Conflit Urcoopa – Terracoop/Sicalait : la justice a tranché en faveur d’Henri Lebon, président de l’Urcoopa

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Le tribunal de Saint-Denis a rendu, ce mardi 7 avril, sa décision dans le litige opposant la coopérative Urcoopa à Terracoop et Sicalait, donnant raison à Henri Lebon, président de l’Urcoopa,  dans ce dossier qui a suscité de vives tensions dans le monde agricole réunionnais ces dernières semaines.

Au cœur de l’affaire, un conflit opposant plusieurs acteurs majeurs du secteur agricole local, sur fond de gouvernance, de stratégie économique et de gestion coopérative. Henri Lebon, impliqué dans ce dossier aux côtés de l’Urcoopa contestait les positions et décisions portées par Terracoop et Sicalait,

Le tribunal, après examen des arguments et des pièces versées au dossier, a finalement tranché en faveur d’Henri Lebon, confortant ainsi la position défendue par l’Urcoopa.

Une bataille aussi médiatique que judiciaire

Avant même le verdict, le différend s’était largement déplacé sur le terrain médiatique, donnant lieu à plusieurs communiqués publics.

D’un côté, Urcoopa avait défendu sa ligne, affirmant agir dans l’intérêt de la filière et dénonçant ce qu’elle considérait comme des attaques infondées. La coopérative mettait en avant la nécessité de préserver un modèle structuré et cohérent pour l’ensemble des producteurs.

En face, Terracoop et Sicalait avaient répondu point par point, contestant la version portée par Urcoopa. Ils dénonçaient notamment des décisions jugées contestables et appelaient à plus de transparence dans la gestion et les orientations stratégiques.

Ces échanges de communiqués, parfois fermes, ont contribué à alimenter un climat de tension, révélant des divergences profondes au sein de la filière.

Avec cette décision de justice, le tribunal vient apporter un éclairage juridique sur ce conflit. En donnant raison à Henri Lebon, il valide en partie les critiques formulées à l’encontre de Terracoop et Sicalait dans ce dossier.

Si les motivations précises du jugement devront être analysées en détail, cette décision pourrait avoir des répercussions sur les équilibres internes de la filière agricole, déjà fragilisée par des enjeux économiques importants.

À la suite de ce verdict, des réactions sont attendues de la part des différentes parties. Cette décision pourrait marquer un tournant dans les relations entre les structures concernées, ou au contraire raviver les tensions existantes.

Dans un contexte où les enjeux agricoles restent majeurs à La Réunion, ce dossier illustre une nouvelle fois la sensibilité des questions de gouvernance et de stratégie au sein des coopératives. Reste désormais à savoir quelles suites seront données à cette décision, tant sur le plan juridique que sur celui des relations entre les acteurs du secteur.

Réaction de Terracoop/Sicalait : « Appel au dialogue et à la refondation de la filière »

Voici le communiqué de Terracoop/Sicalait tombé après la décision du tribunal : « Face à la crise touchant Urcoopa, de plus en plus de voix s’élèvent pour demander la tenue d’États Généraux de la filière agricole péi, avec désignation d’un médiateur. 

À la suite de la décision rendue ce jour par le juge des référés du tribunal judiciaire de Saint-Denis, une nouvelle étape s’ouvre dans le différend opposant plusieurs acteurs de la filière coopérative. Le magistrat a en effet ordonné la suspension provisoire des effets liés au conseil d’administration du 20 mars 2026, tenu à 10h10, jusqu’à ce qu’une décision soit rendue par le juge du fond, qui devra être saisi par l’une des parties.

Et, prenant acte de cette décision, Sicalait et Terracoop ont annoncé leur intention de faire appel tout en engageant simultanément une procédure devant le juge du fond. Une démarche qui traduit leur volonté de faire toute la lumière sur les enjeux soulevés ces dernières semaines, notamment en matière de gouvernance, de transparence et de respect des statuts.

Malgré ce contexte juridique tendu, le plan de sauvetage de Soficoop est maintenu. Pour ses promoteurs, il demeure essentiel en outre de préserver la continuité des activités et de garantir la stabilité de l’organisation dans un cadre conforme aux principes coopératifs.

Les tensions récentes, bien que difficiles à vivre pour les acteurs concernés, ont toutefois permis de mettre en évidence des dysfonctionnements internes, en particulier au sein de l’Urcoopa”, argumentent Olivier BOYER (Sicalait) et Florent MALET (Terracoop).

Ensemble, lançons les États Généraux “

Face à ces constats, un appel est lancé en faveur de la tenue d’États Généraux de la filière, avec l’ambition de construire “une solution globale, fédératrice et apaisée”.

Un appel qui semble avoir trouvé un écho favorable. Notamment de la part de Monsieur Grondin de la CPPR, qui plaide lui aussi pour l’ouverture d’un dialogue élargi entre toutes les parties prenantes. Une convergence qui renforce l’idée qu’une sortie de crise durable passe par la concertation.

Dans cette perspective, Olivier BOYER (Sicalait) et Florent MALET (Terracoop) demandent aux pouvoirs publics de jouer un rôle actif, en désignant un médiateur chargé d’encadrer ces échanges. L’objectif est clair : instaurer un cadre neutre et constructif pour permettre à la filière de se projeter vers l’avenir, dans l’intérêt du territoire et de la souveraineté alimentaire.

