Ça faisait longtemps ! Depuis le 27 mars précisément, date du dernier « Ti Kozman ». Au lendemain des élections municipales. Ça ne fait pas de mal. Bien au contraire ! Il est parfois salutaire de prendre du recul face au flot continu d’informations. Et de polémiques aussi. Cela permet de distinguer ce qui relève du bruit médiatique et de ce qui constitue les véritables enjeux de fond. Et puis, avec l’IA (Chat GPT), tout le monde est devenu journaliste, éditorialiste, analyste, spécialiste, expert en géopolitique, écrivain, capable de « signer » des pages et des pages en un clic, avec quelques mots clés entrés dans l’application. Tant mieux pour eux. Il faut vivre avec son temps. Moi, ce que j’écris provient directement de mon cerveau, dont j’ai encore fort heureusement la maîtrise intellectuelle ; Ce qui me permet de rester un tant soit peu honnête vis-à-vis de mes lecteurs, de ne pas leur faire prétentieusement croire que je suis un grand « l’espécialiste » de tout. Ça me rappelle mes cours de philo sur l’illusion, « l’apparence trompeuse ». Voilà pour l’intro.
Je sais que vous adorez le potins politique, mais je ne vous cache pas, qu’avec le temps, cela devient un tantinet lassant de rabâcher toujours les mêmes rengaines. Je préfère laisser cet exercice à nos élus qui, il faut le reconnaître, excellent en la matière.
De mon côté, face au décalage entre les grands et mêmes discours et la réalité vécue, la désillusion semble de plus en plus l’emporter. Journaliste depuis une quarantaine d’années, j’ai vraiment l’impression, lorsque j’allume la télévision, lorsque j’écoute la radio ou que je parcours l’actualité, de vivre les mêmes scènes, d’entendre le même bla-bla, en me demandant sincèrement si nous n’avons pas fini par perdre tout sens des réalités.
Plus nos dirigeants nous prêchent la paix, plus les bombes explosent et tuent des innocents par centaines. Au Moyen-Orient et ailleurs dans le monde. Plus on nous parle de droits humains, plus les populations civiles meurent sous les décombres. On pleure sur le cadavre d’un pauvre chien abandonné, mais on passe, indifférents, devant des humains qui souffrent dans la rue, sous les ponts, y compris à la Réunion. Si, si, ça existe !
Et ce n’est pas Nadia Malagouen à Saint-Leu qui me contredira, elle qui, au même titre que d’autres associations, tentent, à l’échelle de toute l’île, de donner bénévolement beaucoup de leur temps et un peu de bonheur passager aux plus vulnérables, aux plus démunis. Par ailleurs, je salue évidemment le travail de Vanessa Germain, la grande défenseure des animaux maltraités qui, malheureusement, n’est pas un fait exclusivement « réunionnais ». C’est triste de voir des humains faire souffrir des animaux, y compris en France hexagonale, notamment lorsqu’arrive l’été et que nombre de chiens ou et de chats sont abandonnés par des familles françaises sur les autoroutes. Mais c’est tout aussi déplorable de voir des humains laisser mourir à petit feu d’autres humains, de voir qu’il y a des situations sociales qui perdurent, des familles en détresse prises en charges uniquement par des associations bénévoles, qui font avec les moyens du bord, sans même bénéficier d’une aide publique.
Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai de plus en plus ce sentiment de vivre dans un monde où l’hypocrisie est devenue une vertu, où les apparences comptent davantage que les actes, où les discours les plus vertueux sont souvent prononcés par ceux-là mêmes qui les respectent le moins. Surtout quand je regarde le spectacle que nous livrent les grands de ce monde, lors des grands sommets, le G7 pour ne pas le nommer, qui s’est tenu à Evian, où des centaines de millions d’euros sont dépensés pour accueillir les puissants de ce monde dans un luxe insolent, protégés par des cordons de sécurité impressionnants. Les mêmes dirigeants dont certains reconnus comme criminels de guerre qui, une fois devant les caméras, expliqueront aux peuples qu’il faut se serrer la ceinture, accepter les sacrifices, faire preuve de responsabilité, alors qu’eux pètent dans la soie, se goinfrent à n’en plus finir de mets et de vins fins, aux frais de la princesse, cela va de soi !
Pendant ce temps, les guerres continuent. Les victimes s’accumulent. Les déclarations aussi contradictoires qu’inutiles se succèdent. Les condamnations varient selon les intérêts du moment. La morale semble devenue une géométrie variable.
