Résolution de l’ONU sur l’esclavage : l’abstention de la France vivement critiquée par des élus ultramarins

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Adoptée le 26 mars aux Nations unies, une résolution historique reconnaissant l’esclavage et la traite transatlantique comme « le plus grave crime contre l’humanité » suscite de vives réactions en France. En cause : l’abstention de l’Hexagone lors du vote, dénoncée par plusieurs élus des Antilles et de Guyane comme un signal politique préoccupant.

« Un signal profondément incompréhensible ». C’est en ces termes que la députée socialiste de Martinique, Béatrice Bellay, a réagi à la position française. Dans un communiqué, elle souligne une contradiction avec « l’histoire législative » du pays, rappelant que la France fut pionnière avec la loi Taubira de 2001, qui reconnaissait déjà l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Pour de nombreux élus ultramarins, cette abstention marque un recul symbolique. Le député guadeloupéen Christian Baptiste évoque ainsi « un acte politique et mémoriel majeur » manqué, estimant que cette résolution aurait pu ouvrir un dialogue international sur les conséquences durables de l’esclavage. De son côté, le député martiniquais Marcellin Nadeau déplore une décision qui « affaiblit la crédibilité » de la France auprès des territoires d’outre-mer, dénonçant « un nouveau refus de reconnaissance pleine et entière ».

Même tonalité du côté du sénateur guadeloupéen Victorin Lurel. Dans une lettre adressée au président Emmanuel Macron, l’ancien ministre des Outre-mer qualifie cette abstention de « faute morale, historique, diplomatique et politique », estimant qu’elle contribue à « ternir un peu plus » l’image de la France et à fragiliser les efforts de réconciliation mémorielle avec les anciennes colonies.

En Guyane, le Mouvement de décolonisation et d’émancipation sociale a également condamné la position française. Pour cette organisation, l’esclavage « n’est pas seulement un crime du passé », ses conséquences continuant de structurer les inégalités contemporaines. Le mouvement appelle par ailleurs à une réinscription de la Guyane sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU, dans une perspective de décolonisation.

La résolution, portée par le Ghana et soutenue par l’Union africaine, a été adoptée par 123 voix pour, avec seulement trois votes contre (États-Unis, Israël, Argentine) et 52 abstentions, dont celles de la France, du Royaume-Uni et des États membres de l’Union européenne. Le texte qualifie la traite transatlantique et l’esclavage racialisé des Africains comme « les plus graves crimes contre l’humanité » et condamne une « injustice parmi les plus inhumaines et persistantes ».

La position française s’inscrit dans une ligne défendue par certains États opposés au texte. Ces derniers estiment que la résolution risque de mettre en « compétition » différentes tragédies historiques. Un argument repris par la représentation française à l’ONU, qui a justifié son abstention par la volonté de ne pas hiérarchiser les crimes contre l’humanité, tout en affirmant refuser « l’oubli et l’effacement ».

Mais pour les élus ultramarins, cette prudence diplomatique ne suffit pas à justifier une telle posture. Au contraire, elle ravive des tensions mémorielles et interroge la cohérence du discours français sur son passé colonial et esclavagiste.

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