Le cri du cœur de Dominique à La Possession : « 13 ans que j’attends un logement pour protéger mon fils autiste »

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« Attendre 13 ans pour une mutation HLM, c’est un record local ou il faut que je tienne jusqu’à la retraite de mon fils ? »

Quand son fils (que nous appellerons Milo*) a eu son diagnostic d’autisme avec déficience intellectuelle, on a dit à Dominique d’anticiper. Elle a déposé son dossier de demande de logement adapté. Milo avait 3 ans. Aujourd’hui, il en a 16, mesure une tête de plus qu’elle, et les bailleurs étudient toujours la demande avec la vitesse d’un escargot en panne d’essence. Treize ans de silence. À ce niveau-là, ce n’est plus de la patience, c’est du militantisme forcé.

À La Possession, la réalité de cette maman de trois enfants tient dans un appartement devenu un piège quotidien, un espace sans consignes de sécurité adaptées où la vie s’apparente à de la haute voltige sans filet. Dominique doit gérer sous le même toit le grand écart générationnel entre un adolescent autiste qui demande une surveillance de chaque seconde et un bébé de 20 mois qui fait ses premiers pas.

Dans ce logement qui ne compte que deux chambres, c’est le jeu des chaises musicales pour caser trois enfants, et Milo qui souffre également de troubles sévères du sommeil. À la maison, les nuits ne sont pas courtes, elles sont inexistantes. Pour couronner le tout, c’est le vide absolu depuis que Milo a fêté ses 16 ans, un âge où les structures ferment leurs portes et le laissent à la maison à temps plein.

Milo patiente sur une liste d’attente pour une place en établissement adapté depuis 12 ans ; avec un peu de chance, il sera appelé pour ses 18 ans, ou pour ses 30 ans si on veut se montrer optimiste. L’école se fait elle aussi en pointillés : le directeur à Saint-Gilles-les-Bains est formidable, mais l’adolescent ne peut y aller qu’une ou deux fois par semaine, soit à peine 90 jours sur toute l’année. Le reste du temps, Dominique gère tout, tout le temps, tout le monde.

« J’ai fait des dossiers au CCAS, j’ai vu la mairie, j’ai couru après les bailleurs pendant des années. On m’a reproché au début de ne pas avoir su « assez bien décrire » notre situation. Apparemment, pour avoir un toit sécurisé pour un enfant handicapé, il faut un master en storytelling dramatique. »

Aujourd’hui, faire les courses ou simplement franchir la porte de l’immeuble est une expédition militaire qui demande d’être constamment accompagnée. Dominique ne demande pas un palace face à l’océan. Juste un logement adapté aux besoins vitaux de sa famille, où ses enfants ne se marchent pas dessus.

Alors, messieurs les décideurs, messieurs les bailleurs : le dossier de Dominique est sur vos bureaux depuis 2013. On fait quoi ? On attend que le jeune homme ait l’âge d’entrer en Ehpad pour enfin libérer un T4 ?

*Le prénom a été modifié pour préserver l’anonymat de l’adolescent.

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