NRL : un Collectif d’associations interpelle les candidats aux Régionales

21 min de lecture
1

« Finir la NRL de façon transparente et respectueuse : l’exigence d’une tierce expertise », c’est le titre du long courrier qu’un collectif d’associations (SEOR, SREPEN, Vie Océane, Nout Ker d’Vie Lataniers et Touch Pas Nout Roche Bois-Blanc) adresse aux candidats aux élections régionales des 20 et 27 juin prochains. Découvrez ci-dessous l’intégralité de cette lettre consacrée à la Nouvelle Route du Littoral (NRL) !

« Mesdames, Messieurs les candidat(e)s à l’élection régionale,

Le dossier « NRL » est, vous le savez un dossier sensible qui a particulièrement cristallisé les tensions ces dernières années. Nous ne pouvons que constater que si le choix s’était porté sur une route entièrement en viaduc dès l’origine, comme recommandé par toutes les instances consultatives, la NRL serait déjà terminée. La sécurité des usagers assurée.

Alors pourquoi ce choix de la variante Viaduc+digue ?
En 2012, la Région expliquait dans le dossier DUP que le « tout viaduc » aurait coûté plus cher (140 millions).
Pourtant la réalité aujourd’hui est que l’option avec digue n’est pas achevée et s’avère à l’évidence représenter un coût beaucoup plus élevé, directement et indirectement quant aux effets et dépenses induits.

Autre argument pro-Digue avancé à l’époque : “donner de l’activité aux entreprises réunionnaises“, essentiellement aux transporteurs.
Or, la solution « tout-viaduc » aurait également fourni du travail aux entreprises réunionnaises, transporteurs inclus. Ça a d’ailleurs été le cas jusque-là.

Voilà donc démontrée la caducité de deux des arguments qui étaient avancés pour justifier de « l’utilité publique » de ce choix. Aujourd’hui, nous déplorons les retards pris, les surcoûts et l’insécurité que cela occasionne pour des dizaines de milliers d’usagers de la route du littoral actuelle.

Car le problème est bien là, en faisant le choix de la variante avec digue, où l’Etat et la Région ont fait passer l’économie et les intérêts financiers avant la vie humaine, avant la sécurité des usagers, sans compter le sacrifice environnemental lié à l’approvisionnement colossal en matériaux non anticipé qu’on essaye de faire passer en force et trop souvent dans l’illégalité (cf annulation de la modification du SDC de 2014 / annulation de l’autorisation d’exploiter Bois Blanc etc.).

Nous vous rappelons que par une ordonnance du 29 avril 2019, le juge administratif des référés de la Réunion a pointé du doigt la négligence de la Région Réunion et de la Préfecture de la Réunion en estimant que « dans sa conception ayant donné lieu à l’acte de déclaration d’utilité publique du 7 mars 2012 », le projet de NRL « se caractérisait par l’absence d’une réelle réflexion sur les moyens d’approvisionnement (…) pour la partie « digue » (…) alors que nul n’ignorait qu’une telle option était potentiellement moins favorable sur le plan de l’environnement et se heurtait à des difficultés d’approvisionnement prévisibles compte tenu de la quasi-absence de carrières de roches massives à la Réunion. »

Plus encore, ce juge a considéré que « le retard susceptible d’être constaté (…) peut être regardé comme principalement imputable au Maître d’ouvrage de l’opération et à l’autorité préfectorale, qui ont négligé de lancer en temps utile les procédures (…) permettant de conforter la base juridique de l’une ou l’autre des hypothétiques autorisations d’exploitation de roches massives. »

Enfin, il est remarquable de constater qu’à la fin de son argumentaire sur l’urgence, le juge reconnaît l’intérêt public se rattachant à la nécessité d’une expertise globale de la partie digue. Ainsi, et sans aucunement remettre en cause la nécessité d’une liaison sécurisée entre le Nord et l’Ouest de l’île, nous souhaitons rappeler que cette partie en digue controversée (entre la Grande Chaloupe et la Possession) a été vivement contestée dès l’origine avec les avis défavorables unanimes des comités d’experts environnementaux (Autorité Environnementale, CNPN, CSRPN etc.), en raison de la problématique de l’approvisionnement en matériaux, mal appréhendée et non évaluée et des forts impacts environnementaux marins et terrestres (directs et indirects) de cet ouvrage.

Dès le départ du projet, après un premier avis technique préalable (12 avril 2012), le Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) a rendu à l’unanimité un avis défavorable le 24 juin 2013, pour les demandes de dérogations relatives aux espèces protégées susceptibles d’être impactées par la NRL.

