Réunis ce mercredi matin au Moca à l’invitation de l’ARMOS-oi, les acteurs du logement social de La Réunion ont dressé un constat alarmant. Entre une Ligne Budgétaire Unique (LBU) amputée des deux tiers et une urgence sociale grandissante, le modèle local est au bord de la rupture. Face aux 53 000 demandes en souffrance, les maires et les bailleurs tirent la sonnette d’alarme.
L’ambiance était lourde ce matin dans les hauts de Montgaillard. Pour cette deuxième édition du Forum du Logement Social de La Réunion, l’Association Régionale des Maîtres d’Ouvrage Sociaux et Aménageurs de l’océan Indien (ARMOS-oi) a réuni un secteur en pleine tempête. Le chiffre qui a cristallisé toutes les colères et les inquiétudes est désormais public : l’enveloppe de la Ligne Budgétaire Unique (LBU) allouée par l’État s’est effondrée, s’élevant à seulement 27 millions d’euros contre environ 80 millions d’euros habituellement. Une baisse drastique qualifiée d’« inadmissible » et d’« insoutenable » par les élus locaux.

« Le logement a détrôné l’emploi dans les mairies »
Serge Hoareau, maire de Petite-Île et président de l’Association des maires de La Réunion (AMDR), n’a pas mâché ses mots lors de son intervention. Selon lui, la situation a basculé : le logement est devenu le premier motif de consultation des Réunionnais auprès de leurs élus, devant les demandes d’emploi. Un glissement historique qui témoigne de l’extrême précarité des familles sur le terrain.
« Avec 27 millions d’euros seulement, notre capacité de construction est réduite à 300 logements cette année sur toute l’île. C’est dérisoire face aux besoins réels », martèle Serge Hoareau. « Historiquement, nous tournions à 1 500 ou 1 600 logements par an, et nous sommes montés par le passé à plus de 2 500. On pénalise directement les plus vulnérables : nos gramounes, les personnes porteuses de handicap et les jeunes familles. »
Ce coup d’arrêt brutal ne menace pas seulement les demandeurs de logement, il fragilise également l’ensemble de la filière locale du BTP, secteur historique pourvoyeur d’emplois dans l’île. Face à l’inertie de Paris, les élus rappellent que les bailleurs sociaux locaux ne génèrent pas de bénéfices et dépendent entièrement de la solidarité nationale et du soutien d’actionnaires institutionnels comme la CDC Habitat ou Action Logement pour maintenir l’activité.
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Zéro financement pour les réhabilitations lourdes : le cri d’alerte des bailleurs
Du côté des gestionnaires de parcs, le constat opérationnel est tout aussi violent. La SHLMR (Société d’Habitations à Loyer Modéré de La Réunion), qui gère un parc de 30 000 logements sur l’île, subit de plein fouet ce tarissement des fonds publics. Jean-Claude Valiamé-Cally, directeur des territoires et de la proximité, a révélé un chiffre couperet : sur les 900 logements dont la réhabilitation lourde était programmée cette année, aucun n’a obtenu de financement étatique.
Si l’entretien courant et les travaux programmés seront maintenus sur fonds propres, les chantiers d’envergure se retrouvent bloqués. Une impasse qui remet en question le modèle économique même du logement social à La Réunion. Jusqu’à présent, ces rénovations majeures s’effectuaient sans hausse de loyer pour les locataires. Avec le désengagement de l’État, cette gratuité est directement menacée.
Face aux réclamations quotidiennes des locataires concernant les délais d’intervention (3 000 à 4 000 appels par mois reçus par le bailleur), la direction de la SHLMR met en avant sa démarche de terrain. Labellisée « Cali HLM », la structure rappelle que 80 à 90 % des familles vivent dans de bonnes conditions à bas coût. Arash Khalatbari, directeur de l’Action Sociale, insiste sur l’importance de l’accompagnement des familles, le traitement des dettes locatives et l’aménagement annuel de 400 salles de bains pour le vieillissement de la population, tout en alertant contre l’exploitation politique ou non objective de dysfonctionnements isolés.

La résistance par l’action locale
Malgré la violence de la crise, certaines collectivités refusent de geler leurs chantiers. C’est le cas à Petite-Île, où la municipalité maintient une dynamique volontariste : livraison imminente d’une résidence pour personnes âgées, pose des premières pierres sur les opérations Cannebonbon et Désiré 3, et lancement d’un nouveau chantier en septembre prochain dans le quartier de Manapany Les Bas.
Ces initiatives communales, bien que cruciales, restent des pansements sur une plaie ouverte. Sans une réévaluation immédiate des crédits nationaux et une refonte globale du modèle de financement public pour les départements d’Outre-mer, l’accès à un logement digne pourrait devenir un luxe inaccessible pour des milliers de Réunionnais.
















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