//

Aides à la presse : « la transparence est nécessaire pour une véritable équité », insiste Huguette Bello

10 min de lecture
60

A travers un communiqué, la Région Réunion avait souhaité apporter en décembre dernier quelques précisions relatives aux aides à la presse, suite aux doléances exprimées par le Journal de l’Ile arguant qu’un manque d’équité était en cours pour les subventions régionales pour la presse écrite.

Voici le communiqué dans son intégralité :

L’attribution d’une subvention régionale de 600 000 euros au Quotidien a pu soulever chez certains des interrogations sur la question de l’équité. Sur la période de 2017 à 2022, le Journal de l’île a perçu de la Région 5 millions 321 mille 618 euros et 64 centimes. Sur cette même période, le Quotidien a perçu 3 millions 461 mille 315 euros et 12 centimes. À ce jour, le JIR a perçu 1 860 303, 52 euros de plus que le Quotidien. En prenant en compte le versement à venir des 600 000 euros au Quotidien, le différentiel entre le JIR et le Quotidien est de 1 260 303,52 euros en faveur du JIR. Force est de constater, à la lumière de ces chiffres, que l’argument de l’équité ne tient pas. Par ailleurs, la collectivité régionale tient à rappeler que le JIR a bénéficié d’une remise de 70% de ses dettes en 2018 puis d’un écrasement de sa dette en 2020 à travers la création d’une nouvelle société et d’une subvention régionale exceptionnelle de 1,5 million d’euros. Deux ans plus tard, au regard de cette situation qui était extrêmement favorable et sans commune mesure avec la situation de la plupart des entreprises de l’île, il est légitime de s’interroger sur les nouvelles difficultés financières rencontrées par le JIR. En tout état de cause, la transparence sur l’utilisation de ces fonds publics doit être faite. À ce jour, la Région n’a pas obtenu toutes les justifications nécessaires. En l’état, les premiers éléments communiqués soulèvent des interrogations légitimes. S’agissant de la nouvelle demande du JIR, celle-ci est actuellement en cours d’instruction. Dans ce cadre, la Région a adressé par courrier, en date du 12 décembre 2023, une demande de pièces complémentaires nécessaires à cette instruction. Il est bien évident que l’examen de la nouvelle demande est inséparable de la transparence à faire sur l’utilisation de la précédente subvention. Enfin, la Région tient à souligner que l’égalité de traitement n’ouvre pas un droit à la subvention automatique dont le montant doit reposer sur des éléments factuels et que toute demande exige une instruction complète du dossier, avant toute saisine éventuelle des instances délibérantes de la collectivité.

Aides régionales à la presse écrite de 2016 à 2021 : 5,3 millions pour le JIR contre 3,4 millions pour le Quotidien

Comme freedom.fr vous l’avait révélé depuis jeudi 30 novembre, la Région a voté vendredi matin, 1er décembre, une aide exceptionnelle de 600 000 € pour le Quotidien (Voir ci-après article d’Yves Mont-Rouge publié depuis hier). Rappelons que de 2016 à 2021, sous l’ancienne mandature de Didier Robert, qui a présidé cette collectivité de 2010 à juin 2021, les aides régionales à la presse écrite se répartissent comme suit : 5 321 618,64 € en faveur du JIR et 3 461 315,12 € pour le Quotidien, soit 1 860 243, 52 euros (plus d’1,8 million d’euros) en plus pour le JIR. Voici le communiqué que la Région a adressé ce vendredi matin aux rédactions : « Réunie ce vendredi 1er décembre sous la présidence d’Huguette Bello, la Commission Permanente de la Région Réunion a voté à l’unanimité l’octroi d’une aide régionale exceptionnelle à la SAS Le Quotidien d’un montant de 600 000 euros. Pour rappel, la SAS Le Quotidien fait l’objet d’une procédure de liquidation avec poursuite d’activité. Une audience est fixée au 13 décembre 2023. L’entreprise a formulé auprès de la collectivité cette demande d’aide à sa restructuration financière afin de bénéficier d’un délai supplémentaire pour permettre un plan de reprise pérenne qui permettra de sauvegarder les emplois et préserver la pluralité de la presse sur le territoire. L’urgence de la situation impliquait une intervention en trésorerie en vue de rétablir les ratios de solvabilité. Cette aide à la restructuration à court terme, est considérée sous le prisme d’un plan plus global, des orientations d’activité plus efficientes qui font l’objet d’un travail approfondi. Concernant la demande adressée hier à la Région par le Journal de l’île de la Réunion, celle-ci sera instruite sur la base du même cadre d’intervention. Les élus ont souhaité qu’une réflexion plus globale soit ouverte sur l’évolution du modèle économique de la presse dans sa diversité, dans le contexte d’évolution technologique des moyens d’expression ».

