Réuni ce jeudi en séance plénière, le conseil municipal de Saint-Paul a adopté une série de mesures fortes pour réguler le marché immobilier local. Un vote marqué par une charge virulente du maire, Emmanuel Séraphin, contre le « désengagement progressif » de l’État à La Réunion, notamment sur le front du logement social et des contrats aidés.
Dans une ambiance solennelle, teintée par les célébrations locales de l’Ascension, de l’Aïd al-Kébir et du Cavadee, le premier magistrat saint-paulois n’a pas mâché ses mots. À l’ordre du jour : une crise du logement sans précédent et des arbitrages budgétaires venus de Paris jugés « destructeurs » pour le tissu économique et social de la commune.
Le marché des locations saisonnières sévèrement bridé
Pour répondre à l’urgence immobilière dans une commune classée en zone tendue, Saint-Paul devient la première ville de l’île à actionner les leviers de la loi du 19 novembre 2024. Le conseil municipal a voté l’abaissement du plafond de location des résidences principales en meublés de tourisme, qui passe de 120 à 90 jours par an.
L’enjeu est de taille : la commune concentre à elle seule 68 % de l’offre de locations saisonnières de l’Ouest, soit près de 1 950 logements en 2024. Parmi eux, plus de 600 (essentiellement des T2 et T3) sont loués plus de 200 jours par an. En limitant cette rentabilité, la municipalité espère réinjecter ces biens sur le marché locatif traditionnel au profit des jeunes actifs, des familles monoparentales et des ménages modestes.
« Saint-Paul est une terre touristique et attractive. Mais elle doit aussi rester une ville où les habitants peuvent continuer à vivre et se loger dignement », a martelé Emmanuel Séraphin.
Dans la même logique, une taxe sur les logements durablement vacants sera mise en œuvre au 1er janvier 2027. Son taux sera de 30 % la première année, puis passera à 40 % la seconde, afin d’inciter les propriétaires à louer leurs biens inoccupés. Enfin, la ville poursuit ses démarches pour expérimenter l’encadrement des loyers d’ici fin 2026 ou début 2027, en s’appuyant sur l’extension du permis de louer défendue par la députée Karine Lebon.

Logement social et contrats PEC : l’appel à la résistance face à l’État
Le volet offensif du discours directorial s’est concentré sur les dotations nationales. Avec plus de 53 000 demandeurs de logement social à La Réunion (dont 5 200 à Saint-Paul), la baisse annoncée de la Ligne Budgétaire Unique (LBU) passe très mal. L’enveloppe globale de l’État doit chuter de 85,6 M€ en 2024 à seulement 27 M€ en 2026. Une dégringolade de 68 % qui menace directement les chantiers de construction et le secteur du BTP.
Face à ce qu’il qualifie de « sentiment d’abandon », le conseil municipal a validé une motion pour exiger le rétablissement d’une enveloppe minimale de 70 millions d’euros.
Autre point de friction majeur : la baisse « brutale » des Parcours Emploi Compétences (contrats PEC). À Saint-Paul, le contingent est passé de 1 000 à 900, puis à 600 contrats. Emmanuel Séraphin prévient qu’en deçà de 450 contrats, le fonctionnement quotidien des services publics locaux sera directement impacté. Sont particulièrement menacés l’accueil périscolaire du matin et du soir, la surveillance de la pause méridienne, ainsi que l’accompagnement des enfants souffrant d’allergies à la cantine.
Estimant que les coupes de l’État retirent entre 150 et 200 millions d’euros à l’économie locale, la municipalité saint-pautoise a appelé l’ensemble des forces vives et des bailleurs sociaux à faire front commun pour contester ces arbitrages budgétaires.
Promotion locale : à la tête de la SEDRE
En marge de ces débats denses sur l’avenir du logement, la séance a également été l’occasion de saluer une actualité politique positive pour la majorité municipale. Le maire Emmanuel Séraphin a tenu à féliciter chaleureusement son Adjointe de Quartier, Pascaline Chéreau-Némazine, suite à son élection à la présidence de la SEDRE (Société d’Équipement du Département de La Réunion). Une nomination stratégique à la tête de cet outil clé de l’aménagement et du logement social, qui vient renforcer le poids et l’influence de Saint-Paul dans la gestion des grands dossiers du territoire.
















1 milliards d euros pour le budget ce n’est pas assez