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Il faut sauver Le Quotidien de la Réunion, comme l’ont été Air Austral et les autres !

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Un journal qui se meurt, nos élus à Paris pour discuter de 72 mesures en 2 heures, une grève suspendue, celle de la SPL Estival, une autre étouffée dans l’œuf, celle de la Cirest… Ce sera le menu du « Ti Kozman » de ce vendredi 24 novembre.

Tout d’abord cette Une du Quotidien de la Réunion d’hier, jeudi 23 novembre (voir ci-dessus). Elle en dit long sur l’avenir du journal. Ça fait mal au cœur. Il reste encore quelques jours pour essayer de le sauver. La seule offre qui a été faite jusqu’à présent n’a pas été jugée recevable. Il s’agit de celle faite par la société de Média Capital qui détient notamment le Nouvel Economiste.

Je vous avais annoncé, il y a environ trois semaines, une autre offre, locale, qui était en train de se constituer par quelques hommes d’affaires parmi lesquels, entre autres, un imprimeur bien connu sur la place ainsi qu’un patron de clinique privée. Un consortium de chefs d’entreprises locaux qui aurait pour objectif de racheter, à des conditions précises, les deux titres (Quotidien et JIR) qui vont très mal aujourd’hui. Mais pour l’instant, ce consortium ne s’est pas encore manifesté auprès du Tribunal de Commerce.

Si ces repreneurs potentiels ne réagissent pas d’ici au 13 décembre prochain, le Quotidien de la Réunion sera contraint de fermer ses portes. Or, tout comme le JIR dont la situation financière n’a pas encore été mise sur la place publique pour le moment, Le Quotidien fait partie de l’histoire de la Réunion. Il a accompagné notre vie pendant près de 50 : il ne faut pas le laisser mourir, la liberté d’expression doit vivre, le pluralisme c’est la démographie, il faut que Le Quotidien continue d’exister !

Vous trouverez sur notre site un document exceptionnel et rare : un numéro hors-série sur l’histoire du journal le quotidien au travers de ses UNES qui ont  marqué l’histoire de la Réunion…Faites vos  commentaires, appelez la radio et donnez-nous vos idées pour que Le Quotidien continue d’exister.

Le Quotidien et Free Dom, deux médias indissociables. Le Quotidien est né en 1976 et Radio Free Dom a vu le jour en 1981. Si le Quotidien disparaît, c’est un peu l’histoire de Free Dom qui va disparaître. Le Quotidien a toujours été aux côtés de Radio Free Dom et de son patron Camille Sudre. Et vice-versa !

Moi même, tout jeune stagiaire, j’ai intégré la rédaction du Quotidien en 1984. Je me rappelle de cette époque où la collaboration entre ces deux médias était très active et constructive. Voir ces quelques photos ci-dessous que Camille Sudre a gardées dans les archives de Radio Free Dom :

Cette année là, toutes les informations de Free Dom provenaient du journal Le Quotidien. Je me rappelle des journalistes comme Bernard Oudin qui a travaillé aussi bien au Quotidien qu’à Free Dom en passant « Télé 7 jours » et « Le Réunionnais ». Il y a eu aussi Benoît Ferrand animateur-journaliste à radio et télé Free Dom avant de rejoindre RFO Radio; Cyril Cusy, journaliste-animateur sur Free Dom puis à NRJ Paris; Clo Legendre de Free Dom, William Emmanuel et Mathieu du Quotidien, ils animaient une émission ensemble. Il y avait également, comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus, Ian Hamel qui avait écrit le premier article sur la naissance de Radio Free Dom, Jean-Pierre Aguila. Personnellement, j’ai côtoyé tout ce petit monde, avant de rejoindre le Journal de l’île en 1985 où j’ai fait quasiment toute ma carrière durant plus de 32 ans.

L’animatrice Sonia qui, à l’époque, lançait les journaux de Free Dom grâce à une liaison hertzienne entre le journal Le Quotidien au Chaudron et le studios de la radio à Bellepierre. Souvenirs, souvenirs…

Raison pour laquelle, même si je n’y suis plus (dans la presse écrite), je continuerai à défendre cette presse, en me rappelant toujours de cette citation d’Hubert Beuve-Méry, fondateur du journal Le Monde : « la radio annonce l’évènement, la télé montre l’évènement, la presse écrite explique l’évènement ».