Réaction de la SNJ, Section Quotidien de La Réunion

Aide de la Région : une bouffée d’air pour Le Quotidien

La commission permanente de la Région a voté ce vendredi 1er décembre l’attribution au Quotidien d’une aide exceptionnelle de 600 000 €. Par cette mesure, adoptée à l’unanimité, la collectivité joue pleinement son rôle de soutien à l’action économique et de défense de l’emploi local. Les élus SNJ et Solidaires du Quotidien, mobilisés depuis plusieurs semaines pour la sauvegarde des emplois et la défense du pluralisme, saluent cette décision qui éloigne le spectre d’une liquidation sèche le 13 décembre. Les 52 salariés et leur famille vont pouvoir aborder les fêtes de fin d’année plus sereinement, sans crainte de se retrouver au chômage dans quelques jours. Le Quotidien dispose d’une trésorerie qui lui permet de verser les salaires et d’honorer ses factures pendant plusieurs mois. Mais rien n’est joué pour autant. Ce délai doit être mis à profit pour faire émerger des offres de reprise économiquement viables, socialement acceptables et éditorialement ambitieuses. Le combat pour la survie du Quotidien continue. Nous remercions tous nos lecteurs et soutiens de le mener avec nous.

La Région Réunion va accorder une aide de 600 000 € au Quotidien

Les élus de la commission permanente de la Région  présidée par Huguette Bello (notre photo) sont appelés à se prononcer sur cette proposition faite par la majorité régionale ce vendredi 1er décembre. Face à la situation de crise que traverse depuis ces derniers mois Le Quotidien de La Réunion, la Région a décidé de faire un geste financier en direction de ce journal qui se trouve en situation de liquidation-cession. Une décision prise par le Tribunal mixte de commerce de Saint-Denis le 4 octobre 2023. La SAS Le Quotidien avait été placée en redressement judiciaire en 2022. Si d’ici au 13 décembre, Le Quotidien ne trouve pas de repreneur, il sera condamné à mettre la clé sous la porte. Rappelons que la seule offre qui avait été faite depuis par un groupe national a été invalidée par le Tribunal du Commerce. La Région espère pouvoir apporter un peu d’oxygène à la SAS Le Quotidien via l’octroi de cette subvention de 600 000 €. La rapport sera soumis aux élus de la commission permanente. « Afin de bénéficier d’un délai supplémentaire pour présenter un plan de reprise pérenne qui permettra de sauvegarder les emplois et de préserver la pluralité de la presse sur le territoire, l’entreprise a formulé auprès de la collectivité régionale une demande d’aide à sa restructuration financière », explique-t-on du côté de la Région qui veut éviter « la mise au chômage immédiate de 50 salariés (50 emplois directs) et des sous-traitants (110 emplois) si rien n’est fait ». La Région précise « qu’au-delà de l’aspect purement industriel de la situation du Quotidien, se pose un autre sujet, plus pernicieux : c’est la pluralité des opinions qui est en jeu. En effet, dans une économie insulaire, il est primordial de veiller à la diversité des opinions d’une part et, d’autre part, de permettre aux opérateurs locaux du secteur de relayer les multiples points de vue. L’urgence de la situation implique une intervention en trésorerie en vue de rétablir les ratios de solvabilité. Cette aide à la restructuration à court terme doit être considérée sous le prisme d’un plan plus global avec notamment une gouvernance différente et des orientations d’activités plus efficientes ». D’où la demande, par la SAS Le Quotidien, auprès de la Région, de cette aide exceptionnelle de 600 000 euros dans le cadre de sa restructuration financière, en attendant de retrouver un repreneur d’ici au 13 décembre prochain.

« Une aide qui revêt un caractère purement local », souligne la Région

Une aide qui s’inscrit dans le champ d’intervention de la collectivité régionale en matière de développement économique  renforcé par la loi NOTRe; Elle traduit la volonté de la Région d’accompagner les entreprises locales dans le maintien et le développement de leurs activités, renforcée par le SRDEII, notamment dans son aspect d’ancrage territorial. La Région insiste aussi sur le contexte socio-économique actuel aggravé par les crises successives de ces derniers mois touchant les entreprises, plus spécifiquement la presse quotidienne produite localement. Elle prend également en considération « la situation financière préoccupante du leader de la presse écrite régionale et du risque de licenciement massif qui résulterait de sa liquidation », de « l’importance du maintien du pluralisme des opinions et de la presse écrite en particulier ». Cette aide revêt un caractère purement local. Cette aide de 600 000 € proposée par la Région et qui sera débattue par les élus devrait passer comme une lettre à la Poste car tous les élus, toutes tendances politiques confondues, appellent à la mobilisation pour sauver Le Quotidien en particulier et la presse écrite locale en général, laquelle est en péril. Rappelons que sous l’ancienne mandature, celle de Didier Robert, l’autre journal local, à savoir le JIR (Journal de l’Ile de la Réunion) avait bénéficié d’aides représentant quelques millions d’euros. Rappelons également que, hier soir (mercredi 29 novembre), dans le JT de Télé Réunion la 1ère, la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, actuellement en visite dans notre île, a assuré que « l’Etat aidera à accompagner la reprise du Quotidien ».

