C’est un moment historique pour Saint-Denis. La première pierre de la réhabilitation complète de l’Usine de Traitement d’Eau Potable (UTEP) de Bellepierre a été posée, marquant un tournant symbolique majeur pour ce site emblématique qui sécurise l’accès à la ressource depuis plus de 70 ans. Ce chantier titanesque de 44 millions d’euros vise à moderniser le plus grand outil de production d’eau de la ville, situé à seulement quelques mètres du futur tracé du téléphérique.
Un ancrage institutionnel et partenarial fort
La cérémonie s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités et instances clés du territoire. Accueillis par les équipes de OTV Veolia, la structure récente chargée de la gestion de l’eau des Dionysiens, les officiels ont pu mesurer l’importance stratégique du site.
Parmi les autorités et partenaires présents, la maire de Saint-Denis, Ericka Bareigts, était entourée des élus municipaux, des vice-présidences et des représentants de la CINOR (Communauté Intercommunale du Nord de La Réunion). L’État, la Région Réunion, ainsi que les représentants de l’Agence Régionale de Santé (ARS) ont également répondu à l’invitation pour marquer leur soutien. Enfin, les dirigeants des entreprises attributaires du marché, les techniciens, les équipes d’exploitation ainsi que les acteurs de l’insertion locale (Maison de l’emploi, missions locales) étaient aux côtés des décideurs publics pour lancer officiellement ce chantier d’envergure.

Une union financière face à l’urgence climatique
Un investissement de cette envergure ne peut être porté par le seul territoire de la CINOR face aux autres priorités budgétaires locales. La maire Ericka Bareigts a ainsi salué une mobilisation multi-niveaux indispensable, rappelant qu’« un projet de 44 millions d’euros ne peut pas être financé seul par une collectivité locale », et qu’il nécessite d’associer étroitement l’État (via le contrat de résurgence territoriale), l’Union européenne à travers le FEDER (à hauteur de 10 millions d’euros), la Région Réunion, et d’autres partenaires financiers à hauteur de 4 millions d’euros.
Mise en service en 1950, l’usine historique capte l’eau brute de la rivière Saint-Denis pour alimenter plus d’un Dionysien sur deux (environ 90 000 habitants) et le CHU. Gérée par Dioneo, cette refonte totale permettra d’atteindre un taux de couverture de 65 % de la population après les travaux. Le projet s’inscrit dans la lignée de la station d’épuration du Grand Prado : ne plus simplement traiter, mais valoriser la ressource. Le site intégrera la réutilisation des eaux traitées et des boues pour l’arrosage des espaces verts et des forêts urbaines, favorisant la fraîcheur de la ville.

Une prouesse technique en site occupé
Le défi majeur réside dans sa complexité logistique. L’usine doit continuer à tourner 24h/24 pour alimenter les foyers pendant toute la durée des travaux. Engagée dans sa première phase de construction dès décembre 2025, l’opération a vu son ordre de service publié en juin 2026, menant à la pose officielle de cette première pierre.
Ultrafiltration membranaire : Le site abandonne les réactifs chimiques au profit d’une filtration à 20 nanomètres. Ce système retient virus, bactéries et parasites, garantissant une turbidité de 0,1 MPI (bien en dessous de la norme de 0,5), même en pleine période cyclonique pour éviter toute rupture d’approvisionnement.
Première tranche (horizon mars/avril 2028) : Elle comprend la création d’un premier réservoir de 7 500 m³ et d’une chaîne complète de traitement des eaux et des boues (qui seront déshydratées puis orientées vers l’enfouissement ou valorisées en agriculture) pour traiter la quasi-totalité du débit de 1 500 m³.
Phases ultérieures : Elles prévoient la démolition d’installations existantes, la construction d’un second réservoir de 7 500 m³, l’édification d’un bâtiment d’exploitation moderne (laboratoire, supervision, bureaux, atelier), et la démolition finale de la file 3 pour restituer un gain foncier de 3 000 m² à la collectivité.
Un levier économique et social pour le territoire
Au-delà de l’enjeu sanitaire et de la résilience face aux événements climatiques extrêmes, ce chantier injecte une dynamique forte dans l’économie locale. Lors de la cérémonie, les autorités ont adressé des remerciements appuyés aux techniciens, aux équipes d’exploitation et aux entreprises mobilisées.
La commande publique est ici utilisée comme un puissant levier d’insertion professionnelle. L’accent a été mis sur la responsabilité sociale des entreprises attributaires, la maire martelant que « l’argent public doit bénéficier aux travailleurs, aux ménages et à la formation ».
Des critères stricts ont été fixés pour l’emploi et la formation des jeunes du territoire et des publics éloignés du marché du travail, en lien direct avec les missions locales et la maison de l’emploi.
Avec le lancement de la modernisation de l’UTEP de Bellepierre et l’arrivée imminente du téléphérique à quelques mètres de là, le quartier se transforme en un véritable laboratoire de la ville de demain : un pôle où se croisent transition écologique, haute technologie et mobilités durables.

















