Hier soir, il y avait du beau monde, des flashs et une sacrée dose d’émotion entre les murs du Musée Léon Dierx. Pour l’occasion, le directeur du Musée Jacky Courtois et Gilles Hubert, Vice-Président du Conseil Départemental de La Réunion, avaient sorti les grands discours des grands soirs. Le pitch ? Le vernissage de l’exposition « La porte du retour, Héritage afro-brésilien », signée par l’artiste et photographe itinérante Maureen Ragoucy.
Et franchement, oubliez les expos photo plan-plan où l’on baille poliment devant des cadres fixes. Là, on plonge en plein format carré argentique dans une histoire complètement dingue, celle de la communauté des Agoudas.


L’incroyable voyage aller-retour des Agoudas
Pour faire simple : au XIXe siècle, des descendants d’esclaves affranchis (et même des descendants de négriers, pour faire un combo identitaire bien complexe) décident de quitter le Brésil pour retourner en Afrique, direction le Bénin et le Togo. Résultat ? Ils ont créé une culture unique, ni tout à fait brésilienne, ni tout à fait locale. Une sorte de mix parfait où les noms de famille occidentaux (les de Souza, de Cruz, de Silveira ou de Trinidad) côtoient l’architecture afro-brésilienne et… la feijoada locale !



Le « Bourian » : quand le carnaval fait de la résistance
Mais le clou du spectacle, c’est le « Bourian ». Derrière ce nom se cache un carnaval de résistance hérité d’une fête brésilienne (le Bumba Meu Boi). La légende raconte qu’un homme était prêt à sacrifier son bœuf favori par amour. En Afrique, cette danse de masques grotesques et satiriques est devenue une arme massive de mémoire critique. Vous l’aurez compris, le bœuf est la star de l’expo, symbole de ce voyage aller-retour à travers l’Atlantique.
Maureen Ragoucy a passé entre cinq et dix ans (quand on aime, on ne compte pas) à traquer ces trajectoires, ces visages et ces sourires pour fixer le mouvement. Un travail de patience salué chaleureusement par les officiels, la scénographe Émilie et toute l’équipe du musée.


Mami Wata : la sirène qui fait vibrer les deux océans
C’est le genre de hasard qui donne des frissons. L’exposition s’installe chez nous du 20 juin au 20 décembre.
Un calendrier parfait ? Mieux que ça : une véritable évidence symbolique. S’ouvrir un 20 juin pour s’achever un 20 décembre, jour de notre Fête des Cafres et de la commémoration de l’abolition de l’esclavage à La Réunion, cela ressemble fort à un rendez-vous gravé dans le marbre de l’histoire.




Alors, simple coïncidence ou alignement parfait des planètes mémorielles ? Quand on parle de la « Porte du retour, Héritage afro-brésilien », de l’exil et de la liberté retrouvée, ce clin d’œil du destin résonne intensément avec notre propre identité réunionnaise. Une raison de plus, s’il en fallait une, de ne pas rater cet événement.
















