/

Sainte-Suzanne : le nouveau maire Alexandre Laï-Kane-Chéong face à un budget déficitaire de 12 millions d’euros

8 min de lecture
14

Après l’euphorie de la victoire du 22 mars dernier et l’ambiance festive de son installation officielle dans le fauteuil de premier magistrat de la commune de Sainte-Suzanne, Alexandre Laï-Kane-Chéong va devoir affronter la dure réalité de la vie municipale.

Certes, la situation financière critique de Sainte-Suzanne relevait du secret de  polichinelle, mais aujourd’hui c’est écrit noir sur blanc dans les orientations budgétaires de 2026 sur lesquelles seront appelés à débattre les élus municipaux, ce jeudi 16 avril, à partir de 17 heures, à la salle « Rwa Kaf » au Bocage, à l’occasion du premier conseil municipal de la mandature.

Alexandre Laï-Kane-Chéong fera le constat « d’une absence de gestion en « bon père de famille » aux conséquences négatives et d’une situation financière exsangue ». En effet, situation financière exsangue, comme le relèvent les service financier, « puisqu’elle présente un déficit structurel de 12 millions d’euros, dont plus de 10 millions sont mandatés au Trésor public ».

La nouvelle équipe dirigeante ne manquera pas de rappeler que « le rapport d’orientations budgétaires s’inscrit dans le cadre d’un renouvellement récent de l’équipe politique après plus de trente ans de mandature marquée par des dépenses de fonctionnement exponentielles, sans commune mesure avec les besoins de la collectivité et l’effort contributif de celle-ci, plaçant de facto ces dépenses comme des avantages électoraux déguisés;  30 ans de mandature marquées également par une capacité d’investissement subséquemment obérée ainsi qu’une modernisation manquée (structure du réseau informatique, process défaillants, dématérialisation absente) et le recours systématique à des prestataires, dont la fixation du prix demeure opaque et échappe à tout processus de contrôle, alors que les prestations auraient pu être servies en interne, par la mobilisation de moyens humains et matériels dont la commune dispose ; Une situation financière désastreuse marquée aussi par le recours compulsif à des contrats précaires, sans analyse, ni des besoins, ni de la rationalité des rémunérations versées; Subséquemment, des fiches de poste et des missions parfois incomprises des agents, et/ou faisant doublon avec celles d’agents préexistants ».

Place au boulot à présent ! Alexandre Laï-Kane-Chéong, maire de Sainte-Suzanne, entouré de ses proches collaborateurs de cabinet parmi lesquels son petit frère Louis (à gauche sur la photo), avocat de profession. (Crédit photo : Yves Mont-Rouge)

La nouvelle équipe politique prévient qu’elle « hérite d’une gestion tumultueuse dont elle ne saurait se porter garante ». A titre d’exemple, la masse salariale a connu une augmentation exponentielle de l’ordre de près de 7 millions en 6 ans. Représentant 67 %, les charges du personnel constituent le premier poste de dépenses de fonctionnement.

La collectivité avec un taux de 55 % de fonctionnaires (titulaires et stagiaires) est largement supérieure à la moyenne départementale. Au cours de l’année 2025, 17 agents ont fait valoir leur départ à la retraite et 2 agents par le dispositif de rupture conventionnelle. Les départs à la retraite doivent être anticipés afin de permettre la transmission des savoirs et des compétences. Les délais d’instruction de dossier de retraite est d’environ 6 à 9 mois.

Cette « gestion financière lacunaire » a entrainé des difficultés de Trésorerie de nombreuses conséquences négatives notamment : notamment un délai global de paiement dégradé de 174 jours alors que la loi impose 30 jours plaçant Sainte-Suzanne comme dernière commune de l’île en matière de célérité de paiement.

« S’interroger sur le choix de reconduire les CDD et ne pas remplacer les départs à la retraite »

Plusieurs entreprises ont intenté un recours devant les tribunaux pour obtenir des paiements; Difficulté de recourir à certains prestataires qui ne souhaitent plus travailler avec la collectivité et recours à des prestataires plus élevés; Ralentissement dans l’acquisition des Equipements de Protection Individuelle pourtant indispensables pour garantir la sécurité de nos agents; Dégradation de la qualité du service public pour la population.

Autre conséquence de cette situation financière critique : un ralentissement voire un arrêt des travaux. En dépit de recherche de financements qui permet d’obtenir jusqu’à 80% des travaux, le reste à charge sur les projets est important. Le Plan pluriannuel d’investissement de l’ancienne mandature était trop ambitieux eu égard à la faiblesse de l’autofinancement. D’importants retards ont été pris sur la finalisation de la mairie, ne permettant pas d’offrir aux agents des conditions de travail optimisée et à la population, un accueil physique de qualité.