Le plus inquiétant est sans doute notre capacité collective à nous habituer à tout. Nous consommons l’information comme nous consommons le reste : rapidement, sans recul, sans mémoire. Un scandale chasse l’autre. Une guerre en remplace une autre. Une indignation succède à la précédente. La société ressemble parfois à un immense fast-food émotionnel. Les relations humaines se fragilisent. Les engagements durables deviennent rares. La patience disparaît. L’instant règne en maître.
Sur notre petite terre réunionnaise, on crie au scandale lorsqu’un coq chante trop fort, lorsque le cabri bêle trop fréquemment, lorsque les tambours « malbars » résonnent au petit matin… on se plaint de tout. De l’augmentation des prix des carburants, de la baisse drastique des PEC (Parcours emplois compétence), de la chute du pouvoir d’achat, de la réduction de la LBU (Ligne budgétaire unique qui passe de plus de 80 millions d’euros à 27 millions d’euros). A raison sans doute ! Il faut sonner le tocsin quand ça ne va pas.
Mais alors, comment expliquer que les citoyens soient capables de descendre par milliers dans les rues pour célébrer une victoire sportive (celle du Paris Saint-Germain, il n’y a pas si longtemps, un peu partout en France, y compris à Saint-Pierre et Saint-Denis de la Réunion), comment expliquer qu’ils soient en mesure de faire la queue pendant des heures pour assister à un concert ou acquérir le dernier objet à la mode, genre dernier de GSM au prix d’un SMIC, à se bousculer devant les caisses des supermarchés, à pulluler dans toutes les fêtes et foires, mais que, dans le même temps, ces mêmes citoyens rentrent sous la table lorsqu’il s’agit de descendre dans la rue pour dénoncer leurs propres intérêts en luttant par exemple contre hausse des prix des carburants ou autres, et la baisse du pouvoir d’achat. Les syndicats s’arrachent les cheveux, ils n’arrivent plus à mobiliser.
Il faut l’avouer : nous consacrons une énergie considérable au divertissement plutôt qu’aux vrais sujets de société, plutôt qu’à notre avenir. On privilégie le festif. Parce que nous vivons dans l’instantané, et j’en reviens à ma métaphore du fast-food. C’est devenu pareil en amour, de plus en plus chez nos jeunes, mais également chez les « vieux » célibataires. On consomme, on jette et on repasse au drive.
Je ne critique ni le sport, ni la musique, ni les loisirs. Ils sont nécessaires. Ils font partie de la vie. Ce qui m’interroge en revanche, c’est le déséquilibre. Comme si l’on préférait le spectacle à la réflexion. Comme si le confort immédiat avait pris le pas sur toute vision à long terme. D’où cette impression de marcher sur la tête, cette impression que le monde est devenu un immense théâtre où chacun joue un rôle. Les responsables politiques récitent leurs éléments de langage. Les experts occupent les plateaux. Les influenceurs façonnent les opinions. Les algorithmes décident de ce que nous devons voir, aimer ou penser. Une impression tout simplement de vivre dans un monde d’hypocrites, de corrompus, de pourris à tous les niveaux, à commencer par le plus haut.
Les questions que je me pose aujourd’hui sont les suivantes : où est le véritable danger ? Serait-ce la corruption des élites, l’hypocrisie des puissants ou les contradictions du système ? Ou, n’est-ce pas plutôt le fait que nous finissions par considérer tout cela comme normal ? A méditer !
Derrière le débat sur les “zoreys”, il y a surtout une question politique
Comme tout un chacun, j’ai suivi sur les réseaux sociaux et les médias le débat sur « le privilège zoreys » initié, via une pétition initiée par Gaël Velleyen à la suite de la polémique relative au maloya que s’est approprié une non Réunionnaise. Pour résumer mon propos, je dirai, comme ça, à brûle pourpoint que je suis assez d’accord avec ce qu’a écrit Maloyab sur son Facebook, à savoir « Privilège zorèy… dont bénéficie d’ailleurs la presse dite réunionnaise qui n’a rien de Réunionnais et est tenue à plus de 80% par des zoreys. Comme plus de 80% de la magistrature à la Réunion, de l’administration, la plupart des assos de protection de la nature, les organismes d’Etat etc… Un véritable schéma néocolonial avec toujours à sa tête les Zorèys et occupant la majorité des postes de cadres, et puis les Réunionnais comme bêtes de sommes et torches-culs en bas de l’échelle socio-professionnels avec bien sûr des salaires beaucoup plus bas voire précaires (PEC)… ».C’est dit avec ses mots, à sa façon.
