Habituellement, l’hémicycle de la Région Réunion bruisse de débats feutrés et de rapports administratifs très sérieux. Mais cette fois-ci, l’ambiance a radicalement changé de ton. La Région a sorti le grand jeu pour recevoir les héroïnes et les héros du CASE de la Cressonnière. C’était l’occasion d’une réception festive et ultra-méritée pour célébrer une saison tout simplement stratosphérique. Entre larmes de fierté, punchlines bien senties et grands élans de solidarité, retour sur un moment fort où le handball réunionnais a pris le pouvoir avec style.
Des garçons sur le toit de la France, des filles héroïques mais touchées
Sur le terrain, les compteurs ont littéralement chauffé cette saison, même si le destin a écrit deux histoires bien différentes pour nos deux sections.
Du côté des garçons, c’est un carton plein absolument magistral. Ils réalisent le triplé parfait en devenant champions de La Réunion, champions ultramarins, et champions de France de National 2. Ce sacre national sonne comme une véritable délivrance pour le staff et les joueurs qui couraient après ce graal depuis 2017, après avoir essuyé plusieurs échecs frustrants en finale. Pour décrocher l’or, il a fallu venir à bout des Parisiens du Chénier lors d’une finale irrespirable. Au coude-à-coude à la mi-temps, les Réunionnais ont finalement posé leur empreinte sur le match après la 45e minute pour s’envoler vers la victoire. Ce titre suprême leur offre d’ailleurs un bonus de taille puisque les garçons se qualifient directement pour les quarts de finale de la Coupe de France nationale en avril 2027 à Paris, une grande première historique pour le club.

Pour nos guerrières, la moisson locale a été tout aussi impressionnante avec un magnifique doublé Coupe-Championnat de La Réunion, complété par la Coupe de la Ligue. En métropole, l’aventure s’est avérée plus cruelle que l’an passé, où elles avaient décroché le titre de championnes de France de N1. Cette fois-ci, les filles ramènent un double titre de vice-championnes après une défaite face aux Martiniquaises en finale ultramarine et un revers en finale de N2. Privées de plusieurs joueuses clés et pénalisées par un effectif réduit à cause des blessures, elles ont tout de même combattu jusqu’au bout, forçant le respect et l’admiration de tout l’hémicycle.

Huguette Bello : « La victoire est collective, l’effort est invisible »
Pour la Présidente de Région, pas question de livrer un discours tiède ou purement protocolaire. Huguette Bello a tenu à saluer des sportifs d’exception tout en rappelant une vérité essentielle : sous les projecteurs des finales et le métal doré des trophées se cache une réalité bien plus brute. Elle a ainsi rappelé que les victoires visibles ne sont que la partie émergée de l’iceberg, dissimulant des milliers d’heures d’entraînement à suer sur le parquet, des sacrifices personnels immenses, l’engagement infatigable des bénévoles et le soutien inconditionnel des familles qui tremblent en tribunes.

Pour la Présidente, le sport s’impose comme le plus beau des ascenseurs sociaux, un chemin d’exigence, de respect et d’émancipation. Elle a particulièrement insisté sur la confiance absolue que la société doit accorder à sa jeunesse et sur l’importance de valoriser le sport féminin, qui agit comme un formidable moteur de progrès pour toute La Réunion.
L’Est sauvage et gagnant à l’honneur avec Joé Bédier
Prendre la parole après la Présidente n’impressionne pas le maire de Saint-André, Joé Bédier, qui a profité de l’occasion pour glisser une bonne dose d’humour bien locale. Il a notamment rappelé avec malice que traverser l’île pour s’entraîner ou jouer relève parfois du parcours du combattant, un défi quotidien que les habitués des embouteillages comprendront sans peine.
Malgré ces distances et les obstacles géographiques, l’Est prouve une fois de plus qu’il déborde de talents et sait s’organiser grâce à une formidable intelligence collective pour ramener les plus beaux trophées à la maison. L’élu a insisté sur le fait que nos enfants ont besoin de héros qui leur ressemblent, et que voir des jeunes du quartier monter sur la plus haute marche du podium est la preuve concrète que rien n’est écrit d’avance et qu’on a définitivement le droit de rêver en grand.
Du bitume du quartier aux sommets : La méthode du Coach
Quand le coach prend le micro, l’assemblée se tait et écoute. C’est que cette machine à gagner est avant tout une formidable aventure humaine née au cœur des quartiers il y a à peine deux ans. Parti d’une feuille blanche et d’une simple volonté d’être utile aux habitants, le club est aujourd’hui une structure solide qui intervient dès l’école primaire pour offrir un cadre structurant aux jeunes et leur transmettre les valeurs de rigueur et de discipline. L’association nourrit d’ailleurs de grandes ambitions puisqu’elle travaille à devenir un véritable CFA des lycées du sport et de l’animation pour accompagner ses 1200 jeunes adhérents.
Le coach n’a pas caché pour autant les réalités complexes du terrain, évoquant des modèles associatifs et économiques de plus en plus difficiles à équilibrer au quotidien. Face à des budgets serrés et des statuts parfois difficiles à valoriser, la clé de la réussite reste le collectif, une solidarité à toute épreuve et une discipline de fer appliquée aussi bien sur le terrain que dans la vie de tous les jours.

CREPS et Ligue : Le mental et les moyens pour « mette La Réunion en lèr»
Pour soutenir de tels phénomènes, il faut évidemment des fondations administratives et logistiques solides. Cyprien Rochetaing, Directeur adjoint du CREPS, a tenu à souligner l’importance cruciale du soutien public pour offrir aux athlètes les moyens humains et les aides à la mobilité indispensables pour aller défier les clubs de l’Hexagone sans le moindre complexe d’infériorité.
De son côté, Johan Guillou, le président du CROS, a joué la carte du franc-parler en rappelant que le handball de haut niveau exige un mental d’acier et des sacrifices de titan. Tout en saluant les efforts de la Région pour la mise à disposition d’infrastructures de qualité, il a insisté sur la nécessité de pérenniser et de mieux cibler les financements publics. C’est à ce prix, selon lui, que le sport réunionnais pourra continuer de briller et de remplir sa plus belle mission : mettre La Réunion en « lèr » à chaque grande échéance.

Cette réception n’était définitivement pas une simple remise de cadeaux. C’était la célébration d’une identité réunionnaise travailleuse, solidaire et profondément joyeuse. Un immense bravo au CASE de la Cressonnière, à ses équipes, ses staffs et ses bénévoles de l’ombre qui continuent de nous faire vibrer. Le rendez-vous est déjà pris pour Paris en avril prochain, et on a déjà hâte d’y être !















