Ce matin, les locaux de la CGTR ont vibré sous la colère d’une intersyndicale (CGTR, CFDT, CFTC) particulièrement remontée. Entre salaires bloqués, épuisement professionnel et ce qu’ils qualifient de « maltraitance institutionnelle », les représentants du secteur médico-social réunionnais tirent la sonnette d’alarme : le secteur est désormais « sinistré ».
Des « oubliés » sous le seuil de pauvreté
C’est le paradoxe ultime du métier : ceux qui accompagnent la grande précarité, les personnes handicapées ou nos seniors, deviennent eux-mêmes précaires. Didier Paliod représentant CFTC, rappelle une réalité révoltante : malgré des années d’ancienneté, de nombreux salariés touchent des rémunérations stagnant sous le SMIC, seulement compensées par des compléments légaux.
Avec une inflation galopante et une convention collective (la fameuse « 51 ») qui n’évolue quasiment plus, le pouvoir d’achat s’est effondré. Brigitte Chane -Him représentante CFDT, pointe du doigt l’obsolescence de ce cadre datant de 1951 :
« On fait des petits réajustements pour coller au SMIC, mais c’est insuffisant. »
L’intersyndicale réclame un signal fort : une grille salariale locale 10 à 15 % au-dessus du SMIC pour compenser la vie chère et la pénibilité.

L’humain sacrifié sur l’autel de la finance et de la paperasse
L’intersyndicale dénonce une gestion de plus en plus « comptable » de l’humain. Comme le souligne Didier Paliod qui est moniteur-éducateur de métier, chaque minute passée à remplir des grilles de justification imposées par l’ARS est une minute de moins passée avec le bénéficiaire.
« On n’est pas là pour remplir des dossiers, on est là pour soigner nos familles ».
Plus grave encore, Gabriel Mélade (CGTR) fustige l’opacité financière de certaines structures qui cumuleraient des millions d’euros d’excédents d’argent public tout en refusant d’améliorer les conditions de travail. Un « pognon de dingue » qui dormirait dans des caisses au lieu de financer des remplacements ou des formations, tandis que les investissements « semblent privilégier les murs au détriment de ceux qui travaillent dedans. »

Un scénario catastrophe pour nos aînés
La situation dans les EHPAD est emblématique de cette dérive. Avec un ratio de seulement 0,54 soignant par résident, le personnel ne peut consacrer que 15 à 20 minutes par jour à une personne âgée. Brigitte Chane-Him rapporte des situations glaçantes où « deux salariés doivent s’occuper de trente résidents.»
À La Réunion, où le choc démographique des 30 prochaines années s’annonce massif, le manque d’attractivité du métier crée un vide dangereux. Les jeunes fuient déjà la profession, s’estimant « en souffrance » avant même d’avoir commencé. Pour Jean-Marc Vélia, le secrétaire général du secteur public, le constat est sans appel :
« Si le médico-social s’effondre, c’est tout le système public qui s’écroule. »
« Ça va péter » : l’avertissement aux autorités
Le message adressé au nouveau directeur de l’ARS et à la préfecture est clair : « la politique de l’autruche a assez duré. L’intersyndicale refuse désormais que chaque doléance locale soit renvoyée vers les ministères parisiens. »
Si aucun dialogue réel ne s’ouvre sur les spécificités réunionnaises, les syndicats préviennent que le mouvement ne sera pas une simple journée de grève pour la forme, mais une mobilisation qui s’inscrira dans la durée.
« Montrez-nous que vous êtes vraiment à côté de la population réunionnaise », martèle Jean-Marc Vélia.
Pour ces professionnels à bout de souffle, « soigner n’est pas seulement une question de budget, c’est avant tout une question de respect pour la dignité humaine. »















