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Refonte institutionnelle ou débat de façade ? Emmanuel Macron a réuni les élus ultramarins à l’Elysée

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Ce mardi 30 septembre, Le Président de la République Emmanuel Macron a convié à l’Élysée une cinquantaine d’élus des Outre-mer pour un dîner à huis clos consacré à l’avenir institutionnel des territoires ultramarins. Députés, sénateurs, présidents de collectivité et représentants locaux ont été mobilisés pour « échanger sur les perspectives d’évolution des institutions ultramarines ». L’invitation excluait toutefois les représentants de la Nouvelle-Calédonie, engagés dans un processus de négociation propre. 

Dans les coulisses, les élus ultramarins abordaient ce rendez-vous avec scepticisme. Plusieurs personnalités avaient décliné l’invitation, estimant que l’exécutif ne disposait pas d’une majorité suffisante pour porter des réformes profondes. Ce dîner sera-t-il le lancement d’un dialogue sérieux ou un nouveau rendez-vous sans lendemain ? Enn sachant que la France ne dispose toujours pas de gouvernement quasiment un mois après la nomination d’un énième Premier ministre en la personne de Sébastien Lecornu.

Les enjeux sont connus : simplification institutionnelle, ajustement des compétences locales, fiscalité ultramarine (dont l’octroi de mer), adaptation du droit de la République aux réalités territoriales. Le rapport remis fin 2024 par les experts Pierre Egéa et Frédéric Monlouis-Félicité, à la demande de l’Élysée, se voulait un cadre de réflexion pragmatique, en évitant de trancher immédiatement pour des modèles d’autonomie trop poussés. 

Ainsi, le dîner du 30 septembre s’inscrit dans une continuité : ce troisième rendez-vous de rentrée (après 2022 et 2023) reflète une stratégie de l’exécutif visant à maintenir un dialogue avec les élus d’Outre-mer, sans pour autant s’engager dans des ruptures institutionnelles immédiates. 

À La Réunion, la fracture autour de l’Appel de Fort-de-France

La question institutionnelle à La Réunion est rendue plus sensible par les conflits politiques internes. Un des points de tension : la signature le 17 mai 2022 de l’Appel de Fort-de-France par les présidents de la Guadeloupe, de Saint-Martin, de la Martinique, de Guyane et de la Réunion, à savoir Huguette Bello (présidente de Région). Ces derniers, via cette Appel, demandent une refondation du lien entre la République et les collectivités ultramarines, en ouvrant la voie à des adaptations institutionnelles. 

À cet égard, le mouvement Nouvel’R, présidé par Cyrille Melchior (président du Département de la Réunion), a vivement réagi. Il critique la signature d’Huguette Bello, la qualifiant d’alignement sur une stratégie de contournement du droit commun, notamment par la remise en cause de l’amendement Virapoullé, qui jusqu’ici interdit à La Réunion certaines évolutions législatives statutaires. 

Nouvel’R accuse l’Union des forces progressistes (UFP) et Huguette Bello de vouloir imposer une pente vers l’autonomie déguisée, via l’Appel de Fort-de-France, tout en qualifiant ce positionnement d’instrumentalisation politique.  Pour Melchior et ses soutiens, la priorité doit rester un renforcement des compétences locales dans le cadre républicain, et non pas une remise en cause du pacte national. 

Huguette Bello, de son côté, répond que réclamer plus d’adaptations ne signifie pas rompre avec la France. Elle a même qualifié son adversaire Melchior « d’autonomiste qui s’ignore », dans la mesure où il défend des formes d’autonomie fonctionnelle (énergétique, alimentaire). 

Quel avenir pour le dialogue institutionnel ?

Ce dîner du 30 septembre, aussi stratégique soit-il pour la communication politique, devra déboucher sur des engagements concrets pour sortir de l’impasse. Les élus ultramarins exigent que les discussions ne se limitent pas aux formes, mais traitent les contenus : compétences réelles, ressources financières, fiscalité adaptée et reconnaissance normative.

À La Réunion, la tension interne entre un courant modéré (Nouvel’R) et un courant revendicatif (PLR / UFP) montre que l’enjeu institutionnel ne se joue pas seulement à Paris, mais dans les luttes locales de légitimité, de représentations politiques et de rapport à l’État central.

Si l’Élysée veut éviter le piège des “banquets symboliques”, le prochain pas sera d’ouvrir des terrains de négociation avec des échéances claires et des propositions tangibles. Sinon, le rendez-vous risque d’être perçu comme une nouvelle parenthèse, sans changement réel.

Yves Mont-Rouge

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Téléphone : 0692 85 39 64

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