Ça reste une réalité, qui ne date pas d’aujourd’hui. J’ajouterai même que ce sont des fonctionnaires souvent non réunionnais qui façonnent l’aménagement de notre territoire local, qui donnent des directives à nos élus concernant le Zéro artificialisation nette (ZAN) dont l’objectif est de limiter toute extension de l’artificialisation d’ici 2050. Ce qui implique que des aménagements des espaces agricoles, naturels ou forestiers seront encore possibles mais conditionnés à une renaturation à proportion égale d’espaces artificialisés sur le territoire réunionnais. La plupart du temps, ce ne sont pas les élus locaux, dont le nombril est enterré à la Réunion et qui sont censés mieux connaître le terrain, qui ont le dernier mot. Ce sont les ingénieurs venus des départements de la France hexagonale, qui ne connaissent la Réunion qu’à travers les cartes postales (montagnes, sentiers de randonnées, mer, plages…). Je connais des élus, nombreux, qui ont vu rouge, mais qui n’oseront pas le dire sur la place publique. Par crainte des remontrances de la préfecture.
Plus d’une fois, à travers mes écrits, j’ai mis en exergue la question des cooptations dans diverses administrations : université, préfecture ou autres. Les fonctionnaires zoreys qui font venir leurs connaissances de métropole sur des postes ouverts localement. C’est pareil dans certaines collectivités ou dans leurs satellites. Quand je dis ou écrit cela, on me traite de raciste. Cela vous a peut-être échappé, mais vous avez vu ou entendu un ou une élue s’exprimer sur « le privilège zorey », vous ? Je les ai vus devant le tribunal dans l’affaire dramatique de la petite Lyhanna, devant la préfecture à danser le maloya pour dénoncer la baisse du nombre de PEC ou encore sur la réduction de la LBU, sur la mutation des néo-enseignants lauréats du concours national de l’éducation nationale, mais pas sur « le privilège zorey ». Il doit bien y avoir une raison !
Pour moi, le constat est évident : il existe incontestablement un « réseau » zorey, une solidarité zorey. Il y a aussi des patrons réunionnais qui n’ont manifestement pas encore brisé les chaînes et qui, à compétences égales, préfèrent embaucher national plutôt que régional, parce que « ça s’exprime mieux et ça se présente mieux », selon eux, comme l’a d’ailleurs souligné Rémy Bourgogne dans sa réponse à la tribune de Sully Fontaine. Tout ce qui vient d’être écrit relève du secret de polichinelle.
Mais une fois qu’on a posé cela sur la table, qu’est-ce qu’on fait ? On les met toutes et tous dans un « goni » et on va jeter à la mer ? Soyons sérieux, deux minutes s’il vous plaît. Toute cette situation d’aujourd’hui n’est pas le fait du Saint Esprit. Elle résulte d’un système qui a été mis en place par nos décideurs (politiques, économiques), qu’ils soient zoreys ou créoles. C’est aussi un peu ça « la transplantation » des enfants réunionnais vers la Creuse alors que dans le même temps on faisait venir à la Réunion de la main d’œuvre de l’hexagone. Je vous conseille vivement la tribune d’une ancienne enfant de la Creuse, la Réunionnaise Marie-Thérèse Gasp, « déplacée de force », aujourd’hui auteure et romancière.
Une fois ce constat connu depuis des lustres établi, que faire ? Je pense, à mon humble avis, ce n’est pas en stigmatisant une communauté que l’on va régler les problèmes de fond qui durent depuis des décennies. L’histoire montre que lorsqu’une société traverse des difficultés économiques ou identitaires, il existe souvent une tentation de désigner un groupe comme responsable des problèmes collectifs.
Or les difficultés de La Réunion ont des causes multiples : structure économique très dépendante des transferts publics, chômage historiquement élevé (plus de 100 000 chômeurs), éloignement géographique (île insulaire située à plus de 10 000 kilomètres du continent), faiblesse du tissu industriel, forte croissance démographique (bientôt le million d’habitants), manque de logements (50 000 dossiers en attente), concentration des richesses aux mains de quelques familles. Sans compter le patrimoine économique réunionnais qui devient de plus en plus la propriété des groupes non réunionnais (les Mauriciens et les Antillais notamment quand ce ne sont pas des fonds pension américains comme pour Albioma). Où est le fameux « patriotisme économique » prôné par la présidente de Région, Huguette Bello ?
