L’ambiance n’était pas seulement à la fête samedi 16 mai à la Montagne, elle était à l’émotion pure, celle qui serre la gorge et fait monter les larmes aux yeux. Entourée des siens, des élus et de toute une communauté vibrante de respect, Madame Laurencine MANGUÉ, que tout le monde appelle affectueusement « Arta », a soufflé sa centième bougie. Un moment suspendu, rare, presque sacré. Et pour couronner ce siècle de vie, et parce que la famille est viscéralement fidèle à Freedom, Mélanie, la fille d’Arta, a tenu à nous contacter personnellement. Pour elle, il était impensable de souffler ce siècle d’existence sans inviter la radio du cœur à célébrer ce moment à leurs côtés.
Le dernier pilier d’une lignée sacrée
Pour comprendre la portée de cette journée, il fallait écouter les mots vibrants de sa fille aînée, Marie-Thérèse : « Elle reste le dernier pilier, et elle est là. »
Un pilier qui a traversé les époques depuis sa naissance en 1926 dans sa case familiale de Saint-Louis, à une époque où l’île vivait encore au rythme lent des plantations de canne à sucre.


Cette centenaire, c’est l’histoire d’une transmission indéfectible. Une vie entière résumée dans la dévotion d’une famille, et particulièrement celle de sa fille Mélanie, saluée publiquement pour son dévouement exemplaire. Demeurée aux côtés de sa maman à travers toutes les tempêtes, les maladies et les fragilités de l’âge, Mélanie incarne ce respect absolu que l’on doit aux anciens. Autour d’elle, c’est toute une armée d’amour qui veille : des enfants, des petits-enfants, des arrière-petits-enfants, jusqu’aux trois derniers-nés de la cinquième génération, les arrière-arrière-petits-enfants. Une véritable forêt humaine dont Arta est la racine.

« Arta na 100 ans » : le livre surprise d’une vie
Derrière la pudeur des silences et les secrets d’une vie qui ne se raconte pas entièrement, ses petites-filles, Giovanna et Roseline, ont voulu poser des mots sur ce qui compte. Travaillant à distance avec Erika en métropole et mobilisant toute la famille, elles ont réalisé un projet secret d’une beauté rare : un livre de vie, édité à seulement 15 exemplaires (pour l’instant ).
Ce qui ne devait être au départ qu’un petit dictionnaire pour décrypter le langage unique d’Arta, elle qui a perdu l’audition et avec qui l’on communique avec les yeux, les gestes et le cœur, est devenu une œuvre mémorielle. En remontant la généalogie jusqu’en 1840, l’ouvrage rassemble des photos d’époque, des anecdotes savoureuses et les témoignages poignants de ceux qui l’aiment.
Le titre de ce trésor familial ? « ARTA na 100 ans ! ». Plus qu’un livre d’histoire, c’est un trésor de tendresse gravé à l’encre des souvenirs, pour que la voix de celle qui ne parle qu’avec le cœur résonne à jamais.


Un voyage pour remercier les gardiennes du temple
Ce projet magnifique ne s’arrête pas là. Grâce à la solidarité familiale et à la diffusion de ces livres sacrés, une magnifique surprise attend les deux filles de la centenaire : un séjour ressourçant à la Villa Cœur Créole à Saint-Benoît (qui propose des séjours pour les aidants familiaux et leur famille), pour honorer leur dévouement et leur offrir, à leur tour, un moment de douceur.
À l’heure où le monde va trop vite, les 100 ans de Madame Mangué nous rappellent l’essentiel. Arta ne parle plus fort, elle lit sur les lèvres, elle interprète le monde à sa manière. Mais sa simple présence dit tout. Elle est ce lien discret et puissant qui unit le passé au présent.
« Nou lé ban ‘n zéritié nout zansèt », écrivent ses petites-filles en préface.



Une certitude demeure après cette journée historique : l’empreinte d’Arta est éternelle, et son histoire continue de s’écrire à travers les yeux de ceux qui la regardent avec tant de fierté.


Que Dieu lui accorde encore la grâce d’aller plus loin, pour que ce pilier continue longtemps d’éclairer La Réunion.














