notre histoire. La mémoire n’est pas tournée vers le passé uniquement. Elle éclaire le présent et prépare l’avenir ». Cette conviction guide l’action de la Collectivité à travers le projet du Musée de l’Habitation et de l’Esclavage sur le site historique de Villèle à Saint-Paul. Cet équipement culturel et mémoriel aura pour vocation de transmettre l’histoire, de valoriser les parcours de résistance et d’émancipation et surtout d’offrir aux jeunes générations un lieu de connaissances et de réflexions.
Le Conseil départemental agit au quotidien à travers le soutien aux recherches historiques, la valorisation des patrimoines liés à l’esclavage, les actions éducatives autour du Gran 20 Désanm ainsi que l’accompagnement des initiatives culturelles et mémorielles sur l’ensemble du territoire. Illustration concrète de cet engagement : ce jeudi 28 mai, alors même que les députés débattaient à l’Assemblée nationale, plus d’une centaine de jeunes engagés dans le dispositif des « Ambassadrices et Ambassadeurs du Musée de Villèle » à l’initiative du Département, présentaient dans les jardins du musée leurs créations autour de l’histoire de l’esclavage et du marronage. À travers des restitutions mêlant théâtre, lectures et maloya, après plusieurs mois de recherches et d’accompagnement par les équipes du musée, les élèves ont fait vivre avec émotion cette mémoire réunionnaise auprès du public.

Jean Hugues Ratenon, député de La Réunion
« L’Assemblée nationale a adopté aujourd’hui à l’unanimité la proposition de loi portant abrogation du Code noir. Il s’agit d’un moment historique, marqué par des débats particulièrement émouvants, et qui constitue une étape importante dans la reconnaissance de notre histoire commune et des héritages encore visibles dans notre société.
Le Code noir a structuré, pendant des siècles, un système juridique fondé sur la déshumanisation. Son maintien symbolique dans notre ordre juridique, malgré les abolitions successives de l’esclavage, n’avait plus sa place dans une République fondée sur les principes d’égalité et de dignité humaine.
Je me félicite d’avoir contribué à enrichir ce texte, notamment par l’adoption en commission des Lois, le 20 mai, d’un de mes amendements prévoyant une analyse des conséquences de l’esclavage sur les descendants des personnes mises en esclavage et sur leur place dans la société contemporaine.
Comme à son habitude, le groupe Rassemblement national a, de son côté, multiplié les prises de position honteuses, considérant que le Code noir serait déjà « abrogé de fait » et que cette démarche serait purement symbolique.
Ils sont même allés jusqu’à s’opposer à l’article 2, estimant que cette démarche risquerait d’entretenir une logique de « culpabilité » ou de « fragmentation mémorielle », et qu’il faudrait au contraire « tourner la page » d’un passé désormais révolu. Des propos graves, qui reviennent à nier les conséquences encore bien réelles de ce système colonial et esclavagiste dans notre société.
Cette reconnaissance est pourtant nécessaire. Alors au-delà des clivages, ce vote rappelle une évidence : l’esclavage, crime contre l’humanité, concerne toute la France.
Il est désormais temps d’ouvrir la voie à une reconnaissance plus complète, notamment par la création d’un jour férié national en mémoire de l’abolition de l’esclavage.
Plus largement, cette étape ouvre la voie à un travail de mémoire, de reconnaissance et de réflexion sur les réparations. »












