St-Denis : les policiers interpellent 3 gendarmes en civil dont deux ayant roué de coups un individu avec des béquilles

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Tout laisse à penser à un excès de zèle… En tout cas, l’affaire fait grand bruit depuis ce lundi de Pâques dans les commissariats de police de la Réunion et au sein de la caserne de gendarmerie de la Redoute à Saint-Denis.

Ce que l’on peut dire, c’est que deux des trois gendarmes interpellés par la police n’y sont visiblement pas allés de main morte. Ils sont tombés à bras raccourcis sur un homme de 27 ans. Les blessures relevées par les sapeurs-pompiers sont qualifiées de « graves », même si le pronostic vital de la personne agressée, n’est pas engagé : déformation du nez, des lésions au niveau de la tempe, au niveau du crâne, des oreilles et de la bouche, une plaie relevée sous l’œil droit. Lorsque les policiers de la compagnie départementale d’intervention (CDI) arrivent sur place, le blessé se trouvait assis, dans une mare de sang, avec ses béquilles à ses côtés.

La scène s’est déroulée ce dimanche 31 mars, un peu après 22 heures, au restaurant « Les Terrasses de Bourbon », rue Amiral Lacaze, à Saint-Denis.

A l’heure où des opérations sont diligentées par le préfet de la Réunion Jérôme Filippini pour lutter contre les violences urbaines, et au moment où, à l’instar de certaines villes de métropole, des opérations « Place nette XXL » sont menées localement (pas plus tard qu’hier soir à Saint-Denis) pour lutter contre le trafic de drogue, cette agression commise par des gendarmes en civil risque de jeter le discrédit sur le travail initié par les autorités locales.

Cette fois, ce sont des policiers qui ont interpellé, non pas des délinquants des quartiers chauds « dépositaires de violences importées », mais bel et bien trois gendarmes en civil : un major de 54 ans et deux de ses collègues âgés de 36 et de 33 ans. Des gendarmes de Saint-Denis qui se trouvaient, ce dimanche de Pâques, dans le restaurant dionysien cité ci-dessus. Un jeune homme de 27 ans s’y trouvait lui aussi, accompagné de son amie et d’autres connaissances.

A un moment de la soirée, d’après nos informations, l’individu en question, originaire de Saint-Denis, manifestement alcoolisé, aurait été pris, d’après plusieurs témoins, d’une « poussée de colère ». Pour des raisons encore indéterminées, il se serait alors « défoulé » à coups de pied sur le portail du restaurant, qu’il a abîmé. Cela, après une altercation verbale avec son amie.

Toujours selon des témoins, deux hommes lui auraient alors « sauté dessus » avant de le passer à tabac ,après l’avoir bloqué au sol, tout en continuant, même en étant par terre, à le rouer de coups violents. Le troisième homme n’est pas intervenu. Il s’est contenté de regarder ses camarades. Les policiers arrivent sur le lieu, un peu après 22 heures.

A leur arrivée dans le restaurant, les trois policiers sont « accueillis » par un homme, en civil, « un individu de type caucasien », selon des témoins, quinquagénaire, habillé d’une chemise à manches courtes, de couleur bleu foncé et d’un short jean. Le ton de ce dernier est « très agacé et hautain ». Il se montre « arrogant » envers les policiers.

Il déclare « être gendarme » et fait comprendre « de manière agacée » qu’il n’est pas content d’avoir attendu près de deux heures l’arrivée des policiers, suite à son appel au 17. Il précise aux policiers être avec ses deux collègues, tous deux également gendarmes à Saint-Denis. Les trois gendarmes en civil précisent être d’astreinte pour la nuit. Le gendarme en civil laisse entendre aux policiers que le jeune homme « en colère » (et agressé) a pris la fuite et qu’il avait trois couteaux de type « Ninja » pointus d’environ 10 centimètres dans son sac. 

Le visage tuméfié et ensanglanté

Les trois policiers s’entretiennent aussitôt avec le responsable du restaurant, qui leur explique ne pas vouloir porter plainte sur ce qui s’est passé dans l’établissement. Il les conduit toutefois vers l’individu tabassé (qui n’a donc pas pris la fuite contrairement à ce qu’avait laissé entendre le gendarme en civil). L’individu blessé est assis près d’une mare de sang, le visage complètement tuméfié et ensanglanté. Ses béquilles ne sont pas loin de lui. Les policiers procèdent à des vérifications. Ils trouvent trois petits couteaux dans sa sacoche, qu’il n’avait pas ouvert de toute la soirée et, encore moins, durant son agression par les deux hommes.

Les policiers échangent également avec l’amie de l’homme agressé ainsi qu’avec d’autres témoins. Tous racontent que le jeune homme « a été pris d’un accès de colère », que le ton était monté entre lui et son amie, mais « qu’il n’a menacé physiquement ni fait de mal à personne, si ce n’est qu’au portail du restaurant ». Tous ne comprennent pas « un tel déchaînement de violences » de la part des deux individus en civil qui sont intervenus pour plaquer le jeune homme au sol et le tabasser. Lesquels individus n’avaient à aucun moment indiqué qu’ils étaient gendarmes.

Les trois gendarmes en civil ont été interpellés pour « violences aggravées et en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique (PDAP) ». Ils ont été conduits au commissariat de police de Malartic à Saint-Denis, non sans avoir adressé quelques noms d’oiseaux aux trois policiers en intervention. Le jeune homme blessé a été pris en charge par les sapeurs-pompiers, puis transporté à l’hôpital dans un état « bien amoché » (Ses amis nous ont fait parvenir une photo que nous ne publierons pas). Il n’exclut pas de déposer plainte contre ses agresseurs.

De bonnes sources, nous avons appris qu’à un certain niveau des hiérarchies respectives (gendarmerie et police), « tout serait fait pour essayer de camoufler cette agression », afin « de ne pas faire de vagues dans le contexte actuel ». Vagues ou pas, d’autres estiment que « ceux qui ont fauté doivent payer », qu’ils soient voyous, délinquants ou autres.

Y.M.

([email protected])

 

 

Yves Mont-Rouge

[email protected]
Téléphone : 0692 85 39 64

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