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Bras-Fusil, Fayard… Comment « faire société » avec ceux qui refusent de s’adapter ?

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« Faire société », une expression employée d’abord par Joé Bédier, le maire de Saint-André, le 24 janvier dernier, lors d’une conférence de presse consacrée aux violences qui surviennent régulièrement dans le quartier de Fayard, puis par Patrice Selly, maire de Saint-Benoit et président de la Cirest, lors de ses vœux, le 29 janvier, pour évoquer les troubles à l’ordre public à Bras-Fusil.

Au-delà des divergences qui peuvent exister entre ces deux élus de l’Est notamment sur la gouvernance de la Cirest et sur celle de la SPL Estival, Joé Bédier et Patrice Selly ont tous deux un point en commun : la gestion difficile de « la poudrière » qui se trouve sur leur territoire respectif, à savoir Fayard pour le premier et Bras-Fusil pour le second. Deux quartiers chauds qu’ils ont tous deux hérité depuis leur élection en juin 2020 et qu’ils sont contraints aujourd’hui, de par leurs responsabilités politiques, de gérer.

Il leur faudra trouver des solutions au plus vite pour juguler la violence qui émane de ces quartiers; Violence qui pourrait, si rien n’est fait, se cristalliser à l’échelle de la commune, voire même  de l’île à long terme. La question que sont en droit de se poser aujourd’hui les deux élus est la suivante : comment « faire société » avec des individus, des groupuscules de personnes qui refusent de s’adapter au « vivre ensemble » réunionnais ? Des personnes sans repères qui refusent de s’intégrer à la société réunionnaise et à ses valeurs et qui, par conséquent, entraîne malgré elle toute une communauté dans une situation pour le moins inconfortable aux yeux de l’opinion publique locale. Une communauté qui, par le jeu malsain de l’amalgame, est montrée du doigt par le plus grand nombre qui, injustement, n’hésite pas à lui jeter l’anathème. A qui la faute ?

Joé Bédier, maire de Saint-André, a récemment interpellé le Premier ministre Gabriel Attal

Si jusqu’à présent, Joé Bédier et Patrice Selly étaient restés plutôt discrets, les deux élus n’hésitent plus à présent à briser ce silence. Patrice Selly l’a clairement dit, le 29 janvier dernier lors de la présentation de ses vœux : « Je rejoins Joé Bédier car il y a un vrai problème de fond qu’il faudra au plus vite mettre sur la table ». Tout comme son homologue de Saint-André, le maire de Saint-Benoit met l’Etat à l’index. « Il va falloir que l’Etat prenne ses responsabilités ! », lâche-t-il, sans ciller.

Joé Bédier quant à lui, quatre jours avant Patrice Selly, avait mis autour d’une table le sous-préfet de l’arrondissement Est, Michael Mathaux ainsi que le directeur territorial de la police nationale à la Réunion, Laurent Chavanne car, en tant que maire, il ne peut, a-t-il fait comprendre, porter seul le chapeau. Joé Bédier est même aller au-delà. Il a adressé, le 24 janvier, un long courrier au Premier ministre Gabriel Attal. Courrier dans lequel il est surtout question de « la détresse des enfants sans parents et sans tuteurs légaux sur le territoire réunionnais ».

Comprenez tous ces marmailles en bas âges qui débarquent dans l’île, en provenance d’une autre île de l’océan Indien et qui se retrouvent le plus souvent à Fayard ou à Bras-Fusil chez leurs taties ou oncles, lesquels se présentant comme des tuteurs légaux. Mais ces tuteurs ou tutrices sont-ils/elles pour autant en possession de documents officiels attestant de leur qualité de tuteurs ou de tutrices ?  Au terme d’un certain délai, les tuteurs en question sont dépassés et ne peuvent plus subvenir aux besoins de ces enfants qui grandissent. Ces derniers se retrouvent alors livrés à eux-mêmes. Ils sont pris tant bien que mal en charge par les services sociaux du Département, complètement débordés et dont les services souffrent d’un manque d’effectifs eu égard aux tâches de plus en plus nombreuses et complexes. Ces enfants sont placés dans d’autres familles de la même communauté qui veulent bien les accepter. Des familles qui perçoivent des allocations familiales.