J’insiste sur le fait qu’aucune de ces réalités ne disparaîtra par la dénonciation d’une catégorie de population, qu’il s’agisse des “zoreys”, des Mahorais, ou de tout autre groupe. C’était les années 80, le slogan « Zorey déor ! » fleurissait un peu partout dans l’île.
Le problème, selon moi, il est avant tout politique. Il est surtout très complexe. Pour trouver un semblant de solution, en espérant qu’il ne soit pas trop tard, il faudrait légiférer. Et pour se faire, il faudrait trouver des élus courageux, capables de mettre sur la table la question de la nécessité de reconnaissance du peuple réunionnais au sein de la République française, comme le permet l’article 72 de la Constitution. En ne cassant pas définitivement ce qui existe déjà, mais en reconnaissant constitutionnellement parlant des droits particuliers aux Réunionnais. Lesquels sont victimes aujourd’hui de l’organisation d’un système qui été mis en place localement depuis la départementalisation (80 ans), et se retrouvent parfois comme des étrangers sur leur propre territoire. Plus particulièrement dans certaines régions de l’île, la région des plages notamment, où les terrains ne sont quasiment plus accessibles financièrement aux familles réunionnaises.
Il existe dans plusieurs pays ou territoires des dispositifs reconnaissant des droits spécifiques à des peuples autochtones. Cependant, ces situations reposent généralement sur la reconnaissance d’un peuple autochtone distinct ayant fait l’objet d’un processus historique particulier de colonisation et dont les droits collectifs ont été formellement reconnus. Ce qui n’est pas (encore) le cas pour la Réunion. Comme je vous le disais, la situation de La Réunion est plus complexe.
Contrairement à la Nouvelle-Calédonie, la Constitution française ne reconnaît pas aujourd’hui l’existence d’un peuple réunionnais juridiquement distinct du peuple français. La Réunion relève du principe d’identité législative prévu par l’article 73 de la Constitution : les lois nationales s’y appliquent en principe de la même manière qu’en métropole. Introduire une préférence locale forte ou des droits réservés à certaines catégories de Réunionnais poserait donc des questions constitutionnelles importantes : comment définir juridiquement un “autochtone réunionnais” ? Sur quels critères ? Avec quelle compatibilité avec le principe d’égalité entre citoyens ? Ce n’est pas impossible à imaginer politiquement, mais cela supposerait probablement des évolutions institutionnelles importantes et surtout très longues. Nos élus et notre population sont-ils prêts à ce changement, à l’instar de la Corse qui marche vers l’autonomie ?
Autant dire, que ce n’est pas demain la veille qu’une telle configuration institutionnelle pourrait faire surface. Quand on parle de l’évolution institutionnelle Outre-mer, comme l’a encore fait récemment Jean-Luc Mélenchon lors de son discours de présidentiable à Paris, j’en connais qui ont chopé « la gratelle » sur le champ, en courant dans la rue agiter le chiffon rouge tout en criant à la menace de l’autonomie voire de l’indépendance. A ce rythme-là, il va sans dire qu’on va encore longtemps s’apitoyer sur notre sort. Sans même recourir à un changement radical de statut, genre l’instauration d’un Congrès (qui n’a rien apporté) aux Antilles ou l’indépendance, il existe des moyens législatifs plus « doux » pour améliorer la situation actuelle, qui n’est pas forcément le signe d’un racisme généralisé dans la société réunionnaise mais plutôt le symptôme d’une inquiétude collective parce que les perspectives économiques se dégradent ou paraissent bloqués. Raison pour laquelle, sans doute, les débats identitaires prennent davantage de place. Il faut y travailler, réfléchir, se mettre autour d’une table, aller négocier avec le gouvernement…
La balle est dans le camp de nos politiques car si le débat public se limite à opposer les “Réunionnais” aux « zoreys » (ou vice-versa), il risque de produire davantage de ressentiment que de solutions. Si, au contraire, il conduit à s’interroger sur la place des Réunionnais dans leur propre développement économique et politique, alors il peut déboucher sur des propositions constructives. C’est pourquoi je pense qu’il est utile de déplacer le débat du terrain identitaire vers le terrain institutionnel, économique et démocratique. Cela permet de discuter des mécanismes concrets de représentation, de développement et de responsabilité. Nou lé pas plis, nou lé pas moin…, comme le disait si bien feu Laurent Vergès.
