Alexandre Laï-Kane-Chéong (au centre sur notre photo de Une, avec son frère Louis, dir-cab à sa droite et son collaborateur de cabinet, à sa gauche) a été élu maire de Sainte-Suzanne le 22 mars dernier, au second tour du scrutin, après plusieurs années de militantisme sur le terrain; Il a été officiellement installé dans ses fonctions le 28 mars avec sa nouvelle équipe municipale.
Après l’euphorie de la victoire, arrive la véritable épreuve d’un mandat qui débute quelques semaines après le sacre, notamment lorsque les promesses commencent à rencontrer le réel. C’est à ce moment-là que le maire cesse d’être seulement un candidat victorieux pour devenir un dirigeant confronté à la complexité du changement.
C’est le cas dans toutes les collectivités de France et de Navarre où l’électorat a souhaité un changement de gouvernance. C’est le cas aussi à Sainte-Suzanne où, après trente années de mandature de Maurice Gironcel, la population, dans sa majorité, a voté en faveur d’Alexandre Laï-Kane-Chéong, qui a battu Frédéric Maillot, soutenu par le maire sortant. Alexandre Laï-Kane-Chéong a été élu maire mais a également, un peu plus tard, vice-président de la Cinor et président de SYDNE (Syndicat de traitement des déchets du Nord-Est). Beaucoup de responsabilités qui tombent d’un coup sur les épaules un seul homme.
Cela nécessite donc une organisation à mettre en place sans compter une répartition des délégations aux élus car le maire, en dépit de toute sa bonne volonté, ne peut tout faire à lui seul tant la charge de travail est immense. Surtout à Sainte-Suzanne où la situation financière se trouve dans le rouge écarlate : pas moins de 18 millions d’euros de déficit. Comment faire pour satisfaire les administrés ainsi que les agents eu égard aux promesses électorales faites durant la campagne électorale ?

A Sainte-Suzanne, sans doute un peu plus qu’ailleurs dans l’île, en raison justement de cet héritage financier complètement délabré, la tâche d’Alexandre Laï-Kane-Chéong relève presque d’un des douze travaux d’Hercule, précisément le 5ème, à savoir nettoyer les écuries d’Augias non pas en un jour, mais bien avant la fin du mandat, d’ici à 7 ans, afin de remettre la commune sur les bons rails.
Pour se faire, le maire, outre ses élus, a aussi besoin d’hommes de confiance. Aussi, il a nommé son petit frère, Louis Laï-Kane-Chéong, avocat, au poste stratégique de directeur de cabinet ainsi qu’un fidèle militant (coiffeur de profession) comme collaborateur de cabinet. C’est Louis qui pilote le cabinet en mairie tout comme il s’occupe des dossiers politiquement portés au niveau de la Cinor par son frère-maire. Et comme dans toutes les mairies, c’est le directeur de cabinet qui joue le rôle d’interface entre la population, le personnel communal et le maire. C’est aussi le cabinet qui, en quelque sorte, « manage » les élus et veille à la bonne application de la feuille de route politique décidée par la nouvelle majorité municipale. Autant dire que le job ne doit pas être facile, qui plus est dans une commune qui s’était habituée à la gestion trentenaire de Gironcel, condamné par la justice pour des faits de corruption.
« Des agents placardisés, des adjoints sans pouvoir, des CDD non renouvelés… c’est le cabinet qui commande… »
Le nouveau cabinet a déjà commencé à bousculer les habitudes afin de restaurer un fonctionnement « plus orthodoxe » dans certains municipaux. D’où les multiples protestations qui émanent de la mairie et qui se transforment, depuis quelques semaines, en critiques à l’égard de la nouvelle équipe : « chasse aux sorcières », « CDD non renouvelés » y compris après plusieurs années de contrat, « des élus de la majorité, sans pouvoir, bordés par le cabinet », « familiocratie avec le frère dir-cab, la tatie et le tonton adjoints », « le DGS Hans Dijoux qui sera bientôt remplacé par une cousine du maire, venue de métropole », « l’embauche prochaine du fils d’un adjoint, tonton du maire », « le mari d’une adjointe payé pour fliquer les agents communaux », « les associations privées de subventions, qui vont devoir mettre la clé sous la porte après plusieurs années d’existence », « des agents communaux placardisés à qui le cabinet a retiré voiture de service et autres prérogatives »… Certains employés en sont même venus à se demander : « c’est qui le maire à Sainte-Suzanne? Alexandre, pour qui on a voté le 22 mars dernier ou son petit frère Louis, le directeur de cabinet ? »
Alors, infos ou intox ? Nous avons posé la question au maire Alexandre Laï-Kane-Chéong qui, contrairement à certains premiers magistrats, y compris ceux élus en mars dernier, reste toujours très accessible, pour la presse du moins. Nous l’avons contacté dimanche soir par SMS, il a promis de nous rappeler lundi. Ce qu’il a fait lundi soir. Alexandre Laï-Kane-Chéong qui, rappelons-le, est maire d’une commune de plus de 25 000 habitants, vice-président de la Cinor, président du SYDNE et qui, en outre, exercera jusqu’aux prochaines vacances scolaires sa fonction de professeur de Philosophie afin d’accompagner ses élèves jusqu’au Bac.
A la question posée par nombre d’agents, à savoir c’est qui le maire de Sainte-Suzanne ? Alexandre Laï-Kane-Chéong balaye d’un revers de main cette interrogation qui relève de l’ironie, en précisant que, dans quasiment toutes les mairies, « l’autorité du cabinet a toujours été contestée; C’est une fonction politique, et non administrative, qui n’est pas simple, notamment à Sainte-Suzanne où l’intégrité doit être le maître-mot, à tous les strates de la mairie et du conseil municipal. Louis est avocat de formation, il a toutes les capacités pour ce travail, mais il agit toujours selon mes directives et celles des élus conformément à la feuille de route qui a été présentée durant la campagne électorale et validée par le conseil municipal à l’unanimité de l’équipe majoritaire ». Vous l’aurez compris, c’est bien Alexandre le maire, même si c’est Louis qui se coltine le sale boulot, en appliquant des décisions politiques qui peuvent se révéler parfois impopulaires.

