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Tribune de Anaïs Patel : “Laissons nos restaurateurs travailler”

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“En 2017, lors de la dernière présidentielle, j’ai « voulu changer le monde mais c’est le monde qui m’a changé » (Ettore Scola) . Comme beaucoup, j’ai cru en 2017 que les choses allaient changer pour les Réunionnais, que nos indicateurs fléchiraient. Force est de constater que ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, 40 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté, le chômage repart à la hausse avec 25% des Réunionnais qui sont sans emploi, 100 000 personnes qui sont mal logées… Ces indicateurs auraient pu être différents si la Réunion avait été considérée et si des moyens avaient été mis sur notre territoire. Au contraire, nous avons beaucoup perdu. De mon côté, on ne m’y prendra plus… En cette période de crise sanitaire, nous ne devons pas nous faire spécialiste parmi les spécialistes. Cependant, nous Réunionnais, nous connaissons notre île et nous savons ce qui est bon pour nous. Dès le mois de mars 2020, la population avait bloqué l’arrivée des paquebots sur le Port et encore récemment d’autres faisaient barrage aux arrivées massives à l’aéroport.

Depuis le début, des erreurs ont été commises notamment sur la gestion du flux de passagers arrivant de l’aéroport. Avec 200 000 voyageurs au mois de décembre, il était certain que nous arriverions quelques mois après à une situation telle qu’on la connaît aujourd’hui.

Il faut apprendre de ses erreurs et écouter la population. Pour une fois, c’est l’Hexagone qui se place en territoire pilote pour les Réunionnais. Pourtant des décisions sont prises au niveau local en contradiction totale avec l’expérience métropolitaine. Pour dernier exemple, cela fait depuis plus d’un an que les restaurants sont fermés sans que cela n’ait eu le moindre impact sur l’arrivée d’une deuxième et aujourd’hui d’une troisième vague en Métropole.

Alors même qu’aucun cluster n’avait été découvert au sein des restaurants sur notre territoire et malgré tous leurs efforts pour respecter les contraintes imposées, leur fermeture depuis le 6 avril aura un impact violent sur notre économie. Aujourd’hui, cheffe de projet en charge du public en quartier prioritaire de la ville, j’accompagne chaque jour, des personnes vivant dans ces quartiers, ceux qu’on a l’habitude d’appeler « petits chefs d’entreprise », celui qui sacrifiera tout pour la réussite de son projet et ne comptera pas les heures car il sait que c’est sa dernière chance pour s’en sortir. Beaucoup de ces projets sont dans la restauration. Malheureusement, ce sont eux qui seront directement impactés par cette décision de fermeture. Eux qui ne verront pas la couleur des aides. Eux qui seront encore les oubliés. Eux qui fermeront définitivement leur rideau ou n’auront même pas l’occasion de l’ouvrir. Laissons nos restaurateurs travailler ! Leurs employés seront certes placés en chômage partiel mais leur niveau de revenus va mécaniquement baisser. En effet, pour ceux qui travaillaient à 39 heures, ils devront se satisfaire d’un 35 heures en plus de la suppression des différentes commissions. Leurs charges fixes, elles resteront les mêmes… Mais au-delà de cet impact économique, nous brisons par cette décision le peu de lien social que nous pouvions encore conserver. En plus de toutes les interdictions en vigueur, plus de pique-nique, plus de restaurant. A-t-on fait le lien avec l’état des logements à la Réunion ? A-t-on conscience que par ces petits moments, des familles s’échappent d’une misère extrême. Quel sera l’impact de la suppression de ces moments sur les 100 000 familles mal logées ? On supprime cette petite bouffée d’air pour la mère de famille qui, sur la terrasse d’une rondavelle, pouvait se sentir exister. Cette rondavelle sous laquelle qu’on soit riche ou pauvre, la vue sur la mer sera la même.”

Patel Anaïs

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