J’ai eu l’occasion durant ma carrière de journaliste (qui n’est pas encore terminée, certes) d’occuper des postes à responsabilité dont celui, durant une dizaine d’années, de rédacteur en chef-directeur de la rédaction du Journal de l’île de la Réunion (JIR) où j’y suis resté pendant 33 ans. Le premier Réunionnais à occuper ce poste à la tête d’un journal réunionnais. J’ai géré un personnel composé d’une cinquantaine de journalistes dont près de 80% de zoreils. Devinez qui me mettait quasi quotidiennement les bâtons dans les roues ? Ce n’était pas des journalistes zoreys. Comme quoi, vous voyez, il y a des cons partout, dans toutes les communautés. Il y a aussi une sorte de « racisme » (ou de jalousie » entre créoles qui préfèrent se soumettre à l’autorité d’un non Réunionnais, blanc de préférence, plutôt qu’à celle d’un des leurs. C’est comme ça, il ne faut pas le nier ; C’est dans les gênes, un héritage historique. Vous l’aurez compris, le chemin est encore long, très long… Le moment est peut-être venu de se poser les bonnes questions : “Quel projet collectif pour La Réunion dans les vingt prochaines années ?” Comment créer davantage d’emplois qualifiés ? Comment réduire la dépendance économique ? Comment permettre aux jeunes Réunionnais de réussir sans devoir partir ? Comment valoriser la culture créole tout en restant dans la République ?
Présidentielle 2027 : la France se dirige-t-elle vers un duel des extrêmes ?
Passons à la politique politicienne à présent. A peine tournée la page des municipales, nos élus ont déjà les yeux rivés sur d’autres échéances : présidentielle, législatives de 2027, départementales et régionales de 2028, sénatoriales de 2029. Et ainsi de suite… Puis reviendront la présidentielle et les législatives de 2032, les municipales de 2033. Notre vie sociale, économique, culturelle est rythmée par le calendrier politique.
Mais arrêtons-nous un instant sur la prochaine présidentielle qui pourrait être inédite dans le sens où pendant des décennies, la vie politique française s’est organisée autour d’une alternance relativement prévisible entre la droite et la gauche. Ce paysage appartient désormais au passé. À moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, une question s’impose : la France est-elle en train de basculer vers une confrontation entre deux radicalités, deux extrêmes, le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) ?
Les sondages, pris individuellement, ne prédisent jamais une élection. Mais leur accumulation dessine des tendances lourdes. Et la première d’entre elles est incontestable : le Rassemblement national est devenu le principal pôle politique du pays. Longtemps cantonné à un rôle d’opposition protestataire, le parti fondé par Jean-Marie Le Pen apparaît aujourd’hui aux yeux d’une partie croissante de l’électorat comme une alternative crédible au pouvoir. Jordan Bardella bénéficie à la fois de l’usure du macronisme, de la banalisation du RN dans le débat public et d’une image plus consensuelle que celle de ses prédécesseurs. Idem pour Marine Le Pen, si la justice décide de ne pas la priver de la possibilité de candidater à ce scrutin. On devrait le savoir d’ici juillet prochain.
Face à lui (Bardella) ou à elle (Marine Le Pen), la situation est beaucoup moins claire. La France insoumise conserve une force militante et médiatique considérable. Jean-Luc Mélenchon demeure l’une des personnalités les plus identifiées du paysage politique. Pourtant, sa capacité à fédérer au-delà de son socle électoral semble limitée en dépit d’un rassemblement populaire réussi à Paris dernièrement. Son influence dans le débat public est indéniable ; sa capacité à rassembler une majorité de Français l’est beaucoup moins.
C’est pourquoi le scénario d’un duel RN-LFI, souvent évoqué, n’apparaît pas aujourd’hui comme le plus probable. Il constitue certes une possibilité crédible dans un contexte de forte polarisation politique, mais il suppose l’affaiblissement simultané du centre et de la gauche sociale-démocrate. Or ces deux familles politiques refusent de disparaître.
La gauche dite « classique », que beaucoup annonçaient condamnée après les échecs successifs du Parti socialiste, montre des signes de résilience. Le succès de Raphaël Glucksmann aux élections européennes a démontré qu’un espace existe encore pour une gauche réformiste, européenne et sociale. Pour l’heure, cette famille reste divisée et peine à retrouver l’influence qui fut la sienne sous François Mitterrand ou François Hollande. Mais elle dispose désormais d’une offre politique identifiable et d’un électorat qui ne se reconnaît ni dans le macronisme ni dans l’insoumission.
