Réunis en conférence de presse au siège de la CGTR, les représentants de l’intersyndicale CGTR-FO-CFTC-CFDT ont haussé le ton face à la dégradation critique des conditions de travail dans le secteur de l’aide à domicile, et plus particulièrement chez Proxim’Services. Face à des propositions de la direction jugées déconnectées des réalités du terrain, un préavis de grève a été déposé pour ce lundi, avec une manifestation d’envergure attendue à Sainte-Clotilde.
Ce n’est plus seulement une crise sociale, c’est un cri d’alarme pour la survie d’un secteur essentiel. Pour les représentants syndicaux, le conflit qui couve dépasse largement le cadre des simples revendications catégorielles. Il s’agit désormais de défendre la dignité des salariés, mais aussi la qualité de l’accompagnement des aînés et la cohésion sociale du territoire.
Des propositions patronales jugées dérisoires
Si le dialogue a bien été engagé avec la direction, les réponses apportées ont provoqué la colère des représentants du personnel. L’employeur a mis sur la table l’octroi d’une Prime de Partage de la Valeur (PPV) de 350 euros net, ainsi qu’une revalorisation temporaire des frais kilométriques à 0,53 euro, limitée à deux mois.
Une réponse jugée « pansement » face à une crise structurelle. L’intersyndicale réclame une PPV à hauteur de 500 euros rappelant au passage que ce dispositif est exonéré de charges pour l’employeur mais exige surtout des mesures pérennes.
« Une revalorisation des indemnités kilométriques sur deux mois ne règle rien. L’augmentation du carburant, de l’entretien des véhicules et des assurances, elle, est définitive », déplorent les déléguées.
« Payer pour aller travailler » : le quotidien du temps partiel
Sur le terrain, la situation financière des aides à domicile devance la rupture. Majoritairement employées à temps partiel, nombre d’entre elles perçoivent des salaires mensuels oscillant entre 700 et 900 euros, en pleine période d’inflation.
Le système actuel des indemnités kilométriques (passées de 0,47 à 0,53 euro de manière éphémère) oblige les salariées à avancer de leur poche les frais de réparation de leur voiture ou le carburant pour assurer leurs tournées. Selon la topographie et l’éloignement des communes, les distances s’allongent et grèvent une trésorerie déjà inexistante. Pour beaucoup, la réalité est devenue intenable : certaines salariées confient ne plus savoir comment financer leurs trajets pour se rendre chez les bénéficiaires en fin de mois.
Un secteur usé : sinistralité en hausse et astreintes déguisées
Au-delà de l’asphyxie financière, les syndicats dénoncent un tableau sanitaire alarmant au sein de Proxim’ Services : multiplication des accidents du travail, explosions des cas de burn-out, maladies professionnelles et vagues d’inaptitudes avant l’âge de la retraite. Le constat est sans appel : les salariés quittent le métier usés physiquement par le port de charges lourdes et psychologiquement par l’absence de reconnaissance.
L’organisation du travail est également pointée du doigt. L’intersyndicale dénonce des plannings ultra-fragmentés imposant une disponibilité quasi-totale de 6 heures à 21 heures. Une amplitude horaire subie, assimilée par les salariés à de l’astreinte non rémunérée et non reconnue.

L’État et le Département face à leurs responsabilités
Face aux revendications de revalorisation salariale, la direction de la structure met en avant ses limites budgétaires, liées aux dotations publiques. Pour les syndicats, le jeu de renvoi de responsabilité entre l’employeur, le Conseil départemental (principal financeur) et l’État doit cesser. Les discours politiques sur le « bien vieillir chez soi » et le maintien à domicile des personnes âgées doivent désormais s’accompagner de budgets réels pour garantir une rémunération décente à ceux qui l’exécutent.
Faute d’avancées concrètes, le conflit franchit un cap. L’intersyndicale annonce une mobilisation qualifiée d’« historique ». Lundi, près de 300 salariés sont attendus en grève et en manifestation à Sainte-Clotilde pour exiger le respect de leur métier et de leur santé.













