« Randonue » sur les sentiers de Mafate et Cilaos

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A la Une du Quotidien du jour, on parle notamment de la randonue et du naturisme, un sujet qui  a fait beaucoup réagir les auditeurs de Free Dom depuis ce matin.

« Le vice-président de l’Association pour la promotion du naturisme en liberté (Apnel), Jacques Frimon, est actuellement en randonnée sur nos sentiers et espère pouvoir développer le naturisme à La Réunion.

« Il ne faut pas confondre naturisme et exhibition sexuelle », affirme Jacques Frimon. « Le naturisme, c’est vivre libre, en harmonie avec la nature, c’est un art de vivre », explique le vice-président de l’Association pour la promotion du naturisme en liberté. Une association qui préfère la nature aux clubs ou campings fermés. D’ailleurs, au xixe siècle et au début du xxe siècle, des colonies naturistes naissent avec une branche du mouvement anarchiste. Puis, en 1950, les époux Lecoq ont créé la Fédération française de naturisme et le premier club de vacances naturiste. Aujourd’hui, « 2,5 millions de Français sont naturistes et la France est la première destination naturiste du monde. D’un point de vue économique, ça a un poids », souligne-t-il.

« Il n’y a pas plus sain que le milieu naturiste, c’est le respect de la nature, de soi-même et des autres », affirme cet adepte de la « randonue ». C’est d’ailleurs pour randonner qu’il est actuellement sur l’île avec un groupe de dix personnes, constitué par le biais du site « Toutes mes sorties » et rassemblant des naturistes et des non-naturistes démontrant que l’on peut « bien vivre ensemble avec nos différences ».

Si plusieurs personnes l’avaient alerté sur le fait que le naturisme serait sans doute difficilement accepté à La Réunion, « nous avons des connaissances ici qui pratiquent la randonue », affirme-t-il. Le groupe est donc parti sur les sentiers du Maïdo, « à 60 % nu car quand il y a trop de monde, c’est plus difficile. On a toujours une jupette pour se couvrir en cas de rencontre avec des gens qui seraient gênés par la nudité », dit-il. Mais à Cilaos et Mafate, la randonue a pu se faire à plus de « 80 %».

« État de bien-être »

« C’est un tel état de bien-être qu’un naturiste peut difficilement retourner en arrière », dit-il tout en reconnaissant que le textile peut avoir une certaine utilité, notamment contre les coups de soleil. Ce qui l’a conduit à mettre une serviette sur ses épaules et un chapeau. «À un moment, quelqu’un nous a dit qu’il y avait un groupe d’enfants un peu plus haut, donc on s’est habillé et on a discuté avec les responsables du groupe scolaire qui nous ont dit qu’ici ce n’était pas possible de développer le naturisme. Mais avec les adultes, ça s’est bien passé, surtout avec les gens qui aiment la nature. C’est une île propice à ce genre d’activité », estime-t-il.
Hier matin, aux Trois Salazes, ils croisent Herbert, 50 ans, de Saint-Louis. « Ils n’ont rien sur eux, ils sont à l’aise », dit-il. Lui, n’est pas naturiste, mais se souvient que « dans mon jeune temps, quand j’étais marmaille et qu’on allait se baigner dans les bassins, on était toujours à poil, même dans la rivière des Galets, je me baigne comme ça ».
S’il existe déjà des gîtes naturistes aux Antilles, « ici un premier gîte vient d’ouvrir du côté de Saint-Denis », affirme Jacques Frimon, « mais le propriétaire veut rester discret de peur qu’il y ait des réactions négatives. Une peur sans doute irrationnelle ». Selon le vice-président de l’Apnel, ces hébergements sont appelés à se développer car « c’est un atout touristique, les gens du nord de l’Europe pratiquent beaucoup le naturisme ». Mais en plus de la « randonue » qu’il cherche à promouvoir, il estime qu’il faudrait aussi une plage accessible aux naturistes.

« Nudophobie »

On se souvient des polémiques et de la mobilisation, parfois violente, contre les nudistes sur la plage de la Souris Chaude. Ce qui peut laisser supposer que ce n’est pas gagné. « Le problème, ce sont les voyeurs ou les gens qui se livrent à des exhibitions sexuelles », affirme Jacques Frimon. « Il faut que ça soit contrôlé, policé, que la plage soit bien délimitée », estime-t-il.
Bien d’autres activités sont possibles comme l’équitation : «En Guadeloupe, on peut être nu sur les chevaux qui vont dans la mer », dit Jacques Frimon qui évoque encore la « cyclonue » organisée pour sensibiliser les autorités au changement climatique et aux mobilités douces.
Si aujourd’hui la moyenne d’âge des naturistes a tendance à s’accroître, c’est sans doute, estime-Jacques Frimon, à la fois parce que c’est difficile pour les adolescents qui ont peur qu’on se moque d’eux parce qu’ils seraient différents, et parce que «le fait religieux revient en force », or ce sont souvent les religions qui font de la nudité un interdit. Souvent parce que celle-ci est sexualisée. « Beaucoup de gens confondent nudité et exhibition », souligne Jacques Frimon, pourtant il est souvent plus troublant de voir une personne dans une tenue légère que de la voir nue. Et, affirme Jacques Frimon, « le fait d’être nu diminue le phénomène de déviance ». Il ajoute « qu’aucune étude n’indique que la nudité perturberait les enfants ».
Il évoque une situation où ayant remis sa « jupette » pour ne pas choquer, il s’est fait traiter de «PD ». Ce qui lui fait faire un parallèle entre les préjugés et discriminations homophobes et celles dont sont victimes les naturistes. « Des gens qui prenaient une douche nus après un match se sont fait tabasser », rapporte-t-il.
« On les aide pour aller en justice, et on a un numéro vert ‘‘SOS nudophobie’’ qui s’adresse à la fois aux naturistes qui sont les victimes et aux nudophobes, on a un sexologue et des psychologues qui interviennent », dit-il. L’Apnel, qui considère que « vivre nu est un droit humain fondamental qui devrait être inscrit dans la Constitution et les annexes de la charte des Droits de l’homme et du citoyen », souhaite qu’un texte de loi soit voté pour punir les actes nudophobes.
Pour l’heure, il n’est pas encore question de créer une antenne de l’Apnel à La Réunion, car «tous les Réunionnais de souche qui pratiquent la randonue n’osent pas en parler, même à leur famille, même avec un pseudo sur Facebook. Mais plus on en parle, plus les gens arriveront à assumer », dit-il en espérant qu’ils feront bientôt leur coming out. »