Le centre, quant à lui, demeure un acteur majeur malgré l’usure du pouvoir. Emmanuel Macron ne pourra pas briguer un nouveau mandat, mais son héritage politique ne disparaîtra pas avec lui. Édouard Philippe apparaît aujourd’hui comme le candidat le mieux placé pour incarner la continuité sans subir totalement le rejet du macronisme. Sa stratégie consiste à apparaître comme l’homme de l’expérience, de la stabilité et du compromis dans un paysage dominé par les affrontements idéologiques.
Reste la question de la droite républicaine. Les Républicains vivent sans doute l’une des périodes les plus délicates de leur histoire. Pris en étau entre le RN et le centre, ils peinent à définir une ligne claire. Pourtant, l’histoire politique française enseigne la prudence. Une campagne présidentielle favorise souvent les candidats capables d’incarner l’autorité, la crédibilité économique et la stature internationale. Dans un contexte géopolitique instable et de finances publiques dégradées, la droite classique avec Bruno Retailleau pourrait retrouver une partie de sa pertinence.
La véritable leçon de la période actuelle est ailleurs. Ce qui se joue n’est pas seulement la montée des extrêmes ; c’est l’effacement progressif du clivage traditionnel gauche-droite au profit d’une nouvelle structuration du débat public.
Trois blocs dominent désormais la vie politique française : le bloc national-populaire du RN, le bloc central issu du macronisme et une gauche divisée entre sociaux-démocrates et insoumis. Le vainqueur de 2027 sera probablement celui qui parviendra à dépasser son propre camp pour construire une coalition électorale plus large. Du genre, l’union de la gauche réunionnaise Bello-Bareigts dans les deux grosses communes (Saint-Denis, Saint-Paul) lors des dernières municipales.

Une présidentielle ne se gagne jamais uniquement avec son socle. Elle se remporte dans les marges, auprès des électeurs hésitants, déçus ou orphelins d’une offre politique.
C’est là que réside l’incertitude fondamentale de 2027. Le RN semble assuré d’être au rendez-vous du second tour. Mais son adversaire reste à déterminer. Sera-ce le représentant du centre ? Celui d’une gauche réformiste renaissante ? Ou Jean-Luc Mélenchon, dans une ultime tentative de conquête du pouvoir ? Encore trop tôt pour le savoir, mais ce qui est sûr, c’est que la présidentielle de 2027 ne ressemblera à aucune de celles qui l’ont précédée. Et c’est précisément ce qui la rend aussi imprévisible que passionnante.
La droite locale recherche leader (désespérément) pour préparer les futures régionales
Et c’est cela aussi qui, localement, explique le tâtonnement de certains élus aussi bien de droite que de gauche de s’engager tout de suite derrière tel ou tel leader national. Ils préfèrent attendre un peu avant de se positionner clairement. La gauche aura le choix entre Mélenchon, Glusckmann ou peut-être un autre socialiste. La droite et le centre devront choisir entre Edouard Philippe, Bruno Retailleau, Gabriel Attal…
En tout cas, si LFI a déjà lancé la campagne électorale présidentielle de Jean-Luc Mélenchon à la Réunion – c’était à Saint-André en mai dernier avec les députés européens Manon Aubry, Younous Omarjee, les députés Jean-Hugues Ratenon, Perceval Gaillard, le maire Joé Bédier -, Huguette Bello ne s’est pas encore prononcée ; Elle attend de connaître le programme Outre-mer de Mélenchon. Le PS non plus ne s’est pas encore déterminé.

La droite locale se restructure. Il était temps ! Les Républicains (LR) se réorganisent avec l’élection de sa nouvelle présidente, la Saint-Pierroise Sandrine Aho Nienne (adjointe de David Lorion, maire de Saint-Pierre), son secrétaire départemental, le Saint-Pierrois Sébastien Grondin (employé à la mairie de Saint-Pierre) et son trésorier, le Saint-Paulois Teddy Sorret, directeur de cabinet de Cyrille Melchior, président du Département et dont la binôme, Adèle Odon, conseillère départementale à Saint-Paul, est aussi la référente locale d’Horizons, le parti d’Edouard Philippe.
