Amélioration de l’habitat : l’audit provisoire qui fait trembler la direction générale de SOLIHA

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SOLIHA : « Solidaires pour Habitat ». En 2023, cette association loi 1901 comptait une trentaine employés dont 5 cadres soit 1 cadre en moyenne pour 7 salariés. Elle est présidée par la conseillère départementale de Saint-André, Viviane Ben Hamida, qui a succédé à Giovanny Poire, ancien élu départemental à Saint-Paul, lequel a perdu son mandat politique en 2021.

Le directeur général depuis août 2020 était Mickaël Sihou (notre photo de Une), mais suite à un mouvement de grève qui aura duré 7 mois (d’avril à octobre 2022 à l’initiative du syndicat UR 974) au sein de la structure et suite également à une revendication forte des grévistes, soit 25 membres du personnel sur 27 votants, demandant le départ du directeur général, ce dernier a été nommé secrétaire général. C’était le 8 septembre 2023.

Mickaël Sihou, secrétaire général de SOLIHA depuis septembre 2023. Plusieurs salariés de l’association demandent sa tête. (Crédit photo : YM)

SOLIHA est depuis fin de l’année dernière à la recherche d’un directeur opérationnel pour remplacer Mickaël Sihou. Or, les salariés considèrent aujourd’hui que « le titre de secrétaire général ne veut strictement rien dire; C’est toujours lui qui est aux manettes et qui continue à tirer les ficelles. La présidente est complice de l’ancien directeur général », disent-ils. Nous y reviendrons !

SOLIHA, c’est l’ex-PACT Réunion qui existe depuis plus de 40 ans dans l’île et dont la mission est l’amélioration de l’habitat des familles les plus démunies. Cette association créée en 1979 par les pouvoirs publics est financièrement abondée par l’Etat (LBU/Ligne Budgétaire Unique à hauteur de 39%) et par le Département notamment, à hauteur de 37%. Soit, globalement, un peu plus de 10 millions d’euros d’aides en 2023 à la Réunion, en faveur des personnes nécessiteuses dont beaucoup de personnes âgées qui ont besoin de refaire leur habitat usé avec le temps.

Viviane Ben Hamida Payet est conseillère départementale de la majorité et conseillère municipale de l’opposition à St-André. Depuis 2021, elle préside le C.A de SOLIHA. (Crédit photo : Y.M)

Outre l’Etat et le Département, l’association a également reçu des agréments de la Région et de la CGSS (Caisse Générale de Sécurité Sociale). Elle est affiliée à la Fédération nationale SOLIHA depuis 2018. Le Conseil d’administration de cette association est élu pour 3 ans à bulletin secret. Il est composé de 23 membres parmi lesquels l’exécutif départemental ou son représentant (Viviane Ben Hamida depuis 2021 qui représente donc Cyrille Melchior, président du Département), sans compter quatre représentants de cette même collectivité, Virginie Gobalou-Erambrampoullé (représentante de la Région, qui a démissionné depuis octobre 2023 car en désaccord avec les orientations prises par l’association en matière de ressources humaines), deux représentants de l’Association des maires de la Réunion (AMDR), un représentant de la Chambre des métiers, un de la SHLMR, un de la SEDRE, de la SEMADER, de la CAPEB et du Crédit Agricole. L’association compte aussi des membres actifs représentants du CCAS de Saint-Denis, de Réunion Habitat-Action Logement, de la Croix Rouge Française, de l’ORIAPA, de l’UDAF, de l’UFR, de l’ADIL, d’ATD Quart Monde et de la SIDR.

Mais là où le bât blesse, c’est que, selon nombre de salariés qui sont de plus en plus inquiets pour leur avenir, « la structure est au bord du gouffre : endettée, des centaines de dossiers en souffrance car mal ficelés, une direction générale inexistante sauf pour faire régner la pression, une présidence complice du management dictatorial, des familles qui attendent l’amélioration de leur habitation depuis plus de 3 ans, des entreprises qui ne sont pas payées…  et, pendant ce temps, des dépenses de réception, de frais de bouche injustifiées, idem pour les primes versées à la direction générale… SOLIHA se trouve en phase 2 depuis quelques mois déjà et le conseil d’administration ne bouge pas plus que ça », expliquent des salariés qui ne savent plus à quelle porte frapper. Des salariés  confortés dans leurs dires par les résultats d’un audit, certes provisoires, pour le moment mais pour lequel la présidence n’a toujours pas apporté de réponses contradictoires, alors que les restitutions de l’audit se sont déroulées en novembre puis en décembre. « Aucune réunion n’a été organisée par la structure pour parler des remarques provisoires de cet audit avec les salariés », constate un des représentants du CSE.