Certes, les temps ont changé, le mode de consommation de l’information a complètement évolué. Face aux réseaux sociaux, à la presse en ligne, ces médias de l’instantané, la presse écrite est devenue un modèle économique qui ne semble plus viable mais pour autant doit-on laisser mourir un journal ? Si nos politiques et le gouvernement sont capables de sauver des compagnies aériennes voire des commerces de la grande distribution (rachetées par des Mauriciensavec l’aide de l’Etat français) en passant l’éponge sur des centaines de millions d’euros de dettes, qu’est-ce qui les empêcherait de sauver le Quotidien de la Réunion, ce journal indépendant d’informations, qui a toujours sur faire preuve d’objectivité dans sa ligne éditoriale ? C’était mon cri du cœur du jour pour le Quotidien de la Réunion !

L’octroi de mer en débat au comité de suivi du CIOM à Paris

Comme vous le savez sans doute ou avez pu le constater, nombre d’élus réunionnais se trouvent actuellement à Paris pour plusieurs rendez-vous qui se déroulent dans la capitale : 105ème congrès des maires, bilan d’étape du CIOM (Comité interministériel des Outre-mer), assemblée des départements de France, remise de prix divers, inauguration de « Nout Kaz à Paris » à l’antenne parisienne du Département.

L’Association des maires de la Réunion (AMDR) présidé par Serge Hoareau, maire de Petite-Ile et 1er vice-président du Département, a financé le voyage de 75 élus. Le président du Département, Cyrille Melchior, y est lui aussi avec une petite délégation composée de son DGS et des membres de son cabinet. Idem pour la Région. Tous les parlementaires ont été également conviés à ce bilan d’étape du CIOM où, sous l’égide de Philippe Vigier, ministre délégué aux Outre-mers, ils ont discuté des 72 mesures du CIOM arrêtées le 18 juillet dernier et dont certaines sont déjà appliquées. Deux petites heures pour débattre de 72 mesures, ça ne fait pas très sérieux !

Aussi, d’emblée, Huguette Bello a interpellé le ministre Vigier en lui disant : « je crois qu’il est illusoire de traiter ces 71 mesures dans le format et les contraintes d’une telle réunion. Chaque mesure mérite d’être examinée et évaluée… Je suis pleinement solidaire de la démarche de mes collègues d’outre-mer vous invitant à revoir la méthode de concertation. C’est pourquoi je souhaiterai, lors de ce e première rencontre, consacrer l’essentiel de mon propos à une seule mesure, la mesure n°1 du CIOM concernant la réforme de l’octroi de mer, qui est centrale ».

En fait, aucun élu réunionnais ne s’oppose à une réforme de l’octroi de mer mais pas question de le supprimer via une décision unilatérale depuis Paris. D’où la remarque de la présidente de Région : « comment inviter les Régions d’outre mer, à travers de nombreuses mesures du CIOM, à prendre davantage de responsabilités et à s’engager dans la voie du développement si dans le même temps on leur coupe les ailes en portant un coup d’arrêt à la dynamique de ce e ressource scale, qui est un élément structurant de leur budget. Imagine-t-on le Conseil départemental de La Réunion privé de sa taxe sur le tabac qui lui rapporte plus de 160 millions contre 135 millions pour l’octroi de mer régional ? Monsieur le ministre, nous voulons croire que la réforme de l’octroi de mer n’est pas encore écrite. Nous n’accepterons pas qu’elle s’écrive sans que nous ayons été préalablement consultés et véritablement concertés…Monsieur le ministre, c’est la qualité du partenariat Etat- Région qui est en jeu. Les principes de concerta on, co-construction, et de responsabilité, nécessaires à la mise en œuvre des mesures du CIOM, doivent exclure toute réforme imposée d’en haut. C’est d’un acte de confiance qu’il s’agit. Respecter notre autonomie fiscale et construisons ensemble l’avenir ! ».

