« Au Rayon de Soleil » bientôt dans le fénoir ? 102 mères et pères de famille risquent de se retrouver à la rue

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L’avenir de cette société se joue ce mercredi 17 juin au Tribunal mixte du commerce de Saint-Denis : liquidation ou reprise ?

Les salariés ne comprennent pas : « c’est pourtant une société qui gagne de l’argent, alimentée par des fonds publics, des subventions du Département, pour faire du social, plus précisément des services à domicile en faveur des personnes âgées ou handicapées ; Une société qui assurait des salaires mirobolants à sa gérante et à son mari, qui occupe la fonction de directeur, ainsi qu’à leur fille de 27 ans, cadre dans un premier temps, de 2022 à 2025, puis technicienne RH depuis peu, depuis que la justice a commencé à ouvrir les yeux sur la société. La gérante a pris sa retraite depuis un mois ».

Des salariés inquiets, qui n’arrivent toujours pas à s’expliquer « comment, en dépit d’une situation financière pour le moins florissante durant de nombreuses années, la société a pu se retrouver en redressement judiciaire et risque aujourd’hui la liquidation judiciaire sans inquiéter outre mesure la gérante et le directeur ? ».

L’inquiétude est à son comble chez les 102 salariés (les intervenants sur le terrain et le personnel administratif) de la SARL Au Rayon de Soleil, créée en 2010. Cette entreprise sise à Saint-Benoit (rue Leconte de Lisle), spécialisée dans les services à domicile auprès des personnes âgées et handicapées, pourrait se retrouver définitivement en situation de liquidation judiciaire, le mercredi 17 juin prochain, au terme de l’audience tribunal mixte de commerce de Saint-Denis. Une audience décisive est prévue à 15h15 afin d’examiner les éventuelles offres de reprise reçues par l’administrateur judiciaire ainsi qu’une proposition de SCOP faite par les salariés, même si le délai est passé. Ces derniers vont essayer de demander un délai au tribunal afin d’étudier leur offre.

Le siège de la société rue Leconte de Lisle à Saint-Benoit.

Pour les salariés, l’enjeu est considérable. Derrière les chiffres, ce sont 102 pères et mères de famille qui redoutent de perdre leur emploi et de se retrouver dans une situation sociale particulièrement difficile.

Une dette sociale dépassant le million d’euros

Les difficultés financières d’Au Rayon du Soleil ne datent pas d’hier. Par jugement du 13 décembre 2017, le tribunal mixte de commerce de Saint-Denis avait ouvert une procédure de redressement judiciaire à l’encontre de la société et désigné un mandataire judiciaire afin de l’accompagner dans son redressement. Un an plus tard, le 23 novembre 2018, un plan de redressement était arrêté par le tribunal, offrant à l’entreprise une chance de poursuivre son activité tout en apurant progressivement son passif. Mais les difficultés n’ont jamais véritablement disparu.

Par ordonnance du 27 septembre 2018, le juge-commissaire avait notamment admis une créance de la Caisse de Retraite Complémentaire (CRC) d’un montant de 101 427,78 euros. Le 30 septembre 2025, le commissaire à l’exécution du plan a alors saisi le tribunal afin de demander la résolution du plan de redressement pour inexécution de celui-ci et en raison d’un état de cessation des paiements.

Entre-temps, la situation financière de l’entreprise s’est considérablement aggravée. Outre la dette initiale, la société a accumulé une importante dette auprès de la CGSS. Celle-ci s’élèverait à 981 390,91 euros, dont 243 633,26 euros correspondant à la part salariale. Une situation qui n’aurait pas permis l’obtention d’un échéancier avec l’organisme social.

Selon les constatations du tribunal, la société n’a versé que 62 289,96 euros sur une dette totale de 124 722,64 euros alors qu’elle disposait d’un délai supplémentaire d’un mois pour régulariser sa situation. À cela s’ajoutent des cotisations impayées auprès de la CGSS pour les années 2023 à 2025, représentant un montant de 861 557,86 euros.