« La chasse aux sorcières » en mairie ? Réponse du maire : « aucune chasse aux sorcières, mais il y a des employés qui n’avaient pas de fiche de poste; C’est en cours de régularisation ». En clair, certains agents étaient payés pour exercer des fonctions invisibles, Quelques uns ont été affectés dans des services où le travail est plus actif, genre « Environnement » etc… « Je comprends que certaines décisions, notamment celles qui viennent bousculer les mauvaises habitudes prises depuis quelques décennies puissent surprendre, mais moi j’ai une vision d’ensemble pour la commune, alors que chaque employé ne pense qu’à son petit pré-carré. Ce qui peut être compréhensible, au même titre que ma préoccupation, en tant que maire, pour l’ensemble du personnel communal qui a pour fonction de rendre un service public de qualité à l’ensemble de la population. Cela dit, je tiens à signaler que la grande majorité du personnel communal en est soucieuse et fait son travail avec beaucoup de dévouement ».
Les « CDD non renouvelés » ? « C’est une réalité et cela a été annoncé lors du premier conseil municipal. Mon prédécesseur avait embauché plus que de raison. Mais eu égard à la situation financière catastrophique de la commune, nous n’avons pas d’autre choix aujourd’hui que de réduire les dépenses de fonctionnement et la masse salariale pour ramener la municipalité dans le vert. Humainement, ce n’est pas évident, mais si nous ne le faisons pas, c’est l’Etat qui le fera suite aux travaux menés par la Chambre régionale des comptes (CRC). La commune pourrait se retrouver sous tutelle et c’est la préfecture qui prendrait la main. Et là, ça risque d’être pire, tant les dégâts à réparer sont importants »
« Les associations qui risquent de disparaître faute de subvention » ? « L’adjoint délégué mène un important travail à ce niveau afin de recenser les activités réelles des associations qui apportent véritablement une plus-value à la vie communale, c’est-à-dire à la population. Je ne cache pas qu’on ne pourra plus, du moins pour l’instant, accorder 1,6 à 2 millions d’euros de subventions aux associations. Au cas contraire, il faudrait augmenter les impôts à plus de 110% ».

« Le DGS qui sera remplacé par votre cousine ? ». Réponse du maire : « Vous êtes sûr que ce ne sera pas un cousin ou mon parrain ? », laissant entendre que c’est encore du « ladilafé ». Il précise que Hans Dijoux est DGS (Directeur Général des Services) et qu’il est là encore pour plusieurs mois, à moins qu’il envisage de postuler ailleurs. « Les fonctionnaires sont libres dans leur mobilité professionnelle, je ne suis au courant d’aucun mouvement à ce niveau pour le moment ».
« L’embauche du fils d’un élu prochainement » ? . Alexandre Laï-Kane-Chéong n’a donné aucune consigne en ce sens. Et « l’adjointe-tatie » du maire qui perçoit une indemnité plus importante que ses autres collègues ? « C’est une décision qui a été votée à l’unanimité par l’équipe majoritaire lors du premier conseil municipal où cette revalorisation légale de 15% des indemnités figurait à l’ordre du jour. C’était déjà le cas pour le même poste durant la mandature de l’ancien maire ».
Les audits annoncés lors du premier conseil municipal ? « Les travaux n’ont pas encore commencé. C’est une prestation qui a un coût, et la commune n’a pas les moyens. La Chambre régionale des comptes va réaliser un rapport qui va permettre d’y voir plus clair ».
« Le mari payé à fliquer les agents communaux ? ». Réponse du maire : « Je pense pas qu’une telle fonction existe à la mairie de Sainte-Suzanne. Certains doivent sans doute confondre avec une époque passée. En tout, pas de fiche de poste en ce sens, à ma connaissance ». Fermez le ban !
Pour conclure, Alexandre Laï-Kane-Chéong, le maire de Sainte-Suzanne, sait que la tâche n’est pas facile. « Nous avons surtout un gros travail de pédagogie à faire », concède-t-il. Le maire présidera ce mardi 9 juin, à partir de 17 heures, le conseil municipal relatif, entre autres, au compte administratif de 2025, c’est-à-dire le budget de son prédécesseur.














