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Avec KiLLT, la lecture à voix haute bouscule les codes : immersion totale pour les collégiens aux Archives Départementales (Photos-Vidéo)

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Oubliez les cours de lecture austères et solitaires. Ce matin, les Archives Départementales de La Réunion ont vibré au rythme d’une expérience théâtrale inédite. Des collégiens ont littéralement « joué le jeu » en plongeant tête la première dans KiLLT – Les Règles du jeu, une création bilingue qui fait voler en éclats le rapport traditionnel au livre.

Les murs séculaires des Archives n’avaient sans doute pas l’habitude d’un tel remue-ménage. Ce matin, une classe de collégiens a troqué ses stylos contre une immersion totale dans le texte. Ici, pas question de rester sagement assis à écouter un comédien. Avec le dispositif KiLLT (Ki Lira Le Texte), conçu par Olivier Letellier et Camille Laouénan, le public devient l’acteur principal de l’histoire.

Le concept ? Un parcours déambulatoire et visuel où les mots s’affichent partout : sur les murs, sur des cartes, des objets, et jusque dans le creux de la main. Guidés par un comédien (aujourd’hui c’était Camille Kolski), les élèves sont invités à donner la réplique, à lire en chœur ou en solo, et à habiter physiquement le texte de l’auteur Yann Verburgh. Une véritable métamorphose où le spectateur d’un jour devient le lecteur-acteur du moment.

Le français et le créole tressés à voix haute

Au cœur de cette expérience poignante, une histoire d’exil, de guerre et de reconstruction portée par deux enfants, Oldo et Nama, qui réinventent ensemble une ville nouvelle au milieu des ruines. Mais ce qui fait la force absolue de cette version présentée aux Archives, c’est son ADN profondément réunionnais.

Adaptée en version bilingue par Lolita Tergémina et Jean-Laurent Faubourg, la pièce fait coexister le français et le créole sur un strict pied d’égalité. Un véritable défi pour ce jeune public. En effet, « nou la pas l’habitude de lire le kréol, et au début, lé vrai que nou peu tromper ou buter sur un mot. C’est un cap à passer. »

« On a fait des tests sur des mots car on s’est rendu compte que les marmailles ont plus de difficulté à lire en créole qu’en français, mais on a fait en sorte que dans le dispositif, des mots difficiles au départ, une fois qu’ils ont compris comment cela se prononce, ils comprennent plus facilement. Et même s’ils se trompent ce n’est pas grave, car on n’est pas là pour faire un exercice parfait, on est là pour tous découvrir une histoire. » explique Lolita Tergémina, directrice du Centre dramatique national de l’Océan indien.

Sur le terrain, la magie opère immédiatement. Les langues se mélangent, se répondent et se tissent avec une fluidité bluffante. Pour ces adolescents, souvent intimidés par la lecture à haute voix, le créole devient une passerelle, une langue de cœur et de création qui libère la parole et désinhibe le corps.

« Bann marmaille la pi l’habitude cose kréol rien que pou fonnkésé, dann zot texto ou bien kan zot i discute su zot téléphone. Zot i écrit pas, zot i li pas lo kréol. Sauf que la, tout i passe par lo jeu ! Pas de pression, pas de note, personne i juge a ou : bann langue i mélange, i répond’ com i peu. À force joué, répété, amuser ek bann son, la lecture kréol i rent’ tou sél. Pou bann ti’ jene la, la langue lo kèr, la langue de tous les jours, i devient enfin in langue de création. Sa i détak la parole et i donne la force lo corps. » souligne Thierry Boyer, directeur général et artistique du Théâtre Champ Fleuri.

Réconcilier la jeunesse avec les mots

Portée en production déléguée par le Centre Dramatique National de l’Océan Indien (CDNOI) en collaboration avec Les Tréteaux de France, cette initiative cible en priorité les collégiens, un âge charnière où le goût de la lecture a parfois tendance à s’émousser.

En transformant le texte en un espace de jeu collectif et vivant, KiLLT réussit son pari : prouver que lire n’est pas une punition solitaire, mais un geste joyeux, physique et profondément partagé.

Ce matin, entre éclats de voix, rires et moments d’émotion pure, les collégiens sont repartis métamorphosés, fiers d’avoir, le temps d’une matinée, apprivoisé l’écrit de leur propre culture. En faisant de la lecture un acte physique et collectif, KiLLT démontre que c’est en libérant les voix que l’on ouvre grand les esprits.

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