Si la société a repris le paiement des cotisations courantes depuis janvier 2026, le tribunal relève qu’elle ne conteste pas avoir interrompu le règlement de ces cotisations pendant trois années alors même qu’elle bénéficiait d’un plan de redressement. Pour la juridiction commerciale, l’existence de ce passif nouveau particulièrement important, généré postérieurement au plan de redressement, caractérise l’état de cessation des paiements.

Face à cette situation, le commissaire à l’exécution du plan a demandé l’ouverture d’une procédure de liquidation judiciaire. Toutefois, conscient des conséquences sociales d’une telle décision, il a également sollicité une poursuite temporaire de l’activité afin de permettre l’examen d’éventuelles offres de reprise. Une solution qui pourrait préserver tout ou partie des emplois. Tout dépendra du repreneur qui pourrait reprendre l’activité. Mais on n’en est pas encore là. Il faudra attendre ce mercredi 17 juin pour être fixé.

Le juge-commissaire s’est déclaré favorable à la résolution du plan et à l’ouverture d’une liquidation judiciaire avec poursuite d’activité dans l’hypothèse d’une cession de l’entreprise. Il s’est en revanche opposé à la proposition formulée par le conseil de la société consistant à apurer le passif du plan pour solliciter ensuite une nouvelle procédure collective. Une position partagée par la procureure de la République, qui a rappelé qu’il n’était juridiquement pas possible de bénéficier d’un nouveau plan de redressement à l’issue du premier.

Une colère grandissante parmi les salariés qui envisagent le dépôt d’une plainte pénale

Au-delà de l’inquiétude liée à leur avenir professionnel, les salariés expriment aujourd’hui une profonde colère. Ils reprochent notamment à leur direction de ne leur avoir communiqué la décision du tribunal, notifiée le 6 mai dernier, que le 25 mai, soit près de trois semaines plus tard via une annonce légale parue dans le Quotidien de la Réunion, qui avait été vu par une bénéficiaire des prestations d’Au Rayon du Soleil. Quant à la gérante, elle n’a officiellement annoncé la décision du tribunal à son personnel que le 1er juin lors d’une grande réunion avec celui-ci. « Elle revenait toute décontractée d’un voyage d’agrément en Inde, comme si de rien n’était ». Ces employés ne sont pas du tout contents d’avoir été tenus à l’écart d’informations essentielles concernant l’avenir de leur entreprise.

Des salariés qui dénoncent également ce qu’ils qualifient « d’absence de transparence dans la gestion de la société » et s’interrogent sur les raisons ayant conduit à l’accumulation de dettes sociales aussi importantes alors que, selon eux, l’activité ne semblait pas déficitaire. Et que, dès le départ, « l’entreprise avait bénéficié d’un plan d’apurement de 8 ans, qui n’a pas été respecté ».

Certains salariés évoquent également un climat social particulièrement dégradé et pointent un management qu’ils qualifient de “dictatorial”, affirmant avoir été confrontés à des propos jugés humiliants de la part de la direction ; Des propos du genre : « si vous avez 800 000 € à me donner… », ou encore « moi, je ne vis pas de la société Au Rayon du Soleil », « si vous êtes dans la dépression, restez dans votre dépression ! ». Ils signalent que « lorsque la gérante rentre dans la salle de réunion, tous les salariés sont priés de se lever comme un seul homme pour la saluer… un peu comme, à l’époque, à l’école primaire quand la maîtresse entrait dans la classe ». Les salariés précisent aussi qu’à l’entrée du siège social, dans le bureau, trône une grande photo (une affiche de campagne électorale) de la gérante qui a été candidate aux législatives de 2017 dans la 5ème circonscription.