Les initiateurs de cette démarche appellent également à une mobilisation collective pour identifier une personnalité capable de conduire ces discussions. À leurs yeux, cette dernière devra faire preuve “d’expérience, de légitimité et d’un engagement reconnu en faveur du développement local, tout en garantissant une impartialité absolue”.

Au-delà des enjeux institutionnels, les priorités restent concrètes : assurer la continuité des activités dans la distribution des matières animales, rétablir une gouvernance transparente et conforme aux règles coopératives, et défendre les intérêts des producteurs à travers des solutions durables — qu’il s’agisse du prix de l’alimentation, de la sécurité des débouchés ou d’une gestion saine des structures.

Nous appelons l’ensemble des parties à faire preuve de responsabilité et d’apaisement, afin de préserver l’outil coopératif et d’éviter toute dégradation du climat interne”, concluent Terracoop et Sicalait, qui demeurent pleinement mobilisés pour poursuivre leurs actions dans un cadre conforme au droit et dans l’intérêt collectif, au service des coopérateurs et de l’avenir de la filière agricole locale”.

Yannick Grondin, président de la Coopération agricole de La Réunion : « Appel au dialogue; Le modèle coopératif, un atout essentiel pour l’élevage réunionnais »

Voici le communiqué de Yannick Grondin, arrivé dans la matinée du 7 avril, quelques heures avant la décision prise par le tribunal en faveur de l’Urcoopa. « AVIPOLE, CFS, CPPR, SICALAIT, SICAREVIA, OVICAP, CPLR, CANE, TERRACOOP, URCOOPA : autant de sigles peu connus du grand public, mais dont l’action a été déterminante dans le succès de l’élevage réunionnais. Qu’il s’agisse des filières volaille, porc, lait ou viande bovine, qu’elles soient coopératives de production ou coopératives d’approvisionnement (la CANE et TERRACOOP), toutes ces coopératives ont favorisé la structuration et le développement de l’élevage à La Réunion.

Sans elles, la production n’aurait pas connu un tel essor, même si beaucoup reste à faire pour continuer à faire progresser les différentes filières. Si la qualité des produits issus de l’élevage est réputée pour son excellence, les différentes filières couvrent, selon les cas, à peine 40 % des besoins des Réunionnais.

Sans le regroupement de la CPPR, de la CANE, de TERRACOOP et de SICALAIT pour fonder l’URCOOPA, l’usine de fabrication d’aliments pour bétail de Cambaie n’aurait pas vu le jour. Or, peu de Réunionnais le savent : la mise en place de cet outil à partir de 1984 a permis de diviser le prix de l’aliment par deux et a contribué de manière décisive au développement des fermes réunionnaises.

Sans l’URCOOPA, l’abattoir de l’Étang-Salé, que les Réunionnais ont découvert à travers un conflit très médiatisé, présenté par certains journaux comme la « guerre de la volaille », n’aurait pas été réalisé.

Or, malgré ses succès indéniables, ce modèle coopératif traverse depuis plusieurs années une crise profonde : liquidation de la FRCA, tentation du modèle capitalistique, visions divergentes du développement entre générations, gouvernance contestée.

Pourtant, plus que jamais, l’élevage, et plus largement l’agriculture réunionnaise, ont besoin d’unité.

Certaines filières sont en panne. Faute de capacités de traitement des déchets, la filière volaille est bloquée à 50 %, alors qu’elle pourrait couvrir 100 % des besoins des Réunionnais. La filière porcine a besoin de solutions de gestion du lisier, l’épandage ayant atteint ses limites sur un territoire contraint.

Plus globalement, le contexte géopolitique instable fait peser le risque de nouvelles flambées sur les matières premières et le coût du fret. La remise en cause du POSEI, mécanisme européen de soutien et de compensation financière de l’agriculture réunionnaise, serait un séisme pour nos éleveurs.

Face à ces risques, le monde coopératif a besoin de se retrouver. Pour dialoguer, pour anticiper et se préparer à surmonter ces chocs.

OUI, nous y sommes favorables, car nous sommes attachés à la coopération, qui représente historiquement le modèle le plus adapté aux réalités de notre territoire !

OUI, nous soutenons de manière inconditionnelle le modèle coopératif, car c’est celui qui a rendu possibles les immenses progrès réalisés en faveur de l’agriculture et de l’élevage à La Réunion au cours des 30 dernières années !

OUI, nous voulons préserver ce modèle, qui est un magnifique exemple de réussite, reconnu au niveau national, même si des améliorations restent nécessaires !

OUI, nous encourageons ceux qui portent les valeurs de la coopération, car c’est le modèle qui garantit le mieux le développement de nos filières et l’indispensable solidarité entre agriculteurs et éleveurs !

OUI, le dialogue est devenu nécessité.

Pour autant, ce dialogue doit être instauré entre responsables locaux, crédibles et respectueux des règles de la coopération, ce qui exclut a priori ceux qui ont tout fait pour déstabiliser le mouvement coopératif tout en tenant un discours pacificateur.

Je ferai parvenir dès demain (ndlr : ce mercredi 8 avril) une invitation à tous les acteurs responsables (Département, Chambre d’agriculture, DAAF, coopératives) pour les inviter à engager un dialogue ».

 

Yves Mont-Rouge

[email protected]
Téléphone : 0692 85 39 64

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