Filière canne : les déclarations du président de Tereos déclenchent une vague de critiques

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Les propos tenus par le président de Tereos Océan Indien, Philippe Labro, dans un entretien accordé au Quotidien, continuent de susciter de vives réactions au sein de la filière canne. En l’espace de quelques heures, la Chambre d’agriculture, la CGPER et le député de La Réunion Perceval Gaillard ont tour à tour dénoncé ses déclarations, en particulier l’emploi de l’expression « consanguinité capitalistique » pour évoquer une éventuelle entrée des planteurs au capital de l’entreprise :

Chambre d’agriculture : Incompréhension de l’intervetion du président de Tereos océan Indien

« Suite à l’entretien du président de Tereos Océan Indien, M. Philippe Labro, dans le supplément du Quotidien, nous souhaitons vivement réagir sur des propos qui nous semblent déplacés, incompréhensibles, voire insultants.

Nous ne comprenons pas ces mots « consanguinité capitalistique ». Pourtant, Tereos est bien un acteur de l’interprofession canne et, sur ce sujet, il n’y a pas de consanguinité capitalistique pour les représentants de Tereos.

Quel est le vrai rôle des planteurs ? Subir uniquement la vision de Tereos ? De plus, il nous ramène sur le débat du POSEI, des aides publiques pour la filière. Quelle est la vraie implication de Tereos pour les planteurs ? Est-ce uniquement de diviser les planteurs entre eux ?

Nous donner un rôle uniquement pour défendre le POSEI, c’est très réducteur de nos interventions pour l’ensemble de la filière.

Sur ce principe, les planteurs pourront gérer la totalité des aides au sein de l’interprofession, y compris l’article 21 qui permet de maintenir le prix de la canne.

Cette posture montre bien que le sujet de la transparence des comptes et des activités de Tereos, que demandent les planteurs depuis toujours, est un sujet tabou. Les planteurs seront vent debout pour défendre leurs intérêts. »

Perceval Gaillard, député de La Réunion : « Un directeur général ne devrait pas dire ça »

En parlant de « consanguinité capitalistique » pour parler de l’entrée au capital des planteurs, le directeur général de Tereos a commis une double faute : économique et politique.

Un directeur général ne devrait pas dire ça.

Faute économique car il disqualifie d’office, comme par principe, la participation des planteurs dans la gestion de la filière , alors même que ce sont les mieux placés pour la défendre et la gérer.

Faute politique car en utilisant le terme, insultant, de « consanguinité » il s’attaque non seulement à l’ensemble des planteurs mais aussi à La Réunion toute entière.

Comme je l’ai dit à la ministre des Outre-mer dans l’hémicycle le 5 mai dernier, lors des Questions au Gouvernement, l’État ne peut pas rester les bras croisés dans ce dossier. La vente en misssouk de nos usines à la société La Martiniquaise n’est pas acceptable. Les propos du directeur général de Tereos le sont encore moins.

La France insoumise se tient aux côtés des planteurs de La Réunion et portera le dossier au plus haut sommet de l’État. Avec nous au pouvoir les planteurs seront soutenus et respectés et l’outil de production restera dans la main des Réunionnais.

Jean-Michel Moutama, Président de la CGPER 

« À la lecture de l’entretien accordé par M. Philippe Labro dans Le Quotidien du 3 juillet 2026, la CGPER souhaite apporter une réponse claire.

En affirmant que le débat sur l’entrée des planteurs au capital de Tereos « détourne les yeux des vrais problèmes de la filière », M. Labro fait preuve d’une profonde méconnaissance, voire d’un certain mépris, à l’égard des producteurs de canne réunionnais.

Les planteurs ne sont pas un sujet périphérique de la filière : ils en sont le socle. Sans producteurs, il n’y a ni canne, ni sucre, ni énergie, ni rhum. Pourtant, ce sont eux qui assument les risques climatiques, les hausses des coûts de production, les baisses de revenus et les incertitudes économiques.

Ce qui interpelle la CGPER, c’est la conception du partenariat défendue par M. Labro.

Lorsque Tereos sollicite l’État, l’Europe ou les collectivités pour obtenir des financements publics destinés à soutenir la filière canne-sucre, les planteurs deviennent des partenaires incontournables. Leur présence, leur travail et leur engagement servent à démontrer l’intérêt collectif de la filière et à justifier les aides publiques.

