Dans les rues de Sainte-Anne, Thierry Virapol n’était encore qu’un homme concentré face à un autel improvisé à l’arrière d’un pick-up. Mais lorsque les cloches ont commencé à tinter et que le udukku a imposé son rythme sec et profond, quelque chose a basculé.
Peint de vert, vêtu de rouge, le corps orné d’attributs évoquant le singe, il devient alors le “jako”. Une figure rituelle impressionnante, encore méconnue du grand public, mais profondément ancrée dans la culture tamoule réunionnaise.
Un rituel ancien, entre Inde et La Réunion
Le jako trouve son origine dans l’hindouisme, où il renvoie à Hanuman, le dieu-singe, symbole de force, de loyauté et de protection. Introduite à La Réunion avec les engagés indiens au XIXe siècle, cette tradition s’est progressivement adaptée au contexte local, donnant naissance à une pratique singulière.
À chaque début d’année tamoule, le jako parcourt les quartiers pour accomplir une mission précise : purifier les lieux, chasser les influences néfastes et ouvrir un nouveau cycle placé sous de meilleurs auspices.
Entrer en transe pour incarner le jako
Avant d’apparaître dans les rues, le rituel se prépare. Prières, cérémonies et invocations des ancêtres précèdent la transformation. Cette phase est essentielle : elle permet au porteur du jako d’entrer en transe.
Une fois cet état atteint, le corps change, les gestes deviennent plus amples, plus intenses. La procession peut alors commencer.
Dans les rues de Sainte-Anne, ce samedi 18 avril, le jako a avancé au rythme des tambours sacrés. Il ondule, se plie, se rapproche du sol. À plusieurs reprises, une pièce déposée sur une feuille de bétel est ramassée avec la bouche, sans l’aide des mains. Un geste spectaculaire, codifié, répété tout au long du parcours.
Une tradition rare et exigeante
Incarner le jako ne s’improvise pas. La pratique repose sur une transmission familiale et spirituelle, souvent considérée comme un héritage reçu des ancêtres. Peu de personnes sont aujourd’hui en mesure d’endosser ce rôle.
Au fil du temps, la tradition s’est d’ailleurs raréfiée. Moins visible dans l’espace public, elle n’en reste pas moins vivante.
Un renouveau porté par la jeunesse
Depuis quelques années, un regain d’intérêt se fait sentir. Dans plusieurs quartiers de l’île, des jeunes s’engagent à leur tour dans la perpétuation de ces rituels, avec l’objectif de préserver un patrimoine culturel fragile.
Crédit photo : Jean-Fred Grondin




