Un message on ne peut plus clair d’Huguette Bello partagé par l’ensemble des élus présents à ce comité de suivi du CIOM. A l’issue des débats, sur cette question de l’Octroi de Mer, il a été arrêté que rien ne se fera sans la consultation des élus, des acteurs du monde économiques, des représentants de consommateurs entre autres.

le Président du Conseil départemental Cyrille a expliqué lui aussi qu’il ne faut pas supprimer les recettes d’octroi de mer. « Il y a une convergence de vue là-dessus. La discussion a été franche. Mais il faut également avoir un travail d’explication sur son fonctionnement et, je l’ai dit, vérifier si l’octroi de mer participe bien à son objectif initial, la protection des productions locales. »

Depuis le Sénat, dans sa question au gouvernement, la sénatrice Audrey Belim, a elle aussi interpellé le ministre des Outre-mer sur l’octroi de mer que le gouvernement souhaite réformer dans le cadre de la loi des finances de 2025. « La réforme doit se faire en concertation la plus large possible : élus locaux et nationaux, l’ensemble des acteurs économiques… et aboutir à une réforme consentie par tous », a insisté la sénatrice Belim.

La sénatrice Audrey Belim (au premier plan) en compagnie des élus de la mairie de Saint-Denis, y compris la maire Ericka Bareigts.

Nos élus qui sont à Paris, comme je vous le disais, pour travailler et sûrement aussi pour se promener un peu, après les colloques et autres salons. Ils y sont pour « coquetéliser » également comme ici à « Nout Kaz à Paris », petite vitrine de la Réunion à l’antenne parisienne du Département. Vous reconnaîtrez sur les photos ci-dessous le président Cyrille Melchior, le préfet de la Réunion Jérôme Filippini, l’ancien ministre des Outre-mer Dominique Perben qui bosse pour Emmanuel Macron à l’Elysée, Sidoleine Papaya, maire de Salazie; Jeannick Atchapa, maire de Bras-Panon…

Il est plus facile de voyager quand on est élus. Eux, contrairement à nous, n’ont pas besoin d’économiser durant des mois (voire des années pour certains) pour s’acheter un billet d’avion. Tout est aux frais des contribuables. Raison pour laquelle, avant de s’envoler pour Paris, en cette fin d’année, juste avant les fêtes de Noël, Serge Hoareau, président de l’AMDR, a bien pris soin d’écrire à chaque élu voyageur pour leur rappeler quelques principes du genre : « ce déplacement au congrès des maires s’accompagne d’un certain nombre de devoirs. Sa prise en charge au frais du contribuable réunionnais, implique une participation active à l’évènement. Il s’agit donc pour les élus d’être assidus, d’assister aux différentes conférences et de contribuer aux ateliers et aux débats. La période de crise que nous traversons renforce nos responsabilités d’élus et nous oblige à être plus que jamais exemplaires. Il s’agit avant tout de démontrer notre engagement à travailler pour les administrés mais aussi d’éviter les effets dévastateurs d’une mauvaise communication qui ferait passer ce moment de travail pour un séjour récréatif ». 

La prochaine fois, il faudrait peut-être également demander aux élus « choisis » par les maires de faire pour leurs collègues restés à la Réunion, un compte-rendu (sorte d’exposé-synthèse) de ce qu’ils ont compris des différents ateliers auxquels ils ont assisté. Ce serait pas mal et assez instructif, je pense. Il faudrait par ailleurs bien vérifier les factures de resto ramenés par les élus, les maires ou autres exécutifs notamment, pour voir si ceux là correspondaient réellement à des rendez-vous professionnels ou tout simplement à des boustifailles entre collègues ou avec leur épouse (ou autre !). Il ne faudrait pas que cela se fasse au frais du contribuable !

Grève suspendue à la SPL Estival et avortée à la Cirest

Il aurait sûrement aimé être avec ses collègues maires de l’Est à Paris. « Il », c’est Patrice Selly, le maire de Saint-Benoit, Pdg par intérim de la SPL Estival et président de la Cirest. La grève à la SPL Estival et les discussions en cours font que Patrice Selly n’a pu assister aux différents rendez-vous parisiens. Localement, son emploi du temps de ces derniers jours, depuis le 13 novembre dernier, date du début de la grève au sein de la SPL Estival, n’a pas été de tout repos.

