101 ans de combat et de liberté pour Joseph Eugénie la vraie « Iron Lady » du Chaudron ! (Photos)

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Je l’ai croisée un matin près du cimetière du Chaudron. Un petit bout de femme, menue, mais dont le regard bleu possède l’éclat de ceux qui ont tout vu. À 101 ans (née le 19 avril 1924), Joseph Eugénie Batiste ne se contente pas de traverser le siècle : elle l’a marqué de son empreinte de soldate et de femme libre.

En cette Journée internationale des droits des femmes, son parcours résonne comme un hymne à l’audace. Loin des clichés sur les aînées, Eugénie est d’une autre trempe. Une aventurière qui a choisi son destin quand la société ne proposait que l’ombre

L’armée : une affaire de famille (enfin, une échappatoire)

Quand on lui demande ce qu’elle a fait de sa vie, la réponse est directe : elle a quitté l’école pour s’engager dans l’armée. Pas pour la gloire, mais, avoue-t-elle, « pour échapper à la misère ». Elle y est restée jusqu’à sa retraite à 52 ans, s’occupant des blessés sur le front français.

« J’ai fait un peu de tout, hein », m’explique-t-elle, avant d’évoquer l’idée des avions (une vraie femme active et très sportive dans l’armée, visiblement).

Elle a même connu la dame de la métropole qui a créé la section féminine.

La conclusion ? Imparable : « Elle, elle est morte, et moi, je suis encore là », lance-t-elle avec un sourire que seuls les centenaires ont le droit d’afficher.

Son engagement est né d’une injustice : après avoir été expropriée de ses terrains qui valaient cher, elle n’a reçu qu’une misérable fraction de la somme.

« Après on était obligé de se débrouiller. C’est là que j’ai appris à entrer dans l’armée. »

Eugénie a vu le monde changer, mais son sourire est resté le même.

Le rôle capital à Madagascar : le prix de l’indépendance

L’histoire de Joseph Eugénie ne se limite pas à La Réunion ou à la métropole. Elle a été en première ligne lors des événements dramatiques liés à l’indépendance de Madagascar. Elle raconte, la voix plus grave, comment les Français étaient traités :

« On était chez les autres, le chien à la cuisine… combien elle était fusillée par les Malgaches ! »

C’est là que son courage a fait la différence. Quand les combats ont éclaté et que l’indépendance a été déclarée, menant à l’exécution de nombreux Français, Joseph Eugénie n’a pas hésité.

« Moi et mon mari et mon commandant, sa femme et ses enfants [nous les avons] sauvés, sinon ils auraient aussi péri avec les autres. »

Un témoignage rare sur une période sombre, où elle a fait passer la protection des siens avant sa propre sécurité.

Elle fait sa marche tous les matins notre Eugénie

La philosophie d’une doyenne et l’appel à la générosité

De retour à La Réunion à 52 ans, elle fut surprise :

« La Réunion avait 18 ans quand j’ai quitté, je suis retournée à 52 ans. J’étais étonnée comment tout a évolué ! »

Aujourd’hui, elle partage sa vie entre les visites au cimetière, malgré une vilaine chute neuf ans plus tôt (« Sinon, j’aurais été en train de courir »), et son compagnon fidèle, Pasha, un chien de huit ans, qu’elle a recueilli et qui l’a défendue d’agressions.

Malgré la rudesse de son passé, elle est la générosité incarnée. Elle fait des dons réguliers, expliquant :

« Quand je vois  des hommes ou des femmes fouiller dans les poubelles pour pouvoir manger… et moi je suis riche, et ben je donne  un peu avec ce que j’ai. Je n’ai pas grand chose, une petite retraite, mais je préfère aider que de rester simple spectatrice. Je sais ce que veux dire avoir faim ! »

Quel héritage pour l’île ?

Joseph Eugénie a traversé un siècle de bouleversements, de la misère à l’engagement militaire, en passant par les violences de l’Histoire et le sauvetage de vies. Son regard sur la jeunesse actuelle est critique :

« Ils ont tout et ils sont méchants » martèle t-elle !

Cependant, son propre exemple de courage, de devoir et de don de soi, même à 101 ans, offre une leçon de vie qui transcende les générations.

L’histoire de cette ancienne soldate réunionnaise, qui a participé à des événements majeurs tout en restant un pilier de sa famille et de sa communauté, ne doit pas seulement être lue. En ce 8 mars, son histoire nous pose une question directe : face aux injustices de notre temps, quelle part de « soldate » somme-nous prêtes à réveiller en nous pour défendre ceux qui nous entourent ?

4 Commentaires

    • quand j’étais à l’école, on insistait qu’il fallait relire son texte; récemment un article n’avait n’avait aucun sens à quoi ça sert de remplir ce journal , de faire l’écrivain restez dans votre poubelle !

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