Malgré cet avis défavorable, les dérogations portant sur les espèces protégées ont été accordées par un arrêté ministériel du 19 décembre 2013 (Ministre de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie et le Ministre délégué en charge des Transports, de la Mer et de la Pêche) pour le Grand Dauphin Commun et un arrêté préfectoral du 20 décembre 2013 pour les autres espèces.

Dès 2013 le CNPN alertait déjà sur le fait que « l’impact des carrières nécessaires au remblai des digues de la route n’a pas été évalué précisément » alors que « ces extractions de matériaux constituent une des composantes du projet et que leurs impacts doivent être précisément évalués(…) en même temps que celles du projet de construction de la route. »

“L’aveuglement des autorités publiques…”

L’aveuglement des autorités publiques sur cette question des carrières est récurrent puisque dès son avis du 12 octobre 2011, la Haute Autorité Environnementale (HAE) relevait l’insuffisance de l’étude d’impact présentée dans le cadre de l’enquête publique « DUP » pour la NRL et demandait à la Région Réunion “d’inclure dans l’étude d’impact l’analyse de l’extraction et du transport des matériaux qui représentent une composante importante du projet” ainsi que les “engagements du Maître d’Ouvrage quant à la maîtrise de ces impacts de différentes natures, et au suivi de la remise en état des sites ayant servi de carrières“.

Dans un rapport sur la comparaison des 2 variantes, la DEAL de La Réunion elle-même était encore plus explicite : « (…) sur les aspects faune terrestre et marine, flore et habitats, la variante retenue est plus impactante que la variante « deux viaducs » notamment par l’impact de l’approvisionnement en matériaux et le taux de recouvrement lié à l’emprise. »

Depuis, les craintes de tous les experts et des associations environnementales sur cette problématique des matériaux nécessaires pour une digue se sont confirmées : Absence de matériaux, retard du chantier, surcoût indécents, allant jusqu’à la résiliation du marché MT5.2, celui de la digue.

Avec la fin annoncée de la première tranche des travaux commencés en 2014, le CNPN s’est autosaisi le 12 janvier 2018 en application de l’article L.134-2 du code de l’environnement pour examiner les impacts environnementaux du chantier de la NRL.

Les évaluations réalisées dans le cadre de cette auto-saisine ont conduit le CNPN à rendre, le 21 décembre 2018, un avis très critique sur le suivi environnemental de la NRL, faisant état d’un certain nombre d’impacts négatifs avérés, d’insuffisances de prise en compte et d’incertitudes relatives aux impacts environnementaux de la NRL, et en particulier « les conséquences prévisibles de la réalisation projetée d’une digue sur remblais. »

Cet avis a mis de nouveau au jour le caractère particulièrement impactant de la partie en digue sur remblais projetée sur le tronçon Grande Chaloupe-Possession qui cumulera non seulement les impacts négatifs directs de l’ouvrage lui-même (déstabilisation de la falaise, disparition de 60% de la population mondiale du Bois de Paille-en-Queue etc.), mais aussi les impacts des carrières et/ou du prélèvement massif d’andains qu’elle nécessite.

On observe également que, contre toute logique, ce n’est pas le projet NRL qui s’adapte aux documents de planification, mais bien l’inverse. On aura ainsi procédé a posteriori, pour favoriser l’exploitation de carrières pour la NRL à :

  • –  Une modification du SAR (2020),
  • –  Deux modifications du schéma départemental des carrières dont une est encore en cours et 
l’autre (2014) a été invalidée par le juge administratif,
  • –  Une révision d’ un SCOT en 2016,
  • –  Un PIG pour modifier le PLU de Saint-Leu en 2018,
  • –  Une révision du PLU de la Possession en 2019 (Site des Lataniers). 
Rappelons qu’au moment où le projet de NRL a été Déclaré d’Utilité Publique en 2012, il n’était pas question de prélèvement massif d’andains ni d’ouvrir toutes ces nouvelles carrières. 
Alors oui, il faut finir la Nouvelle Route du Littoral, mais pas à n’importe quel prix ! 
Nous sommes en droit de nous poser des questions quand nous constatons, comme tous les Réunion- nais, que les groupements de carriers se livrent sur ce chantier une guerre honteuse, à laquelle nous pouvons aisément adjoindre les groupements de transporteurs.
Cette partie en digue attise les haines et les convoitises. 
En quoi serait-il acceptable de soigner le mal par un mal encore plus grand ? 
Le chantier de la NRL à la Réunion et ses chantiers connexes (carrières notamment) échappe- raient-ils aux exigences de préservation de notre biodiversité et à la réglementation environne- mentale ?