Bédier : « un drame social et sociétal qui a une dimension régionale »

Comme l’a souligné Joé Bédier dans son courrier à Gabriel Attal, « le problème originel repose sur le fait qu’il s’agit d’enfants issus de la migration qui sont totalement seuls. C’est un drame où des milliers d’enfants sont sans moyens de subsistances, sans foyer et sans référents. Ces conditions dangereuses pour le développement de l’enfant entrainent des situations encore plus graves de violences. C’est bien en raison de l’absence de repères familiaux, sociaux et plus particulièrement à cause de la misère affective qu’aujourd’hui nous constatons des comportements violents de la part de groupuscules constitués de très jeunes enfants qu’on peut qualifier de jeunes délinquants. Cette violence, elle est notamment dirigée vers nos forces de l’ordre et elle se traduit par des incivilités quotidiennes et condamnables (4 policiers blessés depuis le début de l’année) ».

Et le maire de Saint-André d’ajouter : « ce dossier a une dimension régionale et les conséquences sont nombreuses. C’est une communauté qui est visée aujourd’hui malheureusement. Ce constat, je le déplore car il contribue à agir sans discernement et à mettre mal tout un pan de la population qui fait aujourd’hui société. Ce désordre valorise aussi des postures extrêmes qui remettent en cause notre solidarité ou même notre modèle unique de vivre-ensemble. Mon propos ne consiste pas à trouver un bouc émissaire mais à aborder un problème à la racine afin que nous puissions mettre fin à ce drame social et sociétal ». 

Un avis que partage le maire de Saint-Benoit, confronté lui aussi à une situation similaire à Bras-Fusil. Il le dit sans se cacher derrière son petit doigt : « c’est une question de peuplement de Bras-Fusil; De surpopulation aussi de ce quartier ». Il poursuit : « je comprends le désarroi, la colère des habitants face à ce qu’ils peuvent vivre au quotidien, mais la réponse ne pourra venir de la part du maire, seul. Il faudra une réponse collective ».

Les élus de la Réunion, pas uniquement Joé Bédier et Patrice Selly, se posent de plus en plus de questions relatives par exemple à l’attribution des logements sociaux et qui s’adressent directement aux bailleurs sociaux. « Comment se fait-il que dix personnes voire plus puissent se retrouver dans un F2 ? ». « Comment se fait-il que des familles peuvent se présenter aux autorités comme étant des tuteurs légaux sans disposer de documents officiels ? ». Autre question : quid des jeunes et moins jeunes prisonniers venus de Mayotte purger leur peine à la Réunion ? Que deviennent-ils une fois qu’ils sont remis en liberté ? Retournent-ils à Mayotte ou restent-ils à la Réunion ? Des associations mahoraises nous ont attiré plus d’une fois l’attention des élus sur « la dangerosité » de ces individus. J’ai eu l’occasion de poser la question au sous-préfet de Saint-Benoit lors de la conférence de presse du 24 janvier à Saint-André. Réponse de Michaël Mathaux : « l’Etat n’a, pour l’instant, pas été sollicité par les associations mahoraises dont vous parlez ». Autrement dit : no problème  ? Ce qui est sûr, c’est qu’il en faudra aux uns et aux autres du courage politique pour essayer d’endiguer ces violences récurrentes. Il faudra aussi, peut-être, revoir certaines vieilles habitudes, comme la distribution des caissettes d’ailes ou de cuisses de poulet congelés, en période électorale ? Je dis ça, je ne dis rien !

« 300 € de plus pour les députés et 700 € pour les sénateurs » et rien pour le petit peuple.

