Le nom de Lislet Geoffroy résonne dans les livres d’histoire comme celui d’un savant illustre, premier correspondant noir de l’Académie des sciences. Mais qui connaît l’histoire de celle qui lui a donné la vie ? À l’occasion d’une journée de médiation culturelle intense, la médiathèque intercommunale Princesse Niama du Chaudron a décidé de sortir de l’ombre une figure fondamentale : la Princesse Niama.
Un destin brisé entre le Sénégal et Bourbon
Le récit de Niama commence par un drame. Princesse sénégalaise, elle voit sa famille massacrée pour de l’or alors qu’elle n’a que huit ans. Orpheline, vendue comme esclave, elle est déportée vers l’île Maurice. C’est là que son destin bascule à nouveau lorsqu’elle est rachetée par Jean-Baptiste Geoffroy. De leur union interdite naît une petite fille, puis un fils.
Face au scandale que représente cette relation intime avec une femme asservie, le couple fuit vers le sud de la Réunion, une terre alors perçue comme un espace de plus grande liberté. C’est là, juste avant la naissance de son fils Jean-Baptiste Lislet Geoffroy, que Niama est affranchie. Elle n’est plus une marchandise, elle redevient une femme libre.


Réparer l’oubli par la culture
Pourquoi donner son nom à une médiathèque ? Elsa Nélaupe, responsable de l’établissement, est catégorique : il s’agit d’un acte de justice. Dans l’histoire réunionnaise, comme ailleurs, les femmes sont trop souvent les grandes oubliées, les silhouettes anonymes des récits officiels. En choisissant ce nom par vote, les citoyens ont décidé de rendre hommage à cette résilience.


La journée de commémoration a transformé le lieu en un carrefour d’émotions. Entre les carnets de voyage d’Afrique dessinés par Judith Gueyfier et les rythmes de la kora, l’instrument traditionnel sénégalais, le lien entre l’Afrique et la Réunion est devenu palpable. Pour Nadège Gruet, chorégraphe venue de Norvège pour l’occasion, cette terre est le « plus beau métissage au monde », un lieu où l’histoire ne doit pas seulement être apprise, mais vécue.
Transmettre pour ne pas oublier
L’événement n’était pas qu’une affaire de spécialistes. Au milieu des livres sur l’esclavage et des contes murmurés à l’oreille, les enfants ont pris possession de cette mémoire. Kelyan, 10 ans, s’active sur un bracelet aux couleurs vives. À son échelle, il participe à cette chaîne humaine qui unit le passé douloureux à un présent créatif.


Au-delà des ateliers de confection de colliers et des lectures sur tapis, cette journée rappelle une vérité essentielle : l’abolition de l’esclavage n’est pas qu’une date sur un calendrier de décembre. C’est un combat permanent pour la reconnaissance de ceux qui, comme Niama, ont traversé l’enfer pour nous permettre d’être ce que nous sommes aujourd’hui. En célébrant la princesse devenue libre, la médiathèque ne fait pas que prêter des livres ; elle redonne une voix à ceux que le silence voulait effacer.