Déclaration de la Présidente de Région concernant la situation de la presse écrite réunionnaise

« De manière générale, la situation de la presse écrite est préoccupante depuis plusieurs années à La Réunion. Il y a deux journaux qui co-existent depuis plusieurs décennies, ce qui constitue une spécificité, voire une exception, au niveau national. Il est de notoriété publique que ces journaux sont en grande difficulté pour des raisons qui tiennent d’une part au changement des modes de consommation de l’information par les Réunionnais et d’autre part, aux difficultés de gestion interne des deux entreprises. Évidemment, et pour plusieurs raisons, je ne suis pas insensible à cette situation. D’abord, parce que je suis attachée comme beaucoup de nos concitoyens à la liberté de la presse et de l’information à une époque où celle-ci est plus que jamais nécessaire. On ne peut pas se contenter des réseaux sociaux, qui ne sont pas à l’abri de la diffusion de fausses informations. Bien entendu, je ne parle pas des médias en ligne qui contribuent au pluralisme de l’information. Pour autant, vous connaissez ma position sur ce sujet. Je tiens à rappeler que des personnalités et des institutions font l’objet toutes les semaines depuis plusieurs années, de manière systématique de la part du directeur du JIR, d’attaques personnelles, qui sont indignes et qui trahissent les valeurs du journalisme formulées par la charte de Munich de 1971. Néanmoins, là encore, ne globalisons pas. Je distingue totalement les manœuvres grossières de cette personne du reste de la rédaction du JIR et de l’ensemble de ses salariés qui essaient de faire honnêtement leur travail malgré les pressions exercées à leur encontre. Ensuite, parce qu’en tant que Présidente de Région, il s’agit d’entreprises qui font partie du patrimoine Réunionnais. Le Quotidien existe depuis 1976. Il emploie 52 salariés de façon directe et presque 120 de manière indirecte. Le JIR, quant à lui, existe depuis 1951. À la tête de la collectivité régionale, responsable du développement économique, je ne peux donc que me sentir concernée et préoccupée par cette situation. Enfin, parce que je pense évidemment à tous les salariés, et à leurs familles, en cette période de fêtes de fin d’année, qui se retrouvent dans une grande incertitude et qui risquent de perdre leurs emplois. S’agissant plus particulièrement du Quotidien qui se trouve actuellement en procédure de liquidation, comme tout le monde, j’ai été déçue par l’absence de mobilisation des investisseurs locaux devant le tribunal de commerce. Vous connaissez mon attachement au patriotisme économique. Cependant, je ne désespère pas de la situation. Au regard de celle-ci, je veux dire aux Réunionnaises et Réunionnais que la Région est mobilisée pour relancer le Quotidien. Je ne peux pas entrer dans les détails. Mais tout ce que je peux vous dire, c’est que nous y travaillons. Nous ne restons pas les bras croisés à attendre que Le Quotidien soit liquidé. J’en appelle également à la responsabilité des acteurs économiques locaux qui doivent tous se sentir concernés. La situation n’est pas désespérée et le journal Le Quotidien peut encore être sauvée avec la mobilisation de tous les Réunionnais. J’en appelle aussi à l’action de l’État qui doit tenir compte des spécificités de la presse écrite en outre-mer et qui peut venir en aide aux journaux locaux. Le temps viendra où il nous faudra, néanmoins, discuter de la pérennité du modèle économique de la presse écrite à La Réunion. Il est certain que les modèles actuels ne sont plus tenables. Les deux journaux doivent, à ce propos, redéfinir leurs modèles pour s’adapter à des modes de consommation de l’information qui évoluent dans un contexte concurrentiel. Ils doivent aussi s’interroger sur leurs modes de gestion interne. Je sais que dans le cas du Quotidien, Madame Chane-Ki-Chune se sent tout à fait concernée et y travaille de façon responsable et pragmatique pour assurer la pérennité du titre et des emplois associés. Je ne suis pas certaine, en revanche, que l’on puisse en dire autant du directeur du JIR, pour le moment. Il faut le rappeler, il a été largement aidé par de l’argent public par le passé. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’a pas su faire preuve d’une gestion responsable et de la transparence qui s’impose. Les pouvoirs publics sont donc en droit de s’interroger. Je le dis et je le répète sans ambiguïté : le Quotidien, comme le JIR, doivent vivre. Notre démocratie serait affaiblie si l’un de ces deux organes de presse, et à fortiori les deux, venait à disparaître. » (Crédit photo : service Com’ Région, prise sur sa page Facebook)

Yves Mont-Rouge

[email protected]
Téléphone : 0692 85 39 64

0 0 votes
Note de l'article
S'inscrire
Me notifier des
60 Commentaires
plus de votes
plus récents plus anciens
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Article précédent

Désensablement de la plage des Roches Noires : des travaux nécessaires pour éviter les inondations

Article suivant

Une fillette âgée de deux ans ingère la drogue de sa mère et tombe dans le coma

Free Dom