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Alerte rouge sur le logement : politiques et professionnels réunionnais signent le pacte de la résistance budgétaire (Photos)

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Mobilisation générale ce matin à la Chambre de commerce et d’industrie de Saint-Denis. Les organisations professionnelles, les acteurs du logement social et de nombreuses figures politiques locales, parmi lesquelles Huguette Bello, Jeannick Atchapa, Philippe Naillet, Emmanuel Séraphin et Karine Lebon en visioconférence, se rassemblent pour signer une motion interprofessionnelle unie. Cet appel solennel, adressé directement au gouvernement, exige le maintien et le renforcement de la Ligne Budgétaire Unique (LBU), alors que les coupes budgétaires annoncées menacent de provoquer un effondrement social et économique sans précédent à La Réunion.

C’est un coup de rabot qui ressemble à un renoncement. Pilier historique de la politique du logement dans les Outre-mer, la Ligne Budgétaire Unique (LBU) est en train d’être vidée de sa substance. Au niveau national, les Autorisations d’Engagement (AE) s’effondrent, passant des 234 millions d’euros initialement prévus en loi de finances à seulement 128 millions d’euros. Une baisse brutale de 45 % qui frappe de plein fouet les territoires ultramarins, et plus particulièrement La Réunion, première population d’Outre-mer.

Pour notre île, la déclinaison locale de cette rigueur budgétaire est un saut dans le vide : l’enveloppe dédiée aux projets réunionnais devrait tomber à 27 millions d’euros en AE pour 2026. À titre de comparaison, elle s’élevait à 85,65 millions d’euros en 2024 et à 78,5 millions d’euros en 2025. En clair, les moyens sont divisés par trois par rapport à la situation d’il y a deux ans.

L’effet de ciseau : 550 logements construits face à un besoin de 5 700

L’incohérence entre les objectifs réglementaires et la réalité comptable saute aux yeux. La loi relative à l’égalité réelle outre-mer (EROM) de 2017 fixait pourtant une cible ambitieuse : 150 000 logements neufs ou réhabilités dans les Outre-mer sur dix ans. En avril dernier, l’Union sociale pour l’habitat rappelait encore l’urgence, estimant à 110 000 le nombre de logements sociaux nécessaires sur l’ensemble des Outre-mer, dont 90 000 pour les seuls départements d’outre-mer.

À La Réunion, l’INSEE évalue le besoin structurel à plus de 5 700 nouveaux logements par an d’ici 2050 pour faire face aux réalités démographiques. Or, l’effondrement des crédits de la LBU va briser net la dynamique locale. Alors que la programmation initiale pour 2026 prévoyait plus de 1 800 logements neufs (LLS/LLTS) et 1 200 réhabilitations, les projections réelles tombent désormais à environ 550 logements neufs et moins de 300 réhabilitations.

Ce décrochage est d’autant plus grave que le cycle de l’immobilier social s’inscrit dans le temps long : entre la première réunion de programmation et la livraison des clés, il s’écoule cinq à six ans (deux ans de conception-concertation, puis trois à quatre ans de financement et de chantier). Les décisions de restriction prises aujourd’hui bloqueront la production de logements jusqu’au début de la prochaine décennie, provoquant des reports massifs et une hausse inévitable des loyers futurs.

L’État, un partenaire indispensable face aux surcoûts structurels

On ne peut pas calquer les règles budgétaires de l’Hexagone sur un territoire insulaire. À La Réunion, les financements directs et indirects de l’État (subventions LBU et crédit d’impôt) représentent entre 46 % et 50 % du coût de revient d’une opération, contre seulement 8 % en métropole. À cela s’ajoutent les leviers fiscaux indispensables comme l’exonération de la taxe foncière sur les propriétés bâties ou la TVA à taux réduit.

En 2023, ce sont ainsi 75 millions d’euros de LBU et plus de 110 millions d’euros de crédits d’impôt qui avaient été injectés sur l’île. Ce soutien massif n’est pas un privilège : c’est le seul moyen de compenser des surcoûts structurels écrasants liés à l’éloignement, à l’importation des matériaux, aux contraintes foncières et aux normes climatiques, tout en maintenant des loyers adaptés aux revenus des ménages réunionnais.

Un pilier économique sur le point de s’effondrer

Au-delà de la crise humaine et des 50 000 ménages réunionnais laissés sur le carreau, c’est tout un pan de l’économie locale qui s’apprête à vaciller. Le logement social représente plus de 30 % de la commande publique globale du bâtiment et des travaux publics (BTP).

Les données de l’année 2025 rappellent le poids de cette industrie : 85 opérations de construction neuve (2 334 logements mis en chantier) et 21 opérations de réhabilitation avaient généré un investissement global supérieur à 480 millions d’euros, faisant vivre indirectement près de 10 000 salariés. Aujourd’hui, ce sont près de 8 000 entreprises et artisans du secteur, employant 16 000 salariés directs sur l’île, qui se retrouvent face au risque d’un arrêt brutal des chantiers.

Pourtant, en 2023 et 2024, face aux premières alertes de la crise du BTP, l’État avait su faire preuve d’agilité en utilisant le pouvoir de dérogation du Préfet pour dépasser les plafonds LBU par logement, un effort cofinancé à 50/50 par les bailleurs sociaux pour débloquer une quinzaine d’opérations lourdes. Ce volontarisme semble aujourd’hui balayé par une logique purement comptable.

En considérant la LBU comme une simple variable d’ajustement budgétaire, le gouvernement sous-estime la portée du signal envoyé. Les sept bailleurs sociaux de l’île (SHLMR, SIDR, SEMADER, SEDRE, SODEGIS, SODIAC, SEMAC) gèrent actuellement 86 293 logements, soit un quart des résidences principales de La Réunion, logeant ainsi 233 000 personnes. Toucher au logement social, c’est fragiliser le socle de la paix sociale et condamner le moteur économique du territoire. La motion interprofessionnelle signée ce matin par l’ensemble des forces vives locales n’est pas une simple protestation sectorielle : c’est un cri de survie face à un recul sans précédent de la solidarité nationale.

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