L’épargne brute et nette est en « chute libre ». La capacité d’autofinancement est « en baisse sensible ». La dette s’élève à 21 629 K€ répartis sur 26 emprunts, soit un encours moyen de 832 K€.

Afin de pouvoir « redonner des marges de manœuvres » à la commune, la nouvelle majorité municipale va devoir imposer « des choix forts et fermes » : Mobiliser le dispositif COROM (Contrat de redressement Outre-Mer) comme l’avaient fait durant la mandature 2020-2026 les communes de Saint-Benoît et de Sainte Marie. Il s’agira de mobiliser le dispositif étatique de Contrat de Redressement Outre-Mer « qui permettra d’obtenir entre 2 et 3 millions d’euros sur la période 2026-2029. Cette assistante technique et budgétaire favorisera un retour à l’équilibre à moyen/long terme », espèrent le nouveau maire et son équipe, qui préconisent par ailleurs de « piloter efficacement les ressources humaines avec des choix forts qui devront être opérés en matière de ressources humaines » en analysant finement les besoins en matière de Contrats à Durée Déterminée et d’étudier l’opportunité de les reconduire.

Pour les postes actuellement vacants, il conviendra de redéployer la ressource humaine disponible. Des formations seront dispensées en interne et/ou avec le CNFPT pour faciliter la prise de poste. Par ailleurs, il est nécessaire de ne pas remplacer systématiquement les départs à la retraite dès 2026 et ce, pendant la durée du mandat. Pour les remplacements éventuels, une rémunération « juste » sera attribuée ».

Malgré un contexte budgétaire national extrêmement contraint, les orientations budgétaires pour l’exercice 2026 marquent une étape décisive dans l’ambition de la Municipalité d’apporter des réponses rapides et efficace, d’une part, et de proximité d’autre part, afin d’ouvrir des perspectives d’espoirs et de résilience pour les Sainte-Suzannois. Parmi ces mesures : l’eau. La commune animera un comité de coordination avec la CINOR afin de faciliter la mise en œuvre des projets structurants en matière de politique de l’eau à Sainte-Suzanne. Il s’agira notamment de progresser sur les études de renforcement de réseaux AEP dans les secteurs prioritaires tels que le chemin CAMARRON et le sentier des œillets.

Il s’agira aussi de sécuriser les captages et leur production en particulier sur le forage de Sainte-Vivienne à Quartier-Français et le captage Valery à Bras Pistolet. Sur ce dernier site seront construite un réservoir et une station de traitement nécessaire à la qualité sanitaire de l’eau distribué aux abonnés. La Commune accompagnera la CINOR dans les négociations foncières nécessaires à leur mise en œuvre.

« L’eau et la sécurité comme priorités »

Les efforts seront accentués sur le renouvellement de réseaux afin d’optimiser son rendement et lutter contre le gaspillage. L’eau est également source de risque quand elle est en crue dans nos rivières. C’est pourquoi la Commune s’attachera à l’aboutissement des dispositifs de prévention au travers du PAPI (Programme d’Actions de Prévention contre les Inondations) de la Grande Rivière Saint-Jean et qui concerne La Marine, Quartier-Français et Commune Bègue. Cette année 2026 sera une année charnière puisqu’il s’agira pour la Commune de Sainte-Suzanne d’agir aux côtés de la CINOR pour la création d’une structure de gouvernance partagée avec la CIREST en vue de mettre en œuvre les actions du PAPI. Cette structure porteuse de la maîtrise d’ouvrage des travaux est une condition sine qua non pour l’obtention des financements européens d’exécution des travaux.

Autre mesure : le pack sécurité de proximité. La commune engagera les études opérationnelles nécessaires à l’installation de la vidéoprotection sur les espaces publics et à la vidéo-surveillance des équipements publics. Un déploiement progressif en trois tranches sera envisagé afin de de garantir la viabilité du projet au regard des financements mobilisables auprès de l’Etat.

Cette année de transition sera également une année de préparation des investissements de la mandature afin de créer les meilleures conditions de réussite pour les chantiers engagés comme « le pacte mobilité. La commune réalisera une étude de faisabilité de définition de voies cyclables sur le réseau routier communal. Cette démarche est complémentaire au développement des voie cyclables sur les grands itinéraires que constituent les Voiries d’Intérêt Communautaires, les routes départementales et les routes nationales.

