Une page se tourne à Domenjod, mais l’émotion, elle, reste indélébile. Entouré des siens, de ses fidèles bénévoles, des élus et de la directrice du centre pénitentiaire, Guy Zitte a reçu la médaille de la ville de Saint-Denis pour un quart de siècle de combat contre l’isolement des familles de détenus. Le fondateur de « Prends un Asseoir » passe aujourd’hui le relais à Murielle Antier, une bénévole au grand cœur qui reprend le flambeau avec la même ferveur. Retour sur un hommage vibrant à un homme qui a fait du don de soi son plus beau sacerdoce.
Le 1er avril 2000, Guy Zitte pensait savourer une retraite tranquille. C’était compter sans l’appel du Père Niquez, une histoire de numéro de téléphone transmis par un ancien collègue de la BAC (ou du contrôle, le débat reste ouvert !) et une interpellation qui allait changer le cours de sa vie :
« Qu’est-ce que tu fais de ta foi si tu n’es pas au service des autres ? »
Piqué au vif, Guy réfléchit le dimanche, hésite le lundi matin, et finit par accepter les clés d’un projet fou le lundi soir. Vingt-cinq ans plus tard, il est toujours là.

De Juliette Dodu à Domenjod : le combat contre la double peine
Tout commence face à l’ancienne prison de Saint-Denis. À l’époque, les familles de détenus attendent sur le trottoir, sous le soleil ou la pluie. Un spectacle qui choque le Père Niquez. Guy Zitte relève alors ses manches, nettoie, répare et structure ce qui deviendra une bouée de sauvetage pour des milliers de proches.
« On était là pour apporter un réconfort, un peu de confort à des familles dans la peine », confie-t-il avec cette humilité qui le caractérise.
Car pour Guy, le bénévolat n’est pas un métier, c’est une mission. Malgré les embûches, malgré une condamnation politique passée dont il fut finalement totalement blanchi par la Cour d’appel de Paris (un épisode qu’il raconte aujourd’hui avec le sourire de celui qui a la conscience tranquille), il n’a jamais dévié.

La Médaille de la Ville pour un homme de cœur
Lors d’une cérémonie empreinte de chaleur, la maire Ericka Bareigts est venue lui remettre la médaille de la Ville de Saint-Denis. Un hommage à un engagement « rare » et « profondément humain ». À ses côtés, Alexandra Clain et la nouvelle présidente, Murielle, ont salué l’héritage colossal laissé par ce bâtisseur de solidarité.


Sa fille, Geneviève, résume l’homme avec tendresse :
« Son souci, ce n’était pas lui, c’était les familles. Il a toujours fait passer les autres avant son propre bien-être. Sa générosité, c’est tout simplement qui il est. »

Un passage de flambeau
L’heure est désormais à la transmission. Si Guy Zitte s’en va, il ne laisse pas son « bébé » entre n’importe quelles mains. C’est Murielle Antier qui reprend la présidence de l’association. Bénévole de longue date, elle a observé, appris et partagé le quotidien de Guy. En digne héritière de ses valeurs, cette femme au grand cœur compte bien faire perdurer cet esprit de solidarité unique. Sous l’œil attentif de Julie Latou, directrice du centre pénitentiaire de Domenjod, la transition s’est faite avec une évidence naturelle : la mission continue, portée par une nouvelle énergie mais toujours avec la même boussole humaine.

« Je voulais partir discrètement… c’est raté ! »
Guy avait promis de rester un an en 2008 lors du transfert à Domenjod. Il en aura finalement fait seize de plus. À 86 ans, celui qui fut tour à tour météorologue, élu, dirigeant de foot et pilier du Secours Catholique, passe enfin le flambeau.
« Je voulais partir en douce, mais je ne m’attendais pas à tout ça ! » s’amuse-t-il, un brin surpris par tant d’honneurs.

Que Monsieur Zitte se rassure : quand on consacre un quart de siècle à offrir un siège et une épaule à ceux qui souffrent, la discrétion est impossible. La gratitude, elle, est éternelle.


Un clin d’œil à l’histoire : Guy Zitte et l’aventure Free Dom
Pour les plus nostalgiques, sachez que l’engagement de Guy Zitte ne date pas d’hier. Saviez-vous qu’il était en première ligne pour défendre la liberté d’expression sur l’île ? En 1990, aux côtés de Camille Sudre, Pierre Vergès et Éric Michel, il se dressait avec ferveur contre la menace de saisie de Télé Free Dom. Un moment d’histoire intense à redécouvrir absolument.
Merci pour tout, Monsieur Guy. Et cette fois, c’est promis : vous avez bien mérité de vous asseoir !















Sacré personnage ce Guy
Bonne retraite mon vieux