Mais force est de constater que depuis que l’Etat s’en est mêlé, les grévistes ont eu un peu plus de facilité à se faire entendre par le conseil d’administration et la direction générale de la SPL Estival. Au terme de trois réunions sous l’égide de l’Etat à la Direction du Travail (DEETS) à Saint-Denis (lieu neutre), toutes les parties concernées sont parvenues à un accord, à savoir la suspension (et non l’arrêt définitif) de la grève jusqu’au 2 décembre prochain. D’ici à cette date, le CSE (Comité social économique) aura le temps de se réunir le 27 novembre pour discuter du PSE (Plan de sauvegarde de l’emploi). L’intersyndicale a déjà dit et répété : « zéro licenciement » et donc « zéro coupage » de tête étant donné que les salariés « n’ont pas volé, n’ont pas détourné et n’ont pas dilapidé les fonds de la SPL » et « qu’il y a d’autres moyens de faire des économies en revoyant la convention de service public et en révisant les tarifs des coûts kilométriques ».

En sachant aussi qu’en cas de licenciement, l’AGS ne prendrait vraisemblablement pas à sa charge les indemnités. Ce sera donc à la Cirest de le faire. Il faut savoir que les commerçants de l’Est mécontents avaient écrit au préfet en raison de la non circulation des bus et que, par conséquent, la direction générale ainsi que le conseil d’administration de la SPL Estival se devaient de trouver au plus vite une solution pour mettre fin à ce conflit qui pénalisait sérieusement les usagers. Il faut savoir également que Patrice Boulevart, un des élus de sa majorité municipale à Saint-Benoit et vice-président de la Région, a abondé dans le sens des représentants de l’intersyndicale qu’il avait reçus en début de semaine à la pyramide inversée en présence du conseiller régional et député Jean-Hugues Ratenon (qui ne porte pas Selly dans son cœur). Jean-Hugues Ratenon qui, après cette rencontre, s’est fendu d’un courrier aux maires de l’Est dans lequel il écrit notamment, un brin provocateur: « à mon sens, une clarification a été apportée, car le vice-président de la CIREST et de la Région, Patrice Boulevart désapprouve maintenant le PSE de son président Selly. Il approuve désormais le mot d’ordre de l’intersyndical réclamant zéro licenciement. Et je pense qu’il ne manquera pas de le faire savoir au président d’Estival ».

Tout cela explique peut-être pourquoi Patrice Selly a été contraint de faire profil bas, en révisant ses propos, lui qui ne parlait certes pas de « licenciement » mais de « suppression de postes ». Dans son dernier communiqué, il n’est plus question d’aucun des deux. En tout cas, les syndicalistes resteront intransigeants sur cette question : « pas de licenciement ». Avec ou sans « accompagnement » !

Patrice Selly, décidément sur tous les fronts. Il a dû mater une autre grève. A la Cirest, cette fois. Un préavis avait été déposé par le syndicat SAFPTR pour un mouvement de grève le 27 novembre, le même jour que la tenue de la réunion du CSE de la SPL Estival. Un préavis motivé par les revendications suivantes : prime pouvoir d’achat, plan de titularisation, sécurité au travail, avancement de grade et nomination des agents reçus au concours de la fonction publique territoriale. Cliquez sur le lien ci-dessous :

PREAVIS DE GREVE ENREGISTRE

Dans la journée de ce jeudi 23 novembre, via un communiqué de presse, la Cirest a fait savoir « qu’un accord avec des engagements forts a été signé en ce jour » et que « des décisions fortes destinées à améliorer le pouvoir d’achat comme les conditions de travail du personnel de la Cirest ont été prises ». Ben voilà, que demande le peuple! Nul doute qu’à l’instar de Sidoleine Papaya, de Jeannick Atchapa, ses collègues maires et des autres élus de l’Est et de la Réunion de manière générale, Patrice Selly aurait préféré assister au congrès des maires.

Pour la SPL Estival, c’est pas fini. Les syndicalistes vont revenir à la charge dès ce lundi. Et il semble que le Pdg par intérim et les élus du conseil d’administration de la SPL Estival ne disposent plus de beaucoup de marges de manœuvre. La « mauvaise gestion » de la SPL n’est pas du fait des salariés.

L’Etat veille au grain, à présent. « C’est effarant ! », aurait dit le sous-préfet de Saint-Benoit, après avoir attentivement écouté les membres de l’intersyndicale parler de cete « mauvaise gestion » (certains diront « malversations financières ») de l’ancienne direction de la SPL. « Avec ou sans l’aval du conseil d’administration » ?

Y.M.

([email protected])

 

Yves Mont-Rouge

[email protected]
Téléphone : 0692 85 39 64

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