Décès de l’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé : réactions

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Maryse Condé, née le 11 février 1934 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), est décédée. Elle était bien plus qu’une écrivaine. La Guadeloupéenne se passionnait pour les contes. En 2018, elle a été honorée du Prix Nobel de Littérature, une reconnaissance bien méritée de son talent et de sa contribution à la littérature mondiale. Son œuvre a inspiré des générations de lecteurs et a ouvert de nouveaux horizons dans le monde de la littérature francophone et de la littérature tout court !

 

Huguette Bello, présidente de Région

« La littérature est en deuil. Maryse Condé vient de nous quitter. Née en Guadeloupe, elle a vécu sur tous les continents. Journaliste, professeure, elle aura été surtout une très grande autrice avec une œuvre aussi foisonnante que multiple, aussi imaginative qu’engagée. Parce qu’elle
avait l’Afrique chevillée à l’âme, elle nous laisse un monument littéraire universel avec Segou, son grand roman historique qui raconte l’épopée du royaume Bambara, qui dit l’esclavage, qui donne à voir l’Afrique avant la colonisation.
Pionnière dans sa vie, précurseure dans son œuvre, Maryse Condé a très tôt souligné les conséquences de l’esclavage colonial sur les êtres, sur les sociétés, sur les imaginaires. C’est donc tout naturellement qu’elle a été la première Présidente du Comité pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage que la France a créé en 2004.
Je veux saluer cette voix talentueuse. Et dire tout mon respect à cette grande militante. Vous resterez pour nous, Madame, une inépuisable source d’inspiration ».

 

Olivier Hoarau, maire du Port

« Journaliste, professeure de littérature et écrivaine d’expression française, « Guadeloupéenne
indépendantiste ». Elle s’inscrit dans la lignée de celles et ceux qui ont combattu toutes les formes d’oppression et de colonialisme. Elle est titulaire de nombreux prix littéraires : Prix de l’Académie française; Prix Nobel alternatif; Prix de la fondation del Duca.
Née en Guadeloupe, avec des parents éducateurs strictes ayant pour devise « fier d’être noir et
travailler pour réussir ». À l’âge de 16 ans, elle quitte la Guadeloupe et intègre un lycée parisien sis dans le quartier latin. Élève brillante, elle poursuit ses études de lettres classiques et d’anglais à la Sorbonne.
Dans les années 70, elle est propulsée sur la scène littéraire avec une pièce de théâtre « Dieu nous l’a donné » ; après l’obtention d’une bourse pour enseigner aux USA, elle se partage entre
l’Université de Colombia et la Guadeloupe.
Son 1er roman « Heremakhonon » paru en 1976 lui ouvre la porte du succès. Mais c’est « Segou » publié dans les années 80 qui la révèle au grand public. C’est dans ces années-là, en octobre 1989, qu’elle nous fait l’honneur de sa présence à La Réunion.
C’est en effet elle qui inaugure le cycle de conférences initié par la Commission Culture
Témoignages. 1ère présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage (2004-2009). C’est une sœur des îles Caraïbes que nous perdons ».

Ericka Bareigts, Maire de Saint-Denis

« Yé krik, yé krak ! Mesdames, messieurs, je vous dis bonsoir ; je vous dis bien le bonsoir » ! (Traversée de la Mangrove).
J’ouvre cet hommage avec les mots de Maryse Condé, parce que ses mots sont sans doute ce qu’elle a porté le plus haut durant toute sa vie. Une vie qu’elle a consacré à la dignité des êtres humains, partant du centre d’un cercle concentrique intime, celui de son île natale la Guadeloupe, jusqu’à atteindre une dimension bien plus large : universelle. Je ne dis pas cela pour la renommée internationale qu’a pu acquérir Maryse Condé, je dis cela parce qu’au fil de ses mots (ceux de la journaliste, ceux de l’illustre professeure de français à l’Université de Columbia, ceux de la monumentale écrivaine), au fil de ces mots-là, de tous ses mots, elle est parvenue non seulement à faire rayonner une communauté langagière à travers le monde – celle de la francophonie – mais aussi – et surtout – elle est parvenue à sortir de l’ombre les maux des femmes en général (et de la femme noire en particulier) : Victoire, les saveurs et les mots, Histoire de la femme cannibale, Moi, Tituba sorcière… sont autant de titres qui pourraient en rejoindre bien d’autres de sa propre plume, et qui ont contribué à mettre fin à des silences, qui ont aidé de nombreuses femmes à travers la planète à relever la tête. Maryse Condé, indéniablement, est ce « pié-bwa à l’ombre duquel (on) pourrait éclore » (Traversée de la Mangrove).
Alors, je ferai ici une recommandation : si vous deviez, dans votre intimité à vous, rendre hommage aux multiples talents de cette immense femme, de ce monument de la langue et de la littérature française tout autant que de la francophonie, ce serait de la lire. Lisez Maryse Condé : lisez Traversée de la Mangrove et découvrez la multiplicité de ses voix. Lisez Ségou et visitez l’Histoire. Lisez aussi En attendant la montée des eaux, roman qui a ouvert la voie au Grand Prix du Roman Métis de la Ville de Saint-Denis, puisque Maryse Condé en a été la première lauréate. Comme elle a été la lauréate de ce prix Nobel alternatif, en 2018, décerné par des libraires à travers le monde, parce que les révélations de MeToo avaient secoué le comité Nobel lui-même… Est-ce un hasard si cette dame, cette femme-là qui, cette année-là, a reçu cette distinction exceptionnelle ? Sans doute que non…
Maryse Condé était à propos, juste, présente là où il faut être, au bon moment. Elle a mené ses combats avec ferveurs et pugnacité, jusqu’à devenir le monument qu’elle est aujourd’hui. A cette femme exceptionnelle, à l’intelligence exceptionnelle, aux talents exceptionnelles, je veux rendre un chaleureux hommage. Qu’elle s’envole dans un frou-frou d’ailes et qu’elle puisse rire encore longtemps des farces déconfites. (Moi, Tituba sorcière…) ».

Yves Mont-Rouge

[email protected]
Téléphone : 0692 85 39 64

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