La droite réunionnaise, qui recherche (désespérément ?) un leader. Depuis sa défaite aux municipales de Saint-Paul, en raison de la division (candidature de Didier Robert), Cyrille Melchior semble s’être reconcentré sur sa fonction de président du Département et a clairement manifesté, lors d’une réunion politique à Saint-Paul, sa volonté de laisser le leadership à qui le voudra. Il existe des potentialités (David Lorion, Juliana M’Doihoma, Mathieu Hoarau…), mais tous les maires de droite préfèrent rester dans leur mairie où ils ont déjà beaucoup à faire. Qui voudrait prendre les rênes pour les prochaines régionales à droite ? La question a été posée lors de cette réunion à Saint-Paul. Aucune réponse pour le moment.
Alors qu’à gauche, ce ne sont pas les leaders qui manquent : Huguette Bello, Ericka Bareigts et même Patrick Lebreton affûtent déjà leurs armes. C’est toute la différence entre la gauche et la droite locales. A droite, il y a des jeunes qui commencent à sortir « les ergots » : Laurent Virapoullé à Saint-André qui n’a perdu face à Joé Bédier, aux dernières municipales, que de 34 voix. Il attend impatiemment le jugement du T.A concernant ses recours. En attendant, il ne cesse de donner du fil à retordre au maire en place, via des actions comme les distributions de livres à l’EHPAD ou des viennoiseries à la Cirest ou encore son implication dans le contentieux de la ruelle La Chapelle à Petit Bazar. Lui se verrait bien (« pourquoi pas ? ») conduire une liste aux régionales en association avec les autres élus de droite et du centre dont Juliana M’Doihoma, la maire de Saint-Louis « marrainée » par la conseillère départementale et ancienne sénatrice Nassimah Dindar. Pour l’instant, il n’est pas convié aux réunions des chefs. Il préfère se focaliser sur la mairie de Saint-André.
A droite, parmi les jeunes, il y a aussi Audrey Fontaine, qui se verrait candidate aux législatives, dans la 2ème circonscription ou plutôt même dans la 7ème ; Emmanuel Virin qui candidatera dans la 6ème où il est le délégué de circonscription pour « LR » ; Julien Hoarau, l’ancien dir-cab de Nassimah Dindar au Département, l’ancien attaché parlementaire du sénateur Michel Fontaine, ancien dir-cab de la Civis, aujourd’hui reconverti dans l’agriculture. Il intervient sur tous les sujets d’actualité, il donne son avis ; Il montre qu’il existe politiquement et pourrait bien se présenter dans la 3ème circonscription, tout en se préparant à croiser le fer avec un autre jeune, l’actuel maire du Tampon, Alexis Chaussalet (LFI) d’ici à 2032. Qui veut aller loin, ménage sa monture…

J’aurai pu vous raconter également ce qui se passe dans certaines collectivités, l’installation des cabinets, de Stéphane Maillot (l’ancien dir-cab de Saint-Louis, de Juliana M’Doihoma) au Tampon, aux côtés, à présent, d’Alexis Chaussalet, de Yohan Chane-To (camarade du réseau Université de Stéphane Maillot) à la direction du cabinet de la Casud, de Guillaume Govindin-Ramassamy qui assure désormais 90% de son temps au cabinet de la Cirest avec le président Joé Bédier et 10% restant avec le maire de Saint-André, Joé Bédier, de Laurent Moutiama, dir-cab à 70% de Patrice Selly, maire de Saint-Benoit (avec Merry Laballe) et à 30% à la Cirest avec le 1er vice-président Patrice Selly, qui a aussi fait embaucher par Joé Bédier, son frère Stéphane Selly comme chef de cabinet à l’intercommunalité, de Louis Laï Kane Chéong, dir-cab à cheval à la mairie de Sainte-Suzanne avec son frère maire Alek et à la Cinor toujours avec son frère vice-président, de Philippe Admeth, anciennement DGS à Sainte-Rose, puis recruté à la mairie de Saint-Joseph avec Patrick Lebreton qui lui a filé une carte « Progrès » pour représenter le parti aux municipales à Saint-Benoit ; Philippe Admeth qui rejoint l’équipe d’Harry Morel (bras droit de Lebreton), élu à la présidence du Sidélec à Sainte-Suzanne, de Gilles Vienne, qui prend la direction de cabinet à la Civis…Bref, on en reparlera une prochaine fois.
Je n’oublie pas non plus le vote par le Sénat, à l’initiative de la sénatrice Viviane Malet, de la loi portée à l’Assemblée nationale par la députée Karine Lebon sur la réparation des préjudices causés sur les enfants dits de la Creuse », mais je tiens aussi à citer la réflexion de Marie-Thérèse Gasp, une enfant de la Creuse qui, à travers une tribune, a écrit : « Je ne peux pas me satisfaire d’une allocation forfaitaire censée couvrir l’ensemble des préjudices. Je ne peux pas accepter qu’une loi referme notre histoire avec une commission, une journée d’hommage, un lieu de mémoire et une somme d’argent dont le montant sera fixé plus tard.