Comme vous pouvez le constater, le problème des violences récurrentes dans ces quartiers chauds – il n’ y a pas que Bras-Fusil et Fayard – est très complexe. Comme le dit Patrice Selly, « les solutions ne seront pas immédiates ». Il faudrait que tous les acteurs concernés (Etat, collectivités, bailleurs sociaux, CAF, services de justice et de police, gendarmerie…) se penchent sérieusement et rapidement sur ce problème qui gangrène de plus en plus la société réunionnaise. Tout devrait être mis en place le plus rapidement possible avant que les étincelles « Bras-Fusil » et « Fayard » n’embrasent toute la Réunion. Pas plus tard que lundi dernier, un bus scolaire a été caillassé par des jeunes de Bras-Fusil devant le collège de ce quartier. Ce qui a eu pour effet d’accentuer le ras-le-bol des parents d’élèves qui se demandent « s’il faudra attendre un mort et une marche blanche ». Des parents qui, une fois encore, alertent les autorités sur des trafics de drogue, voire de prostitution qui se développeraient dans ces deux quartiers de l’Est.

Ericka Bareigts, maire de Saint-Denis : « personne ne connaît la stratégie d’investissement d’EDF à la Réunion » ?

Pas besoin de vous faire un dessin pour expliquer que l’année 2024 ne commence pas bien. Ça va mal un peu partout. Le temps est complètement déglingué. Après Belal et ses dégâts, les grosses pluies ! Il pleut beaucoup, il pleut trop. C’est bête ce que je vais dire, mais j’ai bien l’impression que le temps lui même ne comprend plus ce qu’il lui arrive. Le préfet, la Météo, tous les services concernés ont bien géré Belal, d’où les nombreux bisous qu’a récoltés Jréôme Filippini de la part des Réunionnaises et des Réunionnais, mais les fortes pluies, en revanche, ont un peu surpris tout le monde, de par leur ampleur et leur intensité, en dépit des bulletins de vigilance.

Les différentes régions de l’île n’en finissent plus de panser les plaies laissées par Belal et par les fortes précipitations qui, manifestement, n’ont toujours pas l’intention de s’arrêter. Toutes ces intempéries nous montrent, comme l’ont rappelé plusieurs élus (Jean-Hugues Ratenon, Ericka Bareigts et bien d’autres) que notre île n’est pas prête à « encaisser » un cyclone. Lequel, fort heureusement, malgré un certain catastrophisme brandi par les uns et les autres, n’est pas passé directement sur la Réunion. En tout cas, en matière de météores, à en croire le GIEC (Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat), nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

Quant on pense que seulement avec Belal, plus de 150 000 Réunionnais ont été privés d’eau et d’électricité pendant plusieurs jours, voire même semaines pour certaines familles. On n’ose même pas imaginer un cyclone plus puissant. Nombre d’élus étaient montés au créneau contre EDF et contre les sociétés d’affermage d’eau potable. « Personne ne connaît la stratégie d’investissement d’EDF », a déclaré Ericka Bareigts, la maire de Saint-Denis, lors de la présentation de ses vœux, le 30 janvier dernier.

En clair, et c’est le message subliminal qu’il faut retenir à travers les discours des élus après le passage du cyclone : est-ce que l’argent qui est collecté par EDF pour l’électricité ou par la Cise, Runéo et autres sociétés, est réellement réinvesti localement pour renforcer les pylônes ou la tuyauterie ? Moi je prends le pari que, même si on a été privé d’eau et d’électricité durant plusieurs jours, la prochaine facture sera très salée, outre l’augmentation de 9,8% déjà annoncée par le gouvernement pour le courant électrique. En parlant de courant, Ericka Bareigts m’a confirmé qu’il (le courant) passait mieux à présent entre elle et la présidente de Région, Mme Bello. Le clash de novembre dernier entre les deux leaders féminins de la gauche locale ne serait plus qu’un mauvais souvenir. Place donc maintenant au « respect » mutuel !