“Dérives financières et techniques…”

L’actualité depuis 2018 (Annulation de la modification du SDC de 2014 – Avis accablant du CNPN du 21 décembre 2018 – Annulation de l’autorisation d’exploiter la carrière Bois Blanc – Résiliation du marché MT5.2 etc.) révèle ce que nous dénonçons depuis l’origine de ce chantier : la légèreté et les lacunes de la Région Réunion et du Groupement NRL sur ce dossier de l’approvisionnement en matériaux pour la partie en digue entre la Grande Chaloupe et la Possession.

Est-il acceptable de payer un tel prix humain, environnemental et économique pour 2,7km de route ? Ces 2,7 km que la Région a choisis de faire en digue malgré tous les avis négatifs des experts et organismes environnementaux, pourquoi, pour qui ?

Pour le CNPN, « une autre solution existe, aussi sécuritaire mais nettement moins impactante. Elle devrait être à nouveau considérée… ».

De même, l’Autorité Environnementale du CGEDD demande dans tous ses derniers avis la réalisation d’une actualisation de l’étude d’impact de la NRL, en y incluant une tierce expertise sur les incidences relatives des différents modes constructifs permettant d’achever ce projet.

Plus concrètement, le CNPN recommande (en application de l’article 68 de la loi n°2016-1087 du 8 août 2016 pour « la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages ») la réalisation d’une tierce expertise « prenant en compte tous les aspects (y compris l’exploitation des carrières) de l’option digue sur remblais » afin d’évaluer l’existence d’une autre solution plus satisfaisante.

Cette expertise permettrait en effet de faire toute la transparence et de lever toutes les incertitudes sur la fin d’un chantier dont les dérives tant financières qu’au niveau technique amènent à s’interroger sur son utilité publique réelle.

Tout élu de la République se doit de mettre un terme aux appétits financiers et politiques d’une poignée d’influents afin de protéger la population et notre biodiversité exceptionnelle, mais aussi de pré- server les deniers publics.

Si vous êtes élu(e), vous aurez l’opportunité de faire la différence et d’envoyer un message fort en ce sens.

Il est urgent de réfléchir sur le long terme, pour nous et pour les générations futures plutôt que de les sacrifier et de sacrifier notre environnement exceptionnel pour des gains à courts termes plus qu’ incertains.

Mesdames, Messieurs les candidats, il est encore temps !

Le contexte actuel permet de tout remettre à plat et de se poser les bonnes questions.
 Nous pouvons y arriver si nous y travaillons tous ensemble, si nous dialoguons, si nous acceptons d’être dans une démarche constructive.

En conséquence, au vu de l’ensemble des éléments qui précèdent, nous vous demandons de vous en- gager, si vous remportez les élections régionales à :

– Faire toute la transparence à travers la réalisation d’une tierce expertise, par un/des organisme(s) extérieur(s) et indépendant(s), afin d’évaluer l’existence (ou non) d’une solution de substitution plus satisfaisante que l’option “digue sur remblais » pour finir la NRL,

L’accumulation d’éléments nouveaux ces dernières années et ces derniers mois doivent immanquablement vous conduire à considérer que cette partie en digue entre la Grande Chaloupe et la Possession ne répond plus aux critères d’utilité publique et d’intérêt général (bilan coût- avantages), puisque pour ce tronçon en digue de seulement 2,7km, le coût global (humain, environnemental et économique) est totalement démesuré par rapport aux bénéfices attendus.

Si vous venez à être élu(e) à la tête de la Région Réunion, vous aurez l’intérêt général des Réunionnais entre vos mains et il ne doit pas être sacrifié sur l’autel d’intérêts particuliers de quelques personnalités politiques, lobbies et autres multinationales sous prétexte que les choix passés n’étaient pas les bons.

La fatalité triomphe dès que l’on croit en elle. Nous, nous n’y croyons pas !

– Et, dans l’attente des résultats de cette tierce expertise, en application du principe de précaution, de suspendre tous appels d’offres et travaux directs et connexes de la partie « digue sur remblais »,

Veuillez agréer, Mesdames, Messieurs, nos respectueuses salutations.

Pour le collectif regroupant la SREPEN, la SEOR, VIE OCEANE, TOUCH PA NOUT ROCHE et LATANIERS NOUT KER D’VIE.

 

Yves Mont-Rouge

[email protected]
Téléphone : 0692 85 39 64

1 Commentaire

  1. lataniers nout ker vie, y dérange pas zot que la centrale EDF y déverse tous les jours la fumée, la cendre dans toute la possession par contre y dérange à zot carrière car la poussière et le bruit va dérange à zot quand zot l’est dans zot piscine et dans zot jardin…. et puis qui c’est zot la peur que coté zot case après y fait logement social …

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Article précédent

Plaidoyer “pour un retour au pays” : deux associations interpellent les candidats (es)

Article suivant

Canton 6/St-André 3 : le binôme Dévy Caritchy-Gilbert Virassamy veut « arrêter avec le manger cochon »

Free Dom