Je ne crache pas sur la reconnaissance. Mais je sais ce qu’elle ne rendra jamais. Elle ne rendra pas une mère. Elle ne rendra pas les bras d’une famille. Elle ne rendra pas le créole qu’on a voulu faire taire. Elle ne rendra pas les papiers qui mentent, les frères et sœurs perdus de vue, les années passées à se demander qui l’on est (…) Qui a décidé ? Qui a signé ? Qui a laissé faire ? Qui a couvert ? Qui a détourné les yeux ? C’est cela que la loi ne dit pas assez. Elle reconnaît une souffrance, mais elle ne va pas au bout de la responsabilité. Elle parle de mémoire, mais elle évite encore les mots qui dérangent. Elle prétend réparer, mais elle ne nomme pas clairement le système qui nous a déplacés de force ».
Pour finir, un petit mot sur une affaire qui a défrayé la chronique locale. Une affaire privée qui a surgit sur la place publique suite à une décision du tribunal correctionnel, qui a condamné Aurélien Centon à 4 mois de prison avec sursis pour harcèlement moral. La justice qui a condamné le citoyen Centon et non pas le conseiller départemental, ni le président de l’association. Aurélien Centon a préféré démissionner de son mandat de conseiller départemental. C’est dommage ! Il a mené de belles actions en faveur de nombreuses familles réunionnaises ; Il les a initiées du moins, avant que lesdites affaires ne soient réellement suivies par les services administratifs et sociaux du Département pour les rapatriements sanitaires et/ou funéraires. D’autres élus le font aussi, assez régulièrement, dans le cadre de leurs mandats, mais sans se mettre pour autant se mettre en avant dans les médias. A chacun façon de travailler ! Il y en a qui préfèrent la discrétion, l’ombre. Et d’autres, la lumière. Je le redis, c’est dommage pour Aurélien Centon, un homme « ek lo ker », je n’en doute pas. Mais, en tant que père de famille, permettez-moi, d’avoir également, contrairement aux associations qui ont brillé par leur absence, une pensée pour la jeune dame, la maman du petit garçon, qui a porté plainte et qui, jusqu’à preuve du contraire, a été reconnue par la justice comme étant « la victime » dans cette affaire ; Une affaire qui, d’après mes informations, n’est pas finie. Une autre plainte a été déposée depuis quelques mois par la jeune maman auprès des gendarmes de Saint-Paul. Elle va au-delà du harcèlement. Reste à savoir maintenant si cette plainte sera instruite par la justice ou si elle prendra le chemin de la poubelle. A suivre ! Sur ce, je vous souhaite un bon week-end, une bonne semaine. Portez-vous bien !
Y.M.















Je m’étonne toujours des publications de Montrouge, qu’après plusieurs décennies de journalisme, qu’il en est toujours au stade des mêmes analyses.
Il revient régulièrement sur les mêmes thèmes (hypocrisie des élites, influence des puissances économiques, défaillances politiques).
Mais ne fait-il pas aussi partie de cette élite defaillante, qui profite du système ?
Il utilise parfois des formules très générales qui expriment un ressenti mais démontrent peu les mécanismes précis permettant de comprendre ou résoudre les problèmes.
Dénoncer les hypocrisies du monde est utile, mais un journaliste expérimenté pourrait aussi contribuer au débat en mettant davantage en lumière les solutions, les initiatives qui fonctionnent et les moyens concrets permettant aux citoyens de reprendre prise sur leur avenir.
C’est facile d’être spectateur, mais être acteur demande du courage.
À force de décrire les mêmes dysfonctionnements sans perspectives, on risque d’entretenir le découragement plutôt que l’action.
C’est probablement le principal reproche que l’on peut adresser à ce type de publication : il éclaire les colères, les entretien aussi, mais il éclaire moins les chemins de sortie.
L’article pourrait être plus court, Montrouge serait-il payé au nombre de mots ?
ET VIVE PAPA DEBRE ! VIVE SES COMPLICES ! Morts ou vivants encore ils se reconnaitrons comme auteur de ces situations !
D’autres arrivistes, d’autres lécheurs prennent leur suite sans vergogne !