Après avoir franchi le cap Horn et traversé une nuit particulièrement engagée le 5 mars, marquée par des rafales jusqu’à 55 nœuds, l’équipage de Free Dom poursuit désormais sa remontée de l’Atlantique Sud. Le bateau est sorti du plus gros du système dépressionnaire, mais la mer reste formée et exigeante. Dans ces latitudes, même lorsque le vent baisse, l’océan met du temps à se calmer.
Le samedi 7 mars, le bateau Free Dom franchit le 40e parallèle sud. Les températures remontent légèrement et l’atmosphère change : la journée ressemble à ces lendemains de tempête que les marins apprécient particulièrement.
Le vent se stabilise entre 22 et 32 nœuds, des conditions qui permettent enfin de retrouver un rythme plus régulier. À bord, Thibaut et Max en profitent pour récupérer un peu de sommeil, tout en reprenant le travail stratégique. Les fichiers météo sont passés au crible plusieurs fois par jour. On compare les modèles, on imagine les scénarios possibles et les décalages par rapport aux prévisions.
La navigation s’organise entre réglages de voiles, changements de voile d’avant et ajustements de trajectoire. L’objectif est d’affiner le placement pour les jours à venir.
Mais au large, la course n’efface jamais complètement les pensées de terre. Thibaut sait déjà qu’il ne pourra probablement pas rentrer pour les dix ans de sa fille.
« C’est aussi un engagement personnel avec des sacrifices, ce tour du monde. Mais on donne tout, Max et moi, pour que nos proches soient fiers de nous. »
La nuit venue, le bateau retrouve de la vitesse. En s’éloignant progressivement de la dépression du sud, la mer devient plus maniable et le navire parvient à maintenir une vitesse moyenne élevée. La lune éclaire l’océan et permet d’apercevoir plus facilement les grains. Les anticiper, c’est préserver la vitesse et éviter de perdre de précieux milles.

Dans la nuit de samedi, à bord du bateau Free Dom, Thibaut et Max profitent d’un rare moment de détente. Entre deux manœuvres et quelques heures de repos, les deux skippers immortalisent l’instant dans la cabine, sourires aux lèvres, alors que la course continue de les pousser vers le nord.
Dans la nuit du 8 mars, le bateau Free Dom se retrouve piégé dans une petite bulle d’air. Le phénomène était prévu, mais un élément complique la situation : le courant.
Avec seulement 8 nœuds de vent, la vitesse surface reste correcte, mais la vitesse fond chute brutalement. Le courant enlève près de deux nœuds, une perte difficile à compenser lorsque le bateau manque déjà d’air.
Au lever du soleil, la situation évolue enfin. Le vent revient progressivement et avec lui la glisse. Le bateau abat et renvoie son spi Free Dom, retrouvant sa vitesse.
La météo reste toutefois instable et les skippers surveillent attentivement leurs concurrents. Une option à l’est commence à apparaître sur les cartes. Après avoir analysé les courants et la direction du vent, ils décident d’empanner pour se repositionner vers le nord-est.
La manœuvre se complique rapidement : lors de la tempête précédente, des rabans avaient été installés pour maintenir la grand-voile ferlée sous trois ris. En renvoyant la voile, ils n’avaient pas été retirés et se retrouvent maintenant coincés dans la bastaque.
Impossible d’empanner correctement. La réaction est immédiate : le bateau réempanne pour éviter d’endommager la grand-voile.
Avec calme et méthode, les deux marins organisent la suite. Le spi est renvoyé de l’autre côté et le bateau repart brièvement vers l’Amérique du Sud. Thibaut grimpe alors dans le mât, jusqu’au niveau des barres de flèche. Le bateau file sous spi à 12 nœuds, mais reste suffisamment stable pour permettre l’intervention.
La manœuvre est rapide. Quelques minutes plus tard, tout est libéré et le bateau peut empanner de nouveau pour suivre l’option nord-est.
Dans ces moments-là, la fatigue s’efface un instant.
Lorsque le bateau est lancé sous spi et que la coque glisse proprement sur l’Atlantique, les marins retrouvent ce qui les fait tenir dans cette longue traversée.

À bord du bateau Free Dom, l’Atlantique s’étire sous un ciel de fin de journée. Entre grains et éclaircies, le bateau poursuit sa route au milieu d’une mer encore formée, porté par la houle et la lumière dorée du soleil qui perce à l’horizon
Dans cette série de reportage sur la Globe 40, les skippeurs reviennent sur l’étape Sydney–Valparaíso où le bateau Free Dom a fait parler de lui.