Une partie des salariés formule plusieurs accusations à l’encontre de la direction. Ils s’interrogent notamment sur la création de plusieurs autres structures au fil des années, parmi lesquelles « Happy Food », « Happy Home », « Gold Formation », « La Main Tendue » ou encore « La Maison L’Coco » regroupées en une holding : HACO .

Des salariés affirment également que des véhicules (deux grosses voitures de marque allemande) acquis par la société auraient ensuite été transférés à d’autres entités du groupe familial dont le mari de la gérante salariée, occupe le poste de directeur et leur fille de 27 ans, celui de technicienne RH (Ressources Humaines) avec « des salaires mirobolants ». Ces affirmations n’ont toutefois, à ce stade, fait l’objet d’aucune décision judiciaire établissant leur réalité ou leur caractère éventuellement frauduleux. Les employés dénoncent par ailleurs ce qu’ils considèrent comme « un train de vie incompatible » avec la situation financière de l’entreprise.

Enfin, plusieurs d’entre eux indiquent envisager le dépôt d’une plainte pénale si la liquidation judiciaire devait être confirmée et si les licenciements devenaient inévitables. Ils évoquent notamment la possibilité de saisir la justice pour qu’elle vérifie les conditions de gestion de la société et l’utilisation des financements publics (les subventions du Département notamment) dont elle a bénéficié depuis sa création. Vous l’aurez compris, l’audience du mercredi 17 juin s’annonce déterminante pour l’avenir d’Au Rayon du Soleil.

Seront présents devant le tribunal les dirigeants de la société, le représentant des salariés, le contrôleur, l’administrateur judiciaire ainsi que le liquidateur. Les juges devront notamment examiner les éventuelles offres de reprise susceptibles d’assurer la continuité de l’activité et de préserver les emplois. Trois repreneurs se sont positionnés. Les juges pourraient aussi examiner la proposition des salariés de transformer la société « Au Rayon du Soleil » en SCOP (Société Coopérative Participative) dont les salariés seraient pour une grande partie les propriétaires ; Ils détiendraient au moins 51% du capital et 65% des droits de vote. Une SCOP assure une gouvernance plus démocratique.

Pour les 102 salariés et les bénéficiaires des prestations d’aide à domicile assurées quotidiennement par l’entreprise dans diverses communes de l’île, l’espoir repose désormais sur l’émergence d’un repreneur capable de sauver cette structure qui intervient depuis de nombreuses années auprès des personnes âgées et des personnes en situation de handicap à La Réunion. Mercredi après-midi, le tribunal dira si « Au Rayon de Soleil » peut encore espérer un nouveau départ ou si l’entreprise s’apprête à tourner définitivement la page de son histoire.

 

Yves Mont-Rouge

[email protected]
Téléphone : 0692 85 39 64

3 Commentaires

  1. Les premiers responsables de cette catastrophe sont les gérants. Pendant des années, ils étaient aux commandes et avaient le devoir d’assurer une gestion saine de l’association. Aujourd’hui, 102 familles risquent de se retrouver en difficulté pendant que ceux qui ont pris les décisions ne semblent pas subir les mêmes conséquences. Beaucoup se sont sacrifiés pour leur travail, alors que les gérants ont continué à gérer la structure comme bon leur semblait. Il est temps qu’ils assument pleinement leurs responsabilités et répondent de leurs actes devant les salariés et la population.

  2. Le problème avec ces associations yba pas de réelles contrôles, on a un salaire que l’on veut on emploie qui on veut, on mene une vie de pacha avec les subventions de l ‘état en l’ occurence notre argent et tout va bien voilà c koi cette France qui est trop severe avec d’autres et laxistes avec certains

  3. Le problème avec ces associations yba pas de réelles contrôles, on a un salaire que l’on veut on emploie qui on veut, on mene une vie de pacha avec les subventions de l ‘état en l’ occurence notre argent et tout va bien voilà c koi cette France qui est trop severe avec d’autres et laxistes avec certains

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