La municipalité s’attachera à conjuguer les efforts de ces gestionnaires de voies pour répondre aux besoins de mobilité active sur le territoire. Elle travaillera de concert avec la CINOR et d’autres acteurs locaux afin d’étudier et de promouvoir un programme d’aide à l’acquisition des vélos à assistance électrique.

« Chaque fois que cela est possible, la municipalité intégrera dans les opérations d’aménagement de voirie la création d’une zone 30 « dites de circulation apaisée » où les piétons et les cycles sont prioritaires », fait savoir la nouvelle équipe municipale.

Idem pour l’énergie solaire. « La commune doit être exemplaire, c’est pourquoi elle recherchera à valoriser entièrement le patrimoine communal existant ou en projet, pour la production d’énergie renouvelable, tout en privilégiant que cela sera possible l’autoconsommation collective dans un rayon de 2 km. La production d’énergie renouvelable doit accompagner la politique volontariste de la Commune d’une consommation sobre et responsable. C’est pourquoi la collectivité réalisera un audit énergétique et thermique de l’ensemble des écoles publiques en vue d’identifier les leviers d’actions à mettre en œuvre à ces fins.

Elle étudiera également aux côtés de la CINOR, du SIDELEC Réunion et d’autres acteurs locaux, la faisabilité de mettre en œuvre des Appels à Manifestation d’Intérêt pour le déploiement de central de production photovoltaïque pour la recharge de véhicules électriques sur le domaine public municipal.

L’exemplarité municipale doit être moteur pour engendrer une dynamique locale. Afin de promouvoir une synergie publique-privée, la Commune mettra en place un guichet d’accompagnement dans le montage des dossiers afin de faciliter les initiatives individuelles sur Sainte-Suzanne.

La nouvelle municipalité mise également sur le plan « Terre nourricière ». La valorisation du patrimoine foncier communale est un moyen stratégique pour promouvoir le développement d’une nature nourricière de proximité. A ces fins la Commune réalisera un diagnostic des friches communales et des équipements municipaux afin d’élaborer le plan de renaturation de Sainte-Suzanne intégrant un volet Agri-jardin ayant pour objectif le développement de dispositifs de proximité tels que des jardins familiaux ou des jardins partagés.

La mise en réseaux des jardins familiaux ou partagés des quartiers excentrés trouvera sa dynamique autour d’une vocation renforcée de l’ACI (Atelier Chantier Insertion) jardins éco- solidaire du Bocage. Il s’agira de créer une synergie qui trouvera sa force locomotrice au Bocage pour partager le savoir-faire au travers de formations et d’accompagnement des personnes en vue de la promouvoir une agriculture bio sur le territoire de Sainte-Suzanne.

Vous l’aurez compris, les choses sérieuses vont commencer pour la nouvelle équipe municipale qui va découvrir au fil des jours la dure réalité du pouvoir. Mais nul doute qu’elle saura trouver les moyens pour « le redressement » de la situation.

Yves Mont-Rouge

[email protected]
Téléphone : 0692 85 39 64

14 Commentaires

  1. Question??? Kosa la fait maillot et tout les mandats li néna??? Kan sa li démissionne (député, conseiller region, opposition a la mairie ste suzanne, CINOR??? Suive RATENON, a li au moin li la donne son vérité pou sa démission

  2. Ben oui zot la bien profité pendant 30 ans !!! beaucoup d’argent gaspillé !!! ( d’autres communes aussi sont concernées) . Bon courage à vous monsieur Alexandre LKC et à votre équipe pour redresser tout ça !!! De nos jours par les temps qui court il faut aller à l’essentiel !!! il y aura toujours le temps de faire la fête après !!!
    Néna certains i fé la fête tous le temps et après comme la cigale i vient crier quand zot n’a pi rien !!!

  3. Il y a de l ordre a mettre dans cette commune
    Tous ses gratel y promène toute la journée
    Ses emplois fictifs
    Au bocage comment une association peut bénéficier d un local
    Avec eau électricité loyer gratuit et c est nous qui paye
    A l intérieur comment un joueur de foot peut bénéficier d un logement payé par nous

  4. Il n’y a pas que sainte Suzanne à avoir un bilan aussi calamiteux. Une autre ville de l Est doit être dans le même sac, mais comme il n’y a pas eu de changement de majorité, ce ne sera pas mis en public. A moins que…

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Article précédent

Suspension du processus de restitution des îles Chagos : « une décision inacceptable et contraire au droit international »

Article suivant

Blocages et opérations escargot ce lundi 13 avril : une mobilisation généralisée en direction de Saint-Denis

Free Dom