En revanche, lorsque ces mêmes planteurs demandent à participer davantage aux décisions en entrant au capital de l’entreprise qui transforme leur production, ils sont invités à rester à leur place ; nous ne sommes plus de la même caste !!!

Cette vision du partenariat n’est plus acceptable.

Monsieur Labro, vous vous trompez d’époque.

Les producteurs réunionnais ne sont plus disposés à être considérés comme des partenaires lorsqu’il s’agit de défendre des financements publics, puis comme de simples fournisseurs lorsqu’ils souhaitent participer aux orientations stratégiques de leur filière.

La CGPER tient également à clarifier sa position.

Nous sommes parfaitement conscients que l’ensemble des producteurs de canne réunionnais n’ont ni l’envie, ni les moyens financiers de devenir actionnaires de Tereos. Ce n’est pas ce que nous demandons.

En revanche, nous revendiquons un principe simple : les planteurs qui souhaitent investir dans leur outil industriel et qui en ont les capacités doivent pouvoir le faire. Leur fermer cette possibilité reviendrait à leur refuser toute participation durable à l’avenir de leur propre filière.

La CGPER ne réclame pas une prise de contrôle de Tereos. Elle demande simplement que ceux qui produisent la matière première puissent, s’ils le souhaitent, devenir également des acteurs de son développement. Une telle évolution renforcerait l’ancrage réunionnais de la filière, favoriserait la confiance entre les partenaires et permettrait une gouvernance plus équilibrée.

Par ailleurs, M. Labro affirme que « l’avenir de la filière ne se joue pas au conseil d’administration de l’industriel, mais au bureau du CPCS ».

Nous prenons acte de cette déclaration.

La récente élection des représentants des planteurs a profondément modifié le paysage de la filière. Les producteurs ont choisi de se rassembler et d’exprimer une volonté forte de changement.

Si, comme l’affirme M. Labro, l’avenir de la filière se joue au sein du CPCS, alors la CGPER y prendra toute sa place. Elle défendra avec détermination les intérêts des planteurs, portera les exigences de transparence, de reconnaissance des coûts de production, de juste rémunération et d’un meilleur équilibre dans les relations entre les différents acteurs de la filière.

Le temps où les producteurs devaient uniquement produire pendant que d’autres décidaient seuls de leur avenir est révolu.

La filière canne-sucre réunionnaise doit évoluer vers un véritable partenariat fondé sur le respect mutuel, la transparence et la responsabilité partagée.

Les planteurs ne demandent ni privilège ni faveur.

Ils demandent simplement d’être traités comme des partenaires à part entière d’une filière qu’ils font vivre depuis des générations. »

La « consanguinité capitalistique » fait débat

La polémique trouve son origine dans un entretien accordé par Philippe Labro, président de Tereos Océan Indien, au Quotidien. À cette occasion, le dirigeant a dressé un état des lieux de la filière canne, estimant que les véritables urgences résident dans le redressement de la production, le développement de l’irrigation, la protection des terres agricoles, un meilleur accès aux herbicides ainsi que la préservation des aides publiques, dans un contexte marqué par la chute des cours mondiaux du sucre.

Philippe Labro a également rappelé que Tereos avait engagé un plan de relance de 20 millions d’euros, dont plus de 8 millions financés directement par l’entreprise, et défendu le partage de la valeur instauré par la convention canne de 2022. Il a assuré que Tereos resterait implanté à La Réunion, tout en souhaitant renforcer la présence d’entreprises réunionnaises dans son actionnariat, à l’exclusion de concurrents étrangers.

C’est toutefois sa position sur l’entrée des planteurs au capital qui a suscité les plus vives réactions. Estimant que cette idée ne faisait pas l’unanimité parmi les producteurs, Philippe Labro a déclaré que « mélanger ces rôles en créant une forme de consanguinité capitalistique » risquerait d’affaiblir le Comité paritaire de la canne et du sucre (CPCS) et de nuire à la transparence. Il a également affirmé que le débat sur l’ouverture du capital « détourne les yeux des vrais problèmes de la filière » et que l’avenir de celle-ci se joue davantage au sein du CPCS que dans le conseil d’administration de l’industriel

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