 

Nous avons pu nous procurer un exemplaire de cet audit provisoire réalisé par AKP Conseils (cabinet parisien), qui attend toujours les réponses contradictoires de la présidente Viviane Ben Hamida. A noter que depuis septembre dernier et en attendant le recrutement d’un directeur opérationnel, c’est Chantal Adolphe, directrice adjointe, employée au sein de l’association depuis une quarantaine d’années, qui assure l’intérim. Mais les salariés sont persuadés que « c’est toujours Mickaël Sihou qui tient les commandes de la direction générale, en accord avec la présidente ». Rappelons que SOLIHA est installé à Saint-Denis, à Saint-Pierre et à Saint-Louis. L’association loue un local, salle Candin à Saint-Denis pour 6 500€/mois (78 000 €/an), 553€/mois à St-Pierre soit ( 6 636€/an) et 1 980€/mois à St-Louis, soit 23 760€/an. « Nous pouvons nous interroger quant aux choix de l’association de passer par de la location durant toutes ces années » alors que « l’association avait, à l’époque, les moyens d’acquérir des biens immobiliers à des taux attractifs. Cela aurait permis de sécuriser son patrimoine ».

« Des frais de communication injustifiés » et « trop de réceptions » en 2021

L’Audit pointe des dysfonctionnements relatifs à des frais de communication sans justificatifs : 41 550 € en 2019, 25 280 € en 2020 (du temps de Giovanny Poire) et 34 905 € en 2021 (présidence Ben Hamida).

Le cabinet d’audit n’a reçu aucun numéro Siret ou Siren ou même un K-Bis du prestataire en question, qui est fonctionnaire territorial à la Cinor (Intercommunalité Nord). Un prestataire qui intervient depuis 2019 pour SOLIHA. Les deux derniers contrats de prestation ayant été signés par Mickaël Sihou. L’Audit note par ailleurs qu’aucune convention n’a été signée en matière de formation avec les sociétés qui sont intervenues dont une « Nilgriss » est présidée par Mickaël Sihou, occupant également la fonction de directeur général de SOLIHA. « Aucune convention transmise par la direction. Il est regrettable que la direction de SOLIHA n’ait jamais précisé ces informations au commissaire aux comptes », souligne AKP Conseils. Sans compter « le nombre préoccupant » de mandats sociaux occupés par M. Sihou dans une douzaine de sociétés, en sachant que le poste de directeur général de SOLIHA n’est pas à temps partiel. Dans l’audit, il est précisé par M. Sihou que « l’activité d’un certain nombre des sociétés présentées a été arrêtée depuis ».

Autre constat : le versement de « primes diverses » de 27 637 € en 2019, de 28 278€ en 2020, de 28 777 € en 2021. « Le CSE s’indigne et demande à quoi les primes diverses correspondent; La Direction nous a précisé qu’elle nous communiquerait l’information dans les meilleurs délais ». Cela n’a toujours pas été fait.

Toujours concernant les primes, Mickaël Sihou, du temps où il était encore directeur général, c’est-à-dire jusqu’en septembre 2023, s’est octroyé une prime annuelle de 10 000 € de 2019 à 2021 en plus de son salaire représentant un budget annuel de 74 400 € (en 2019), de 83 707 € (en 2020) et de 74 400 € (en 2021). « Ni les élus, ni Mme Ben Hamida n’était au courant du versement de plus de 10 000 € de primes pour une personne », note l’audit, qui souligne que Mickaël Sihou, avant d’être nommé directeur général de SOLIHA en août 2020 sous la présidence de Giovanni Poire, était collaborateur du président jusqu’en juillet 2020. Auparavant, il siégeait au conseil d’administration de SOLIHA en tant que représentant de la CAPEB. « L’écart entre la moyenne des primes des cadres et celle des employés est de 3 », précise l’audit.