Ça finit bien pour Bareigts et Bello, mais ça commence mal pour le gouvernement, pour son jeune chef Gabriel Attal qui, dès son arrivée à Matignon, s’est retrouvé face aux agriculteurs en pétard et aux enseignants en colère. Paris assiégé par les agriculteurs et jeudi noir (1er février) dans l’éducation nationale. Une situation électrique que son discours de politique générale prononcé le 30 janvier dernier n’a pas pu adoucir. Bien au contraire !

En l’espace de quelques jours, le plus jeune ministre de la V République, a pris un sacré coup de vieux. Macron ne lui avait pas facilité la tâche. Avant le discours de politique générale du Premier ministre, le chef de l’Etat avait déjà annoncé une augmentation de la facture d’électricité, le doublement de la franchise sur les boites de médicament passant de 50 centimes à 1 euro et tout un tas de mesures du même acabit car Bercy a besoin de faire des économies, soit 12 milliards en 2024. Inutile de dire que le gouvernement va ratiboiser là où il pourra. Raison pour laquelle, nos élus locaux commencent à se faire du souci pour l’octroi de mer dont une réforme est prévue en 2025. Un dossier sur lequel avait déjà commencé à plancher le service de Medetom avec son ex-ministre délégué Philippe Vigier. Lequel n’est plus ministre mais qui continue à profiter de sa voiture avec chauffeur et à organiser des gueuletons aux frais de la princesse, comme l’a révélé récemment Médiapart.

Pour résumer, 90% des Français seront appelés à mettre la main à la poche ou à se serrer la ceinture pour que l’Etat se porte mieux financièrement pendant que 10%, les plus fortunés, continueront à mener la belle vie, avec la complicité de l’Etat. Pendant ce temps aussi, le Smic n’augmentera pas. En revanche, les députés verront leur avance de frais de mandat augmenter mensuellement de 300 € et de 700€ pour les sénateurs. Elle est pas belle la vie… de politique !

Les bottes d’Huguette Bello : i ral’ un style !

Les députés locaux de la Nupes ont fait savoir via des communiqués qu’ils étaient « roustés », qu’ils ne pouvaient tolérer une telle augmentation pour les parlementaires pendant que le petit peuple est en train de crever. Mais il faut savoir, malgré ces cris d’orfraie, que tous les groupes politiques à l’Assemblée nationale ont voté pour cette augmentation décidée (unilatéralement, paraît-il) par le groupe des 22 députés de la Macronie. Le groupe LFI s’est abstenu. Donc, c’est bien ce que je me disais; Aucun groupe n’a voté contre. Aux dernières nouvelles, on apprend que les députés réunionnais de La France Insoumise, à savoir Jean-Hugues Ratenon et Perceval Gaillard, ont écrit à Yaël Braun-Pivet pour lui demander d’annuler cette décision d’augmenter l’AFM ainsi que l’augmentation du crédit collaborateur. Ce serait la moindre des choses puisque que l’inflation, jusqu’à preuve du contraire, ça ne concerne pas que les parlementaires.

Ça va mal également pour la presse écrite locale. Idem pour Air Austral, notre compagnie aérienne régionale. Mais j’y reviendrai une prochaine fois. Je vous laisse avec les bottes stylées d’Huguette Bello. Pas mal, non ? Noires avec des petits nuages roses !

La présidente de Région s’est rendue hier sur la route de Cilaos où elle a été accueillie par le maire et vice-président de Région Jacques Técher, par ailleurs politiquement très proche de la socialiste Ericka Bareigts, maire socialiste de Saint-Denis, depuis les dernières sénatoriales. Des bottes qui iraient sans doute très bien au Premier ministre pour aller discuter avec les agriculteurs, histoire de mettre un peu de douceur dans ce monde de brutes.

Y.M.

([email protected])

 

 

 

Yves Mont-Rouge

[email protected]
Téléphone : 0692 85 39 64

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