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Le pilon prend du galon : le Sommet & Festival International des Chefs Créoles débarque au Moca pour secouer la haute gastronomie (Photos)

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C’est un secret de polichinelle, mais appelons un chat un chat : pendant des décennies, pour la critique gastronomique occidentale, la cuisine créole se résumait à une affaire de marmites familiales, de piment qui arrache la gueule et de barquettes en plastique partagées sur la plage. C’était bon, c’était « exotique », mais ce n’était pas de la Grande Cuisine.

Eh bien, rangez vos clichés. Les 23 et 24 mai 2026, le Domaine du Moca à Montgaillard Saint-Denis s’apprête à devenir l’épicentre d’un séisme culinaire mondial avec le premier Sommet & Festival International des Chefs Créoles (SFICC). L’objectif ? Sortir nos recettes de l’oralité exclusive, leur donner un diplôme en bonne et due forme et prouver que le pilon a autant sa place dans l’histoire de la gastronomie que le livre de recettes d’Escoffier.

De la cuisine « pour touristes » à la quête d’une étoile

Pour comprendre ce qui se joue ce week-end, il faut écouter le chef martiniquais Marcel Ravin, trois étoiles Michelin au compteur à Monaco et invité d’honneur de l’événement. Pendant longtemps, dans les grands hôtels internationaux, la règle était simple : faire de la cuisine française classique ou du folklore « pour plaire aux touristes ». Une cuisine lisse, sans âme, sans histoire.

Ravin, lui, a décroché sa première étoile le jour où il a arrêté de copier les autres (et d’abuser de la cuisine moléculaire pour faire bien sur les réseaux sociaux) pour enfin assumer son ADN.

Le jour où un inspecteur Michelin s’est levé pour lui dire : « Enfin, on retrouve l’identité d’un homme ».

Son secret ? Les discussions d’enfance avec les granmounes , la mémoire des goûts vrais et l’audace d’importer la canne à sucre ou les christophines sur les tables de la haute société monégasque. C’est exactement cette fierté retrouvée que l’Institut International de la Gastronomie Créole (IIGC), présidé par Jean-Charles Bertrand, veut insuffler à la nouvelle génération.

Le paradoxe réunionnais : « Tout le monde aime le rougail saucisse, mais qui sait le faire ? »

Et il y a urgence. À La Réunion, on fait face à un paradoxe de taille : le recrutement en cuisine traditionnelle est devenu un parcours du combattant. On forme à tour de bras des jeunes aux techniques hexagonales, mais demandez à un jeune cuisinier de vous sortir un cari parfait ou de reconnaître des légumes anciens comme le massissi (le petit concombre piquant), et vous verrez les regards devenir flous.

C’est bien joli de voir le rougail saucisse devenir « à la mode » à Paris, mais encore faut-il qu’il soit fait correctement, sans hérésie culinaire (pitié, pas de crème fraîche). Cuisiner pour sa famille le dimanche est une chose ; envoyer des assiettes de niveau professionnel en respectant les normes de la haute gastronomie en est une autre.

Pour pallier ce manque, le sommet passera de la parole aux actes dès le samedi matin avec une signature historique. Le Rectorat, la Région Réunion, la CCIR et l’IIGC vont s’engager officiellement à créer une certification et un titre professionnel dédiés à la cuisine créole. Oui, dès la rentrée prochaine, la transmission de nos saveurs se fera enfin sur les bancs de l’école et dans les lycées hôteliers. Il était temps que l’État reconnaisse que cette cuisine fait pleinement partie du patrimoine français.

Un village gourmand à 3€ (et du riz chauffé pour les lève-tôt)

Pour célébrer ce tournant historique, le Moca ne va pas se transformer en un club privé pour privilégiés en costume. L’excellence se veut accessible : l’entrée est fixée à 3€. Mieux encore pour motiver les troupes : un grand « riz chauffé dan van » sera offert aux 500 premiers visiteurs du samedi et du dimanche dès 9h30. Une belle manière de rappeler les bases.

Pendant deux jours, le public pourra assister à un show cooking permanent avec la crème de la crème : Marcel Ravin, Lalaina Ravelomanana (Madagascar), Nizam Peeroo (Maurice), Kevin Minatchy et plus de 15 chefs réunionnais. Des experts venus de plus loin, comme V. Sheree Williams (rédactrice en chef du média américain Cuisine Noir), feront aussi le déplacement pour analyser ce phénomène.

Entre deux dégustations, les visiteurs pourront flâner sur le marché de producteurs locaux (curcuma, tisanes, rhums arrangés) ou participer aux Ronkozé (débats) autour de la pharmacopée, de la nutrition populaire ou du poids historique de la culture de la canne à sucre.

La cuisine créole n’est pas un simple assemblage d’ingrédients. C’est un mélange d’Indiens, de Chinois, d’Africains et d’Européens. C’est une histoire de métissage, de résilience et de génie populaire. Ce week-end au Moca, elle s’apprête enfin à obtenir ses lettres de noblesse internationales. On est pressés de voir ça !

En pratique :

  • Dates : 23 et 24 mai 2026

  • Lieu : Domaine Moca, Saint-Denis

  • Tarif : 3€ (Soirée de gala le samedi soir sur réservation)

  • Billetterie : billetweb.fr/festival-des-chefs-creoles

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