Pascale ENTZ, Le Quotidien du 30 novembre 2023

Communiqué de Frédéric Maillot EN RÉACTION PAR RAPPORT BANN KI TOUNI DANN NOUT SANTYÉ

Monsieur le Préfet,
L’édition du Quotidien de ce jour, le 30 novembre 2023, dédie un article à l’initiative des membres d’une association de promotion du naturisme « en liberté ».

Ceux-ci se sont lancés dans une randonnée au cœur de notre île en ralliant Mafate depuis Cilaos par le sentier très fréquenté du col du Taïbit. L’article relate, en outre, la rencontre de ces randonneurs dénudés avec des enfants en sortie scolaire.

Interpellé par de nombreux internautes, parents d’élèves ou citoyens soucieux des évènements qui se déroulent sur notre île, il me paraît nécessaire de relayer leur inquiétude quant à l’attitude ces deux hommes.

Si le naturisme est une pratique reconnue, elle ne demeure pas moins limitée dans l’espace, dans des lieux qui lui sont réservés et dont les abords font l’objet de panneaux d’avertissement.

Le comportement de ces deux hommes s’apparente plutôt, pour ne pas dire totalement, à de l’exhibitionnisme sexuel.

Pour rappel l’article 222-32 du code pénal prévoit que « L’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. (…) Lorsque les faits sont commis au préjudice d’un mineur de quinze ans, les peines sont portées à deux ans d’emprisonnement et à 30 000 euros d’amende. »

La jurisprudence à ce titre, admet l’exhibition d’une nudité sans « gestes déplacés » dans « une ambiance nudiste » (Tribunal Correctionnel Toulon 4 décembre 1952). Toutefois, le nudiste qui s’expose à la rencontre fortuite et non imprévisible de touristes et de promeneurs se rend coupable d’exhibition sexuelle. (Cour d’appel Aix-en-Provence, 10 décembre 1953).

Les faits qui se sont produits aujourd’hui à la Réunion relèvent bel et bien d’une infraction pénale puisque deux hommes se sont élancés nus sur un sentier de randonnée fréquenté par tous, croisant de nombreux passants et même des enfants.

Je vous demande donc de prendre les mesures afin de veiller à ce que ce type d’agissements ne se reproduisent plus à l’avenir sur notre territoire.

Si La Réunion est une terre d’accueil et de tolérance, elle ne doit pas devenir la scène d’infractions pénales impunies sous couvert d’opérations de communication.

Communiqué du député Jean Hugues RATENON

Me trouvant actuellement à l’Assemblée Nationale pour la niche parlementaire intense de mon groupe LFI-NUPES, c’est avec consternation que j’ai appris que des membres d’une association de promotion du naturisme en liberté s’étaient livrés à leur pratique dans un lieu public.

C’est inadmissible, scandaleux, profondément choquant.

Nous les Réunionnais n’avons pas cette culture qui s’apparente à de la débauche.

Le naturisme, oui, pour celles et ceux qui aiment sa, mais il doit se pratiquer dans des lieux réservés et encadrés par la loi.

Je ne tolérerai pas qu’on importe ici dans notre pays « toute qualité vilain manière » au nom de la liberté. Une pratique s’apparente à de l’exhibitionnisme et de déviances.

La liberté des uns s’arrête là ou commence celle des autres.

Je suis d’autant plus choqué que l’on rapporte que ces individus se sont baladés tout nu sur un sentier très fréquenté et auraient croisés des enfants!

C’est honteux.

Je le dénonce et le condamne de façon la plus énergique.

NON, on ne peut pas tout faire.

Je souhaite que la justice sera ferme avec ces individus qui se sont permis d’essayer de faire valoir leur pratique.

J’espère que la condamnation sera unanime à tous les niveaux et qu’on ne laisse pas penser, par un silence, que cela pourrait se faire. Je m’y opposerai de toutes mes forces.

Qu’ils aillent exposer leur grappe de raisin avariée ailleurs.

Respekt anou.

Jean Hugues RATENON
Député de La Réunion
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