Concernant le salaire du directeur général, le cabinet d’audit précise que « la rémunération du directeur de SOLIHA Réunion paraît élevée au regard des différentes offres » qu’elle a pu observer ainsi que « par rapport à la situation financière de l’association ». La moyenne de salaires (fourchette haute) pour ce genre d’emploi dans une structure similaire étant de 43 750€ annuels.

Concernant la formation du directeur général, « nous n’avons pas trouvé d’éléments relatifs à la formation de M. Sihou; Il n’a pas fait d’études supérieures, et a un parcours d’autodidacte; Il nous a fait part de son parcours professionnel, notamment de ses 12 ans dans la fonction publique (développement local et direction Départementale) », indique l’audit.

Concernant les frais de réception, elles ont augmenté en 2021 : 12 000 € contre 7000 € en 2019 et 6000 € en 2020. Des réceptions souvent organisées dans un restaurant « tenu par M. et Mme El Jannabi (Le Cosy bay Nathalie, anciennement la Table 2 Nathalie), note l’audit, qui précise par ailleurs qu’une des sociétés de formation qui travaille avec SOLIHA, à savoir GRH et Formations « est détenue par M. El Jannabi ».

Concernant sa situation financière, « l’association a peu de marge pour faire face à de nouvelles crises (risque de cessation de paiement) », insiste l’audit. D’où la grosse inquiétude de la majorité des salariés de SOLIHA qui souhaitent « une réaction rapide » de la présidente et du conseil d’administration « pour éviter une disparition de notre outil de travail, qui nous permet de vivre pour nombre d’entre nous depuis 40 ans ».

Ces salariés sont d’autant plus inquiets que le Département ne cesse de retourner à SOLIHA des dossiers d’aides aux familles démunies; Dossiers qui ne sont pas conformes au réglement départemental des aides à l’amélioration de l’habitat qui fixe une somme maximale de 14 600 € par dossier alors que la direction générale de SOLIHA avait monté des dossiers dépassant les 30 000 €.

« Le directeur général M. Sihou nous avait dit de faire et que le Département allait payer », déclarent les salariés qui avaient dénoncé depuis 2022 « le management du directeur général » qu’ils considèrent comme « un fumiste, un être égocentrique, hautain, harceleur moral, qui n’est pas à l’écoute de son personnel, qui a des méthodes dictatoriales du genre c’est moi le chef; Il nous reproche d’être des réfractaires, des salariés qui ne veulent pas travailler et de n’avoir rien fait pendant 40 ans; Il a mis un terme à tout ce qui fonctionnait bien dans la boîte. Ses pratiques managériales ont été un véritable fiasco. Il a mis de côté les anciens, ceux qui avaient une parfaite connaissance du métier et du fonctionnement de la structure afin de laisser la place à ses connaissances qui lui déroulent systématiquement le tapis rouge. Depuis l’arrivée du DG en 2020, rien ne fonctionne plus comme auparavant ».

Un autre salarié a écrit au conseil d’administration que « le directeur général a dit qu’il était Dieu »; D’autres expliquent que lors d’un séminaire au « Jardin Créole » à Sainte-Suzanne, « Mickaël Sihou a demandé aux salariés d’écrire sur un bout de papier tout ce qu’ils ne veulent plus entendre au sein de la structure. Il a ensuite pris tous les papiers, ils les a mis dans la moitié d’une noix de coco et il les a brûlés »…  Les salariés attendent avec impatience qu’elles vont être les réponses contradictoires de la présidente et du conseil d’administration à l’audit provisoire d’AKP Conseils.

Rappelons que Mickaël Sihou est conseiller régional de la majorité, qu’il est également responsable du mouvement politique « Endemik » et qu’il a dû laisser la présidence de NEXA à son collègue de la Région Pascal Plante, suite à des difficultés financières auxquelles était confrontée NEXA.

 

